Outil de retours des lecteurs : un échec ?

L’outil de retours des lecteurs arrive à la fin de sa période de test de 6 mois sur la Wikipédia francophone. Un sondage préliminaire à la prise de décision qui décidera de son avenir est en cours et montre que la majorité des contributeurs ne semblent pas favorables à son maintien. Avec ses 21,2 % d’avis jugés utiles (une proportion qui est restée plus ou moins constante depuis le déploiement de l’outil), on pourrait dire que le but initial de l’outil n’a pas été atteint et que cet essai est un échec ; en revanche, il est très révélateur des pratiques de consultation des articles et de la vision que les lecteurs lambda ont de Wikipédia.

Des résultats mitigés

Le but initial de l’outil de retours des lecteurs est de permettre une amélioration des articles en demandant directement l’avis des lecteurs. Une démarche qui est à la base sensée, surtout lorsque l’on sait que le lecteur est parfois mieux placé pour dire où sont les points qui ne vont pas (notamment sur une utilisation trop massive du jargon ou de concepts peu clairs pour un non-initié). Permettre aux lecteurs de donner leur avis est à la fois légitime et leur permet aussi de participer à l’élaboration de l’encyclopédie et d’avoir un premier contact informel avec la communauté qui rédige le contenu par la prise en compte des avis pertinents. Les œuvres collaboratives devant être réalisées avec toutes les parties concernées, la participation du lecteur est plus que naturelle dans le cas de Wikipédia.

J’avais, il y a un peu moins d’un an, indiqué pourquoi cet outil devait être adopté, avec un optimisme et un utopisme assez larges, même si je ne m’attendais pas non plus à avoir une énorme proportion d’un usage raisonné de cet outil par les divers lecteurs de Wikipédia. Quelles sont les statistiques globales ? 21 % d’avis jugés pertinents, 56 % d’avis pas vraiment utiles, 11 % d’avis inacceptables (insultes, diffamation…) et 12 % d’avis encore non examinés. Une chose assez ironique est que l’essai francophone se retrouve avec un taux d’avis pertinents deux fois inférieur à celui obtenu par les anglophones (40 %), alors que Wikipédia-fr dispose de la dernière version de l’outil, sensée corriger la plupart des défauts qui auraient amenés au taux anglophone.

Des lecteurs qui ne lisent pas

Si le but initial n’a pas vraiment été atteint et le test non-concluant, il a cependant été assez révélateur de la manière dont la plupart des gens consultent les articles de Wikipédia. On reproche aux gens de faire confiance aveuglément aux contenus présents sur Internet et on insiste bien de vérifier et de croiser les sources des informations (ce que les sites comme Wikipédia permettent aisément). Force est de constater que la plupart des gens ne font pas non seulement confiance de manière aveugle au contenu des articles, mais qu’ils ne les lisent carrément pas ! Ou du-moins, ils s’imaginent que toutes les informations qu’ils jugent importantes sur un sujet seront dans l’introduction et que si elle n’y est pas présente, c’est qu’ils ne la trouveront pas sur Wikipédia. Ce constat part du signalement de commentaires récurrents demandant l’ajout d’informations déjà présentes dans l’article.

Une autre grande tendance est la demande systématique d’images dans la plupart des commentaires jugés pertinents ou moyennement pertinents. On peut distinguer ceux qui demandent des images sur des articles qui n’en disposent pas et ceux qui veulent plus d’images sur des articles qui en ont déjà. Dans les deux cas, ces requêtes sont révélatrices d’une méconnaissance de la plupart des lecteurs des problématiques liées à l’illustration sous licence libre et au bénévolat qui est le moteur des projets de la Wikimedia Foundation. La plupart des gens s’imaginent qu’il suffit de demander pour que l’on dépêche un photographe sur place pour illustrer un article ou bien encore qu’on peut pomper la première photo venue sur Internet. Double méconnaissance des problématiques liées au droit d’auteur et de la pratique bénévole, qui permet à Wikipédia et à Commons de tourner, et de ses contraintes.

Un manque d’éducation encyclopédique

C’est une thèse qui revient régulièrement dans mes billets sur l’encyclopédisme et son rapport avec la société, mais elle explique en assez bonne partie pourquoi l’outil de retours enregistre aussi peu d’avis pertinents (en faisant abstraction des vandalismes et autres imbécilités) avec des demandes d’illustration intensive, des demandes d’ajouts d’informations déjà présentes dans les articles et des demandes d’informations de nature non-encyclopédique.

