Wikipédia en licence non-commerciale : et pourquoi pas ?

Depuis quelques temps, la sphère wikimedienne est agitée par un amendement ajouté par Jean-Marie Cavada au projet de loi européen traitant de l’harmonisation du droit d’auteur à l’échelle de l’Union européenne. Ce dernier vise la liberté de panorama, exception au droit d’auteur autorisant à publier une image d’une œuvre située dans l’espace public (un immeuble, une statue…), mais souhaite plus précisément en restreindre l’usage à des fins commerciale. Or, les licences utilisées sur Wikimedia Commons, qui servent d’illustrations sur les articles de Wikipédia entre-autres, disposent d’une clause de réutilisation commerciale. L’amendement déposé par l’euro-député Cavada, s’il était accepté rendrait de fait toutes les images de Commons prises au sein de l’Union européenne en vertu de cette liberté de panorama illégales et devraient être supprimées. Mais ne serait-il pas plus malin et plus logique de supprimer cette clause de réutilisation commerciale ?

Les projets Wikimedia et leurs contenus ont été placé sous la licence libre CC-BY-SA, soit Creative Commons – Partage dans les mêmes conditions, qui autorise toute réutilisation ou travail dérivé sur l’oeuvre, tant que le ou les auteur(s) soient cités et que le partage se fasse par l’usage exact de la même licence, et ce même à des fins commerciales. Pourquoi avoir choisi une clause commerciale ? La raison invoquée par ses partisans : parce que dans le cas contraire, on limite la diffusion des contenus lorsque celle-ci se fait par la vente de supports (CD, clés USB…) sur lesquels ils sont enregistrés. Ainsi, les sites Wikimedia sont publiés sous une licence dite libre ; dans le cas où l’utilisation commerciale serait prohibée, on parlerai de licence de libre diffusion.
La licence CC-BY-SA a cependant une limite, outre les abus réguliers faits sur la réutilisation du contenu où des auteurs et éditeurs reprennent et commercialisent des œuvres avec des contenus de Wikipédia sans le moindre respect de la licence, il est impossible de placer des contenus d’une licence qui ne soit pas libre sur Wikipédia ou sur Commons, car non-compatibles. Un peu dommage quand l’on voit que beaucoup de contenus de qualité, notamment des photos, sont placés sous des licences de libre diffusion.

Pourquoi prendre une licence non-commerciale ? À la fois parce que d’un point de vue éthique et moral, je considère que le savoir ne se marchande pas, il se transmet librement ; et permettre la réutilisation commerciale, c’est tourner un peu le dos à cette valeur fondatrice de Wikipédia. Cela limiterait-il la diffusion de la connaissance par des ventes de supports ? Au regard des faits, et peut-être même de la loi, il y a t-il vraiment acte commercial sur le contenu de Wikipédia si la personne qui vend le CD, ne vend que le CD à sa valeur d’origine (ou imposée par la loi) ?
On peut considérer qu’une personne qui achète le CD avec un contenu de Wikipédia pour la valeur unique du CD faisait comme si elle achetait un ordinateur, une tablette ou tout autre support pour se connecter à Internet et consulter directement Wikipédia. Dès lors, vendre un support physique avec un contenu de Wikipédia sans augmenter la valeur à débourser fait qu’il n’y a pas d’utilisation commerciale de Wikipédia, ce qui rend dès lors la pratique compatible avec une licence à clause non-commerciale. Sans parler qu’il y a quelques autres frais qui peuvent être liés à l’enregistrement du contenu sur le support, comme l’électricité ou l’abonnement à Internet, mais qui peuvent ne pas être pris en comptes par la personne qui distribue ces supports.

La seule chose que je pourrais reprocher à monsieur Cavada, c’est de prendre comme exemple Wikimedia dans son argumentaire en exposant des choses fausses. Wikimedia est un simple hébergeur de contenus qui restent la totale propriété de leurs auteurs respectifs. Ainsi, une photo chargée sur Commons reste la propriété de celui qui la prise ; cette personne a simplement fait le choix de permettre une diffusion libre de son œuvre. De fait, comment Wikimedia pourrait payer des droits sur des photos qu’elle ne fait qu’héberger et dont elle ne fait nul commerce ? Et pour ce qui est du monopole américain, celui-ci ne serait-il pas aussi le fruit des pays européens qui ont bridés l’innovation et qui ont pris cinq trains de retard avant de se dire qu’il faudrait aussi se mettre au numérique et à Internet. Les géants d’Internet sont essentiellement américains peut-être bien parce qu’il n’y a que là-bas que l’on autorise de façon morale et légale de se lancer dans une entreprise un peu folle et ambitieuse, mais qui peut réussir grandement quand elle fait mouche. On sème toujours ce que l’on récolte, et comme les pays européens n’ont rien semé, ou plutôt ont semé trop tard, et bien la récolte est très médiocre.

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6 janvier 2014 : un an de blog déjà

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Le temps passe relativement vite pour un homme, mais il semble bien plus long pour un internaute. C’est du-moins l’impression que j’ai lorsque je fais une petite rétrospective de l’année écoulée, car aujourd’hui le présent blog souffle sa première bougie. Mais si pour l’être humain qui tape sur le clavier de son ordinateur, la date de sa création remonte à hier, pour l’internaute qui tient ce blog, cela semble remonter à une éternité ; peut-être est-ce parce que l’année 2013 a été riche en événements sur l’Internet.

Si ce blog était à la base surtout destiné à parler des projets de la Wikimedia Foundation, il s’est rapidement retrouvé dans une spirale bien plus grande pour atterrir dans le vaste monde de l’Internet libre, de la culture libre et de leurs défenseurs. Plus que jamais, je destine ce blog à la défense de l’idée de culture libre et d’un réseau libre et indépendant de toute structure étatique ou supra-étatique.

À l’occasion de ce premier anniversaire, je me permet de faire un petit bilan rapide de mon activité sur ce blog au cours de l’année écoulée avec une chronologie et quelques statistiques. Ce 6 janvier 2014 n’est pas seulement la date anniversaire de ce blog, mais également celle de la CNIL, fondée le 6 janvier 1978, soit 35 ans avant la création du présent blog ; aussi, bon anniversaire à la CNIL !

Chronologie

Statistiques

Bilan

  • Articles publiés : 108 billets + 2 dossiers
  • Vues cumulées : 10 059
  • Visiteurs cumulés : 5276
  • Nombre de vues par visiteur : 1,91
  • Commentaires : 262

Consultations par pages et par jour/mois

  • Page la plus consultée : Wikipédia : crash journalistique pour Lyon Capitale (1er juin 2013)
  • Page la moins consultée : La culture : une notion sans loi (1er décembre 2013)
  • Consultations moyennes par page : 71,87 vues
  • Mois avec le plus de vues : Avril 2013
  • Mois avec le plus de visiteurs : Juin 2013
  • Mois avec le moins de vues : Décembre 2013
  • Mois avec le moins de visiteurs : Décembre 2013
  • Moyenne mensuelle de vues/visiteurs : 838,25 vues / 439,67 visiteurs
  • Moyenne quotidienne de vues/visiteurs : 27,56 vues / 14,45 visiteurs

Consultations par pays

Où êtes-vous principalement situés ? En Europe occidentale, en Amérique du Nord et en Afrique de l’Ouest.