La première chose est que les gens n’ont pas de réelle éducation encyclopédique et ne font pas la différence entre savoir et information et entre savoir et vérité ; dans leur esprit, ces notions sont similaires, sinon identiques. Face à un site comme Wikipédia qui prétend vouloir recenser l’ensemble du savoir humain, les gens s’imaginent qu’ils pourront y trouver toutes les informations en détail de A à Z, en passant par ce qui relèverai vraiment du savoir à l’information de guide touristique jusqu’au dernier buzz people. Ils font par ailleurs preuve d’un certain égocentrisme en s’imaginant que l’information qu’ils recherchent et qu’ils estiment primordiale se trouvera en tête des articles et non pas dans le blabla qu’ils ne veulent pas lire par paresse intellectuelle. Ils exigent au site de faire une chose qui n’est pas encore réalisable : lire dans leurs pensées. En réalité, ils utilisent plus Wikipédia comme un moteur de recherche amélioré que comme une encyclopédie et cela s’explique de manière simple.

Dans l’inconscient collectif, l’encyclopédie reste toujours la collection de gros bouquins chers qui prennent la poussière en haut de la bibliothèque. Pour les gens un peu plus numérisés, l’encyclopédie se trouve aussi sur des CD-ROM, voire sur les sites web des grandes entreprises historiques de l’encyclopédisme. En revanche, Wikipédia n’est pas perçu comme une encyclopédie par un public qui n’arrive pas à se détacher de cette image de l’encyclopédisme qui appartient de plus en plus au passé. Plusieurs facteurs en sont la cause : l’interface de lecture, la nature communautaire et diversifiée de ses rédacteurs, mais surtout le caractère ouvert qui permet la libre modification à n’importe quel internaute. Tout cela fait que pour les gens, Wikipédia est un site qui peut avoir n’importe quelle information possible et imaginable et que l’on peut y trouver tout et n’importe quoi ; et dans le cas où ce que l’on cherche n’existe pas, on le signale, peut importe que ce soit du savoir, vu que Wikipédia peut tout avoir !

Voici les principaux facteurs qui expliquent la plupart des avis récoltés et l’échec de la phase de test de l’outil de retours.

Doit-on abroger définitivement l’outil de retours ?

Cet échec doit-il cependant nous obliger à nous détourner définitivement de ce type d’outil ? Pas nécessairement, car la participation directe et indirecte des lecteurs à l’élaboration de l’encyclopédie est une constante obligatoire pour permettre au contenu d’être ce qu’il doit être : complet et accessible. Par ailleurs, plus le nombre de points de vue sur un article est élevé et plus le ou les rédacteurs sauront quels sont les points à corriger pour que l’article soit accessible (dans tous les sens du terme) au plus grand nombre de personnes tout en étant assez complet. De nouveaux moyens d’interactions avec les lecteurs devront être pensés et envisagés, sans pour autant tomber dans un côté trop réseau social qui sortirai Wikipédia de son rôle d’encyclopédie avec des systèmes piqués à Facebook ou Twitter.

Le concept de l’outil en lui-même n’était pas mal pensé, mais il n’est pas adapté à la situation relationnelle qu’entretient Wikipédia avec son lectorat. La majorité des gens qui pourraient émettre des avis pertinents n’utilisent pas l’outil, car ils modifient et complètent eux-mêmes les articles. La faible proportion d’avis valables s’explique également par le fait que ceux qui utilisent l’outil sont majoritairement des gens qui n’ont pas compris la nature et le fonctionnement de Wikipédia (sans parler des vandales et autres noobs) et qui font par ailleurs preuve d’une grande paresse intellectuelle en s’imaginant qu’on va pouvoir tout leur servir sur un plateau sans qu’ils fassent le moindre effort.

Au final, s’agit-il vraiment d’un échec ? Plutôt d’un semi-échec, car si le but initial n’a pas du tout été atteint, il a permis de montrer que de grands progrès sont encore à faire pour expliquer au public ce qu’est réellement Wikipédia, tout en montrant que les avis des lecteurs peuvent parfois être pertinents. Et même quand ils ne le sont pas, ça peut toujours être agréable d’être remercié ou récompensé par un bravo.