  1. France : 8 116 vues (80,68 %)
  2. Suisse : 501 vues (4,98 %)
  3. Belgique : 310 vues (3,08 %)
  4. Canada : 241 vues (2,40 %)
  5. États-Unis : 156 vues (1,55 %)
  6. Maghreb : 120 vues (1,19 %)
  7. Reste du monde : 615 vues (6,12 %)

Après avoir fait ce bilan, quels sont les projets pour l’avenir ? Continuer à tenir ce blog bien entendu, car rien n’est encore fini. Dans les semaines qui suivent, je prévoie de publier un web-livre, librement téléchargeable, qui compilera les billets du présent blog, ainsi que des billets de mes collègues Calimaq et Desert de sel, à propos de la réforme du droit d’auteur.

À cette occasion, je rappelle de la Commission européenne a lancé une consultation citoyenne pour envisager une réforme du droit d’auteur à l’échelle européenne. J’appelle un maximum de citoyens de l’Union à répondre à cette consultation afin de permettre un premier changement qui permettra plus de justice dans le système du droit d’auteur, mais aussi pour empêcher un durcissement du droit en vigueur qui est également prévu dans le texte initial de la consultation.

Droit d’auteur : la fin d’une ère

Le droit d’auteur est un monument qui régit la création et la diffusion de la culture depuis déjà pas mal d’années. Il semble avoir été toujours là, mais comparé à la culture, il est encore tout jeune ; le droit d’auteur tel que nous le connaissons est une notion dont les bases se trouvent il y a environ deux siècles. À l’ère d’Internet et du libre partage, cette notion appartient à présent au passé, car l’équilibre entre l’auteur et le public a changé ; une ère s’achève pour le droit d’auteur, une autre arrive.

Le droit d’auteur aujourd’hui

Petite mise au point sur le droit d’auteur tel qu’il est construit de nos jours. Le droit d’auteur tel qu’on le connaît à présent trouve ses origines au XVIIIe siècle, ce qui est, comparé à la culture qui a plusieurs millénaires d’âge, très jeune. Avant cette période (même si des velléités apparaissent dès la Renaissance), il n’y avait pas de droit d’auteur du fait que les productions culturelles étaient souvent anonymes et que les procédés de copie que l’on connaît maintenant n’existaient pas, réduisant très fortement le risque de contrefaçon. Par ailleurs, la culture n’était pas considéré comme un bien marchand de la manière dont certains aimerait bien la voir de nos jours. La culture était avant tout une production artisanale et était le fruit du talent de leur auteur qui ne pouvait que très rarement être copié, ce qui n’impliquait pas de protections particulières.

L’apparition et la démocratisation de l’imprimerie commence à remettre en cause ce modèle plus ou moins idéal pour les auteurs, notamment dans le milieu littéraire. Ainsi, au cours des XVIIe et XVIIIe, des revendications apparaissent (la plupart émanent des philosophes des Lumières eux-mêmes) pour permettre une protection sur les œuvres littéraires. Considérant que les intérêts des auteurs et des éditeurs sont communs, l’Angleterre créé la notion de copyright au XVIIe siècle qui inspire ensuite les américains lorsqu’ils insèrent leur propre copyright dans leur constitution en 1787. Du côté français, c’est la Révolution française qui met en place des protections pour les œuvres dans les années 1791 – 1793, afin de remplacer les privilèges abolis en 1789. Au fil des deux siècles suivants, le droit d’auteur se construit, notamment autour de la Convention de Berne, pour donner celui que nous connaissons d’aujourd’hui.

Graphique montrant l'évolution de la durée du droit d'auteur (jaune et bleu) et de l'espérance de vie (rouge) en France de 1791 à 2007

La grande aberration du droit d’auteur élargi au descendant : une impossibilité d’accès libre à une œuvre pendant au moins un siècle (Psychoslave, licence Art libre).

Qu’est-ce que le droit d’auteur ? Ce sont des prérogatives exclusives qui sont accordées à l’auteur. Il est divisé entre le droit moral (inaliénable), qui permet de reconnaître la paternité de l’auteur sur son œuvre et vise le respect de l’intégrité de l’œuvre, et le droit patrimonial qui lui confère un monopole sur l’exploitation de son œuvre ; ce dernier est souvent cédé par contrat à ceux qui produisent l’auteur et exploitent et promotionnent son œuvre. Il est assez amusant de voir que l’auteur a tellement de prérogatives sur ses œuvres qu’il est plus ou moins un monarque absolu (ce qui est le comble pour une création des Lumières) sur ses créations, décidant de leur destiné comme bon lui semble, sans qu’il n’ait de comptes à rendre. La législation actuelle est tellement rigide et accorde tellement de prérogatives à l’auteur qu’en réalité, nous violons tous inconsciemment le droit d’auteur (voir le blog de Désert de sel en lien en fin d’essai). Par ailleurs, ce droit d’auteur empêche tellement de choses qu’il est en réalité une arme contre la diffusion de la culture qui reste aux mains des élites qui ont à la fois la culture et les droits d’auteurs et qui n’accordent que ce qu’ils souhaitent aux citoyens, qui en sont dépourvus, avec les conditions qu’ils choisissent eux-mêmes (et à leur avantage). La grande absurdité est aussi la règle du maintien des droits sur les œuvres plusieurs décennies après la mort de l’auteur ; en effet, les héritiers touchent une rente quasiment à vie sur des productions qu’ils n’ont pas réalisés : ils vivent sur le talent (qu’ils n’ont pas souvent) de leurs parents et ce, sans faire le moindre effort. Par ailleurs, ils bloquent l’accès libre à des œuvres pour plusieurs décennies (voir graphique ci-dessus).

La culture libre

La culture qui a dominé les deux derniers siècles est ce que j’appellerai une culture fermée, refusant les échanges (sauf contrepartie) et où l’auteur et le public sont séparés par une barrière invisible. Par ailleurs, cette culture n’hésite pas à faire usage de répression violente envers ceux qui ne sont pas de son côté (les peines lourdes encourues en cas de violation des droits d’auteur et les procès). En parallèle de la culture fermée, s’est développée à partir des années 70-80 la culture libre, basée sur les principes de collaboration, de libre partage et d’échanges. Contrairement à la culture fermée, il s’agit d’une culture citoyenne, ouverte à tous dans des règles à la fois peu contraignantes, mais qui imposent le respect et la moralité des liens entre les acteurs. Les piliers de cette culture sont bien entendu les licences libres qui sont une complémentarité au droit d’auteur.

Logo du projet GNU

La licence GNU permet la transparence, le libre partage et la libre modification (Aurelio A. Heckert, GFDL 1.3)

Les licences libres permettent le libre partage et la libre modification des créations tant que les droits moraux de l’auteur sont respectés, notamment la paternité. Ces licences permettent à des projets ouverts de grande envergure, comme Wikipédia ou OpenStreetMap, d’exister où les citoyens crééent et améliorent leurs propres outils. Mais au-delà, cela permet aussi une meilleure transparence sur des sujets sensibles liés à l’informatique grâce aux projets open source. Les licences libres permettent au final des choses que l’on ne soupçonnerai pas de prime abord : la transparence et la citoyenneté, et par combinaison, la démocratie.
Il existe aussi les licences de libre diffusion qui ont un peu plus de restrictions que les licences libres, mais accordent au public les droits fondamentaux qui lui manquent avec le droit d’auteur actuel, notamment le libre partage. Cependant, certaines (je pense notamment à la CC-BY-NC-ND) ne sont pas des licences qui représentent l’équilibre entre l’auteur et le public que doit être le droit d’auteur. Dans des cas plus libres, ces licences sont surtout une protection à l’encontre d’organisations qui sont bien tentées d’exploiter les œuvres sous licence libre comme elles l’entendent (même sans respecter la licence).
Licences libres et licences de libre diffusion sont l’aperçu des conditions du futur droit d’auteur.