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Comment augmenter la notoriété des sagas audio ?

Mon passage aux Joutes du Téméraire le week-end dernier m’a permis de découvrir IRL beaucoup de gens sympathiques au pôle des sagas audio, mais aussi d’alimenter ma réflexion sur comment pouvoir augmenter la notoriété du mouvement. Les comportements que j’ai pu observer et les échanges que j’ai pu avoir aux Joutes et sur IRC avec diverses personnes m’ont permis de voir plus ou moins où sont les endroits qui coincent, mais aussi pourquoi il est plus difficile de rendre aujourd’hui une saga audio célèbre qu’il y a 10 ans.

Une communauté alimentée par l’intérieur

Une caractéristique malheureuse qui a été observée dans le pôle des sagas audio est sa faible fréquentation par des personnes extérieures à la sagasphère (apparemment pas plus d’une cinquantaine sur les deux jours, sachant qu’une assez bonne partie semblait déjà connaître les sagas audio). Bien qu’il y ait d’autres facteurs qui ont eu un rôle non-négligeable (notamment la dispersion des différents pôles aux quatre coins de l’établissement), une chose qui a bien dissuadé la plupart des visiteurs potentiels est le côté IRL qui a pris le pas sur le côté festival à bien des moments. Je ne reprendrai pas les problèmes et comportements observés au festival même, car cela est déjà suffisamment débattu sur le forum, mais je vais plus me pencher sur l’aspect global de la communauté que j’ai pu y observer.

La communauté netophonixienne est ce qu’on pourrait nommer une communauté multipolaire fermée, c’est-à-dire qu’elle est organisée autour de plusieurs pôles de personnes, tout en ayant peu d’interactions directes avec l’extérieur. De fait, elle est alimentée par la sagasphère elle-même qui constitue une très grande majorité de ses membres et est son propre moteur. Le but initial de la communauté qui est de rassembler les acteurs de la sagasphère pour faire progresser le mouvement n’a certes jamais été détourné, mais une chose à noter est que la communauté a peu de liens globaux avec l’extérieur. Ces liens existent, mais sont indirects par le biais des différents acteurs participant au forum qui disposent autour d’eux d’une communauté propre extérieure à Netophonix. C’est pour cela qu’elle est multipolaire fermée : elle a différents pôles de personnes gravitant autour d’elle tout en ayant peu ou pas d’interaction avec eux.

Le temps des sites web de masse

Si les festivals sont un moyen de faire connaître le mouvement sagasphérique, il ne faut pas oublier que son principal moyen de diffusion historique et actuel est Internet. Les sagas de la première heure (Le Donjon de Naheulbeuk, Les Aventuriers du Survivaure, Adoprixtoxis, Reflets d’Acide…) sont également d’une manière globale les sagas les plus connues. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour l’expliquer : le caractère innovant de la saga audio à l’époque, le public touché par ces œuvres, l’humour bien trouvé, mais surtout l’absence à l’époque des sites web de masse tels que Youtube ou Dailymotion.

Or, où trouve t-on de nos jours les notoriétés ? Ou plutôt, grâce à quel genre de médias arrivent-elles à obtenir de la notoriété en peu de temps ? Grâce à des sites comme Youtube qui sont le pur reflet de la société de consommation où le public consomme et où les requins du marketing créent une icône sur la base du succès de quelques vidéos sur un site web. Mais d’un autre côté, il y a ceux qui arrivent à créer un buzz qui leur assure derrière une notoriété non-négligeable sur le web qui parvient à durer. La sagasphère peut-elle rivaliser avec cela grâce aux moyens de diffusion classique ?

Quelles ouvertures ?

Bien entendu, je ne prône pas la création de comptes Youtube pour diffuser les sagas MP3, car ce serait contre-productif pour les auteurs et la communauté ; les auditeurs auraient tout qui leur serait servi sur un plateau et ne feraient plus que consommer une saga comme ils consommeraient un Coca, avec en plus une qualité sonore moindre à cause de la compression de Youtube. Peut-on améliorer la communication sans se prostituer sur les sites web de consommation de masse ? Oui.