Internet : nouvelle interaction entre les auteurs et le public

Les législations sont toutes d’accords sur ce point : le droit d’auteur est un équilibre entre les auteurs et le public. Cependant, le droit d’auteur actuel accorde tellement de privilèges à l’auteur et/ou aux autres ayant-droits que cet équilibre est rompu ; il y a actuellement un déséquilibre en faveur de ces derniers. Internet permet aujourd’hui un échange d’informations dans des proportions jusque-là jamais atteintes avec deux principes fondamentaux : la liberté et l’égalité. Que permet Internet vis-à-vis du droit d’auteur ? Tout simplement de remettre les pendules à l’heure. En effet, Internet permet des échanges et une implication plus directe des communautés de fans dans la conception des œuvres, ce qui influe fortement sur leur évolution. Du temps des comics-strip des années 70, l’évolution de l’histoire dépendait de l’inspiration de l’auteur, mais aussi des résultats économiques des œuvres ; si jamais une œuvre voyait ses ventes diminuer, le héros mourrait, mais pouvait ressusciter si jamais l’intérêt du public se faisait de nouveau sentir. Dans ces affaires, le public était une simple variable, mais n’était pas un acteur déterminant.

Carte représentant les différents conditions d'application du droit d'auteur dans le monde

Le droit d’auteur est en déséquilibre, trop à l’avantage des auteurs et des ayants droit (Balfour Smith, Canuckguy & Badseed, CC-BY 3.0)

Avec Internet, les choses changent ; le public peut directement échanger à propos de l’œuvre et de son évolution. Il peut aussi être le défenseur des droits moraux de certains auteurs qui voient leurs œuvres remixées, mais peut aussi être le défenseur de l’essence originelle d’une œuvre qui dérive trop (voir le billet de Calimaq, lien en fin d’essai). Hier juste spectateur, le public devient acteur dans la création des œuvres. Dans les projets libres, cette tendance se remarque encore plus où le public est acteur et spectateur de l’œuvre, il échange d’égal à égal avec le ou les auteurs qui, eux, font de même ; l’un des exemples les plus probants de ce phénomène est celui des sagas MP3 où les auteurs peuvent compter sur une large communauté composite pour créer et améliorer leur œuvre, tout en faisant de même avec d’autres auteurs, et peuvent aussi compter sur une communauté de fans qui donnent des avis et participent de fait, à la conception de l’œuvre. D’autres exemples, comme des films financés par des dons de particulier, montrent que la place du public change dans la conception des œuvres et est en train de faire de lui un collaborateur de l’auteur, ce qui pourrait lui donner certains droits.

La résistance des conservateurs et des économistes

Tout changement dans une organisation entraîne une acquisition d’avantages pour une partie de la population au détriment d’une autre, c’est un équilibre humain. Ainsi, le nouveau droit d’auteur qui apparaît est bien entendu défavorable aux auteurs par rapport au précédent ; mais le précédent était défavorable au public, tandis que le nouveau lui sera. En réalité, le changement s’amorce d’un déséquilibre vers un équilibre, le trop-plein de privilèges accordés aux auteurs reviendront au public, tandis que ces derniers garderont leurs droits fondamentaux qui leur permettront de rester égal-à-égal avec le public. Malgré cela, il existe toujours une caste qui refusera la perte de ses privilèges et préférera partir en croisade et se poser en martyr plutôt que ne rien faire. Nous assistons ainsi à des attaques frontales de la part de conservateurs et de professionnels qui voient leur activité menacée par un processus logique et irréversible contre de nombreux aspect de ce processus. Pour cela, ils n’hésitent pas à mettre en avant les difficultés financières, la soi-disant illégalité de certaines productions ou actions ou encore leur soi-disant immoralité.

Bannière anti-SOPA du site de LibreOffice

SOPA, PIPA, ACTA, Hadopi… autant de mesures pour tenter de freiner vainement un processus déjà en marche et irréversible (The Document Foundation d’après le code de Zachary Johnson, CC-BY-SA 3.0)

Une autre grande catégorie des gens partant en croisade contre ce processus sont les intérêts financiers de la culture fermée. Ces structures qui se font des millions sur le dos des auteurs et du public ne peuvent en effet penser qu’elles puissent perdre un jour leurs mines d’or. C’est dans cette logique que des projets de loi comme SOPA, PIPA ou ACTA, présentés comme des lois anti-piratage pour soi-disant protéger les auteurs qui périclitent forcement à cause du piratage massif. Il y a aussi derrière un appui fort de l’élite conservatrice qui ne veut pas perdre son monopole de contrôle sur la culture et n’hésite pas à se lancer dans du copyfraud (le fait de s’attribuer des droits sur une œuvre sur laquelle nous n’en possédons pas). Le but de ces manœuvres est de criminaliser encore plus des pratiques qui sont le fruit d’une mutation sociétale et de lancer une vaste campagne de répression pour conserver le contrôle sur la culture et tout ce que cela implique, avec au passage le début d’un contrôle de l’Internet.

Le futur droit d’auteur

Logo mélangeant le logo du domaine public et le logo du copyright

Le futur droit d’auteur devra permettre un passage plus rapide vers le domaine public (Diti d’après Boris23, DP)

Contrairement à ce que les fanatiques de la culture fermée tentent de faire croire, les licences libres ne sont pas des opérations vicieuses de démantèlement du droit d’auteur. Elles sont les prémices du nouveau droit d’auteur qui, certes, mettra à bas le droit d’auteur tel que nous le connaissons encore, mais qui ne remettra pas en cause le droit d’auteur dans son essence même. Bien au contraire, il sera le droit d’auteur des origines voulu par Le Chapelier, à l’origine de la première loi sur le droit d’auteur en France en 1791 :

« La plus sacrée, la plus légitime, la plus inattaquable, et, si je puis parler ainsi, la plus personnelle de toutes les propriétés, est l’ouvrage fruit de la pensée d’un écrivain ; c’est une propriété d’un genre tout différent des autres propriétés. Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété. » – Le Chapelier, 1791 (Source : La Quadrature du Net)

Le droit d’auteur actuel ne lit que la première partie de la citation, le droit d’auteur qui arrive la prendra en compte dans son intégralité. La conception des œuvres ne pourra pas toujours être le fruit d’une personne seule qui s’appuiera sur une communauté de fans autour de lui qui l’aideront et qui auront de fait quelques droits sur l’œuvre finale. L’auteur verra ses droits moraux respectés et le public pourra réutiliser l’œuvre dans des conditions de partage et d’échanges, tout en respectant et en soutenant l’auteur dans ses créations. Enfin, le droit d’auteur ne sera pas au service d’intérêts financiers, impliquant la mise en demeure automatique dans le domaine public à partir de la mort de l’auteur, mais au service de l’auteur et du public. Au-delà de revenir à l’essence même du droit d’auteur, la culture deviendra ce qu’elle devait toujours être : la propriété de l’Humanité.

Aller plus loin

Licence Creative Commons
Cet essai de Juraastro est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.

Diffusion des sagas MP3 : quelles licences et quelles méthodes ?

Si la saga MP3 avait un but, que serait-il ? Être diffusé au plus grand nombre de personnes et connaître la notoriété ; cela dépend d’un facteur très important qui est celui de la licence qui permettra ou non aux utilisateurs de diffuser l’œuvre. Quels sont les meilleurs choix pour atteindre cet objectif, tout en permettant une réutilisation équitable pour l’auteur ?