En interne du Netophonix, améliorer l’organisation de la liste des sagas audio, une chose qui est déjà en cours. Sur le plan des festivals, il n’y a pas de secrets : il faut essayer de séparer la partie IRL brute de la partie festival pour éviter le couac des 9 et 10 novembre dernier. Une assez bonne partie des membres de la sagasphère sont des étudiants et ont donc à leur disposition (je pense notamment aux radios campus) une palette assez large de moyens pour faire découvrir les sagas audio dans les milieux universitaires. Bien entendu, il faudra aussi trouver des innovations en matière de com’ sur Internet pour augmenter la visibilité du Netophonix (actuellement au rang 68 602 des sites web les plus consultés en France) qui doit être à mon sens un carrefour d’échanges et de découvertes à propos de la sagasphère.

Bien entendu, tout le monde dans le mouvement n’a pas pour but de voir ses œuvres connues comme celles de PoC ou de JBX, mais veulent juste se faire plaisir et faire plaisir à ceux qui veulent les écouter. Aussi, il ne faudra jamais perdre de vue qu’on ne peut pas imposer l’augmentation de la notoriété aux gens, mais juste l’offrir à ceux qui la désire. La diffusion par Internet est l’un des grands aspects des sagas audio qui ne doit pas être remplacé par un autre, mais le système actuel doit être amélioré.

Pour que le domaine public revienne au public

L’actualité récente fourmille de bonnes et de mauvaises nouvelles à propos du domaine public en Europe. Principe peu présent dans les textes législatifs (au contraire du droit d’auteur et du copyright), il est actuellement réduit à être induit par la fin de l’exercice du droit d’auteur. Par ailleurs, il ne dispose en France d’aucune protection légale (il n’existe même pas au regard de la loi) et certains organismes (notamment publics) tentent de s’approprier des œuvres appartenant au public.

Le domaine public : l’héritage des Hommes

Contrairement à ce que les partisans du droit d’auteur et ceux qui veulent l’étendre à l’infini tentent de dire, le domaine public n’est pas une simple absence de droit d’auteur, mais il est en réalité ce qui doit protéger l’héritage humain que sont la culture et ses œuvres. Nous héritons de tout de ce que nos ancêtres nous laissent et c’est aussi à nous qu’incombe la charge de nous les approprier et de les préserver pour les générations futures. Un individu peut protéger une œuvre, mais il doit aussi la laisser librement accessible à tous ; bien que cette éventualité soit toujours faisable, elle est difficile à mettre en œuvre pour un particulier avec des moyens très limités. Aussi il y a une formidable machine que l’on nomme l’État qui fonctionne uniquement par le biais et pour les citoyens, c’est donc à lui d’assurer le travail de préservation et de diffusion de la culture. Ce travail passe ainsi par la création d’organismes publics culturels comme les musées, dont la mission est de présenter et d’expliquer une œuvre et en même temps de la protéger des dégâts causés par le temps et pouvant être causés par les hommes.

Le domaine public n’appartient pas aux établissements publics

Cependant, un gros problème se pose de nos jours ; dans un monde envahi par le dieu argent et par ses prêcheurs et évangiles de l’ultra-libéralisme, la culture est réduite au rang de simple marchandise. Pire encore, au nom de cette religion de l’argent, les états se détachent peu à peu de la gestion des organismes culturels qui doivent faire appels à d’autres organismes publics ou privés pour continuer à effectuer leur mission autant qu’ils le peuvent. Le droit d’auteur a également amené un effet très pervers qui est celui de penser qu’une œuvre est une propriété que l’on peut avoir uniquement pour soi-même au même titre qu’un simple objet. Cette logique est arrivée jusqu’à la tête d’organismes publics culturels qui n’hésitent plus à poser des interdits illégaux (comme la prise de photo dans les musées) pour garder une exclusivité sur ce qu’ils croient être leur propriété exclusive, c’est-à-dire les œuvres qu’ils sont sensés présenter et diffuser librement et protéger.

Mais chose pire encore dans cette situation : ces organismes sont incapables de mener à bien leur mission et empêchent en plus d’autres de le faire à leur place, principalement au nom d’un chauvinisme culturel. Afin de garder ce qu’ils croient être leur monopole et de combattre de manière utopique ce qu’ils croient être un ennemi, ils se lancent à leur tour dans la diffusion des œuvres par les mêmes moyens (ex : la numérisation des livres de bibliothèques). Mais, sous prétexte de ne pas avoir suffisamment d’argent pour faire ces travaux, ils délèguent à des entreprises privées qui, par contrat, se voient attribuer des droits d’auteur sur des œuvres dans le domaine public, réduisant de fait l’accès à cette culture qui devait être libre.