Un choix décisif

Diffuser une œuvre sous tel ou tel type de licence dépend bien entendu de l’auteur. Quelles que soient leurs conditions, les licences sont toutes un contrat passé entre l’auteur et l’utilisateur de l’œuvre où l’auteur impose des conditions pour accéder et partager l’œuvre à l’utilisateur. L’importance du choix de la licence est primordial, car c’est lui qui permettra à l’auteur de décider de la méthode de diffusion de sa saga. En effet, si les licences peu restrictives pourront permettre une diffusion à large échelle, elles peuvent aussi engendrer une consommation pure de la saga via des médias tel que Youtube où l’auteur n’est pas connu et considéré. En contrepartie, des conditions de partage très restrictives peuvent permettre à l’auteur de créer une véritable communauté de fans autour de lui, mais cela peut engendrer une diffusion moindre ou moins rapide de la saga. La méthode de diffusion idéale pour l’auteur est bien sûr le passage par son site web et ce n’est pas la plus désavantageuse pour l’auditeur, loin de là.

Quelles licences ?

Il serait assez dur d’affirmer qu’il existe une licence idéale pour la publication et la diffusion des sagas MP3, étant donné que leur visibilité et leur réputation sont les facteurs primordiaux pour permettre une plus large diffusion, sans que le facteur licence puisse être une contrainte qui puisse s’exercer sur les deux autres facteurs. En effet, ce qui permet l’essor des sagas MP3, c’est la notion de libre accès que les auteurs accordent aux auditeurs, et les éventuelles contraintes qui peuvent exister en aval ont une incidence très relative sur cet essor.
La plupart des sagas MP3 n’ont pas de licences clairement définies, ce qui fait qu’on peut les considérer de facto comme étant placées sous le régime général du droit d’auteur ; cela interdit toute reproduction ou copie de l’œuvre sans le consentement de l’auteur. Ces conditions très restrictives peuvent freiner la diffusion de l’œuvre, mais elles obligent les futurs auditeurs à passer par le site de l’auteur de la saga et d’ainsi découvrir ce qu’il fait à côté. Le grand avantage du régime général du droit d’auteur est qu’il empêche la consommation des œuvres artistiques que sont les sagas MP3 (voir section suivante).

Nombreuses sont les sagas qui sont diffusées sous licence Creative Commons, dans lesquelles il faut distinguer les licences de libre diffusion (avec les conditions NC et/ou ND) et les licences libres. Les licences de libre diffusion sont pour les auteurs avantageuses, car elles permettent une diffusion de l’œuvre via d’autres médias que leur propre site web (avantage pour l’auteur qui veut une large diffusion), mais elles permettent aussi de respecter les auteurs des musiques qui sont utilisées par les auteurs en interdisant l’utilisation commerciale. Cette même interdiction empêche aussi que des commerciaux sans scrupules puissent réutiliser les œuvres des auteurs pour uniquement faire des profits. Les licences libres quant à elles sont très avantageuses pour les auditeurs et réutilisateurs, mais l’auteur prend des risques de copies sans respect de la licence et surtout de consommation de son œuvre sans qu’il en retire les bénéfices.
Cependant, l’utilisation de certaines licences est imposé par la licence des musiques utilisées dans les sagas (lorsqu’elles sont sous licence de libre diffusion ou sous licence libre).

Autres vecteurs de diffusion

L’un des marronniers sur le Netophonix est la création d’un compte Youtube pour diffuser les sagas via ce média. Si cela peut donner l’avantage d’une diffusion au plus grand monde, nous risquons surtout de tomber dans le vice de la consommation. La plupart des auditeurs des sagas MP3 sont un public adolescent ou de jeunes adultes ; cette classe de population est très consommatrice de tout ce qu’elle trouve à portée. Outre les problèmes de compression liés aux imports sur Youtube qui dégraderaient la qualité sonore, nous arriverions à une consommation pure des sagas par les auditeurs de Youtube qui consommeraient les sagas comme ils consommeraient un vulgaire soda. Cela se voit déjà avec les youtubeurs qui crééent des comptes uniquement pour centraliser un maximum de sagas dans le but d’avoir un maximum de vues sur leur compte et aussi pour donner aux autres la paresse intellectuelle de ne pas rechercher les sites des auteurs. Au final, c’est l’auteur qui est perdant, car non seulement personne ne sait qui sont les différents auteurs des sagas et le travail de ces auteurs n’est pas reconnu et évalué à sa juste valeur.