Contre le pillage du domaine public

Il est assez cocasse de lire régulièrement que la violation de droit d’auteur ne serait ni plus ni moins que du vol (alors qu’à ma connaissance, il n’y a pas de perte de la-dite œuvre) et qu’en parallèle il serait normal de prendre aux citoyens une chose qui leur revient de droit : leur héritage culturel. Les tenants de ces théories n’ont peut-être pas de morale, mais ils ont au moins le mérite d’être logique dans leur manière de penser qui se résume à la phrase suivante : « L’argent appelle l’argent ».
L’un des plus gros symptômes de cette logique est l’allongement des droits voisins au droit d’auteur sur des œuvres, afin que les rentrées d’argent puissent bénéficier aux héritiers ou bien aux éditeurs/producteurs qui préfèrent vivre sur les productions du passé au lieu de soutenir celles du présent. Dans cette configuration, des gens se voient attribuer des rentes à vie sur le dos des citoyens (privés du libre accès à l’œuvre) et du talent d’une personne qu’ils ne possèdent pas ; c’est comme si l’État me versait une pension à vie parce que j’ai eu le simple mérite d’être le fils ou le petit-fils d’un grand président de la République.

La réalité est que se sont les citoyens qui sont pillés et spoliés de leur héritage culturel et non pas les descendants ou des entreprises financières qui ne font que percevoir un argent qu’ils ne méritent pas, car non-issu de leur propre travail (tout travail mérite salaire parait-il). La solution existe : inscrire le domaine public dans la législation afin de le consacrer et de le protéger, mais aussi de lui donner son véritable rôle qui est celui de protéger l’héritage culturel des citoyens. En France, la députée du Calvados Isabelle Attard vient de présenter une proposition de loi allant dans ce sens à l’Assemblée Nationale. Les mesures proposées sont intéressantes, bien que certaines semblent un peu faibles comme les peines encourues en cas de copyfraud (1 an d’emprisonnement et 100 000 euros d’amende), qui restent plus basses que la violation du droit d’auteur.

Cependant, il s’agit d’un grand progrès qui n’attend plus que le courage politique pour concrétiser la réalité de ce que doit être notre héritage culturel ; une chose immatérielle, libre, à diffuser et à protéger coûte que coûte du temps et des hommes et de leur divinité monétaire. Je repend à mon compte un tweet de mon collègue Alexander Doria : « la cause du domaine public français a plus avancé en une semaine qu’au cours des deux derniers siècles ».

Savoir et vérité : entre science et religion

Certains détracteurs de Wikipédia se plaisent à lui reprocher son principe de neutralité de point de vue, car il ne permettrait pas de faire ressortir la vérité. Cependant, ils oublient qu’une encyclopédie a pour vocation de diffuser et de présenter du savoir et non une vérité. La démarche pour accéder au savoir est purement scientifique et se base sur la raison ; c’est selon ces bases qu’une encyclopédie doit être rédigée.

La vérité : concept humain

Qu’est-ce que la vérité, sinon le désir de l’Homme de connaître la réalité d’un fait, passé ou présent ? Elle est nécessaire pour structurer la société et la maintenir. Le mensonge et l’hypocrisie sont les anathèmes de la vérité et utilisent des moyens pervers pour s’imposer, quand cette dernière mise sur la franchise et la transparence. Nous avons besoin de la vérité, car elle donne un sens à notre vie, aux faits qui s’y passent et à sa compréhension. Nous ne pouvons comprendre les événements qui sont le pur fruit de l’Homme que si la vérité les entoure. Pour résumer, la vérité n’est ni plus, ni moins que le désir de compréhension de l’Homme à propos de ses propres actes. Ce qui différencie la vérité de la réalité est que la vérité ne peut s’appliquer qu’à l’Homme, tandis que la réalité est un concept plus global dans lequel est inclus la vérité. Qu’en est-il des événements naturels et de ce que la science étudie ?

Le savoir n’est pas une vérité

Le savoir est l’état des connaissances humaines à propos de son environnement, proche comme éloigné. La première nuance à distinguer est que le savoir s’applique aussi bien sur des faits que sur des mécanismes ou encore