Le meilleur moyen de diffuser une saga MP3 est de faire en sorte qu’elle ne soit pas consommée, ce qui passe par restreindre quelque peu les modes de diffusion tout en respectant les contraintes de droit d’auteur qu’il peut y avoir en amont et en permettant une diffusion équitable pour l’auteur et l’auditeur (à ce titre, la licence de libre diffusion CC-BY-NC-SA est la meilleure option). Pour qu’un auteur puisse voir son travail estimé à sa juste valeur et qu’il regroupe autour de lui des gens vraiment intéressés par son travail et non pas avoir une simple bande de consommateurs anonymes (et accessoirement crétins), il doit permettre une interaction et maximiser le passage par son site web. Un travail qui est aussi fastidieux, mais nécessaire, est de faire la chasse aux petits malins qui font des imports massifs et sauvages sur des médias comme Youtube, souvent sans respecter la licence de la saga.

Sites de musique libre

Pour ce premier billet de l’été, je vous emmène vers les sites web proposant des musiques publiées sous licence libre ou sous licence de libre diffusion. Car oui, il existe aussi des musiques libres de droit dont la qualité mérite le détour et il peut parfois s’agir de professionnels ayant des contrats avec des labels.

La fontaine de Joy

L’été démarre en musique ! (Bon d’accord, le 21 juin est déjà passé ^^) (Slunia, CC-BY-SA 3.0)

Dans les sites généralistes, auboutdufil.com est une première étape intéressante. Il propose plusieurs morceaux diffusés sous licences Creative Commons (libre ou libre diffusion) ou Art libre. Les groupes ayant composé ces morceaux sont assez peu connus, mais proposent des productions qui peuvent valoir le détour dans des styles musicaux très divers (pop, rock, electro, acoustique, variété…). Un autre site généraliste est ccMixter qui propose de nombreux morceaux musicaux dans de nombreux styles sous licence Creative Commons (libre ou de libre diffusion). Pour ceux qui voudraient juste découvrir des musiques libres, la webradio SynopsLive propose dans sa programmation des musiques sous licence libre de bonne qualité parfois intéressantes.

Pour ceux qui rechercheraient des musiques pour jeux comme des ambiances ou autre, la partie audio du site Newgrounds est faîte pour vous. Publiés sous licence de libre diffusion CC-BY-NC-SA, les morceaux couvrent une gamme de styles musicaux assez importante tel que le rock, l’electro ou le hip hop.
Bien que ces musiques ne soient pas libres de droit, je conseille aux amateurs de Final Fantasy VII le remix des morceaux du jeu nommé Voices of the Lifestream. Ces remix, dans des rythmes techno, rock ou classique, méritent le détour de par la qualité musicale et l’originalité des harmonies développées tout au long des morceaux.

Si vous êtes intéressé par les musiques de type electro, psychedelic ou techno, le portail Ektoplazm est le lieu rêvé pour trouver une gamme très large de musiques et de groupes dans ces domaines. Lancé en 2007, ce site propose plus de 35 millions de morceaux répartis dans plus de 7 millions d’œuvres publiées sous licence Creative Commons ; les types de licence les plus courants sont les licences de libre diffusion CC-BY-NC-SA et CC-BY-NC-ND. Les musiques présentes sur ce site sont de très bonne qualité et reflètent une diversité sonore qui explore de nombreuses pistes des styles electro, psychedelic et techno.

Pour ceux qui souhaiteraient élargir la gamme de sites de musiques libres, je vous conseille cette liste de 22 sites sélectionnés sur le site Korben (la majorité des sites listés dans ce billet y figurent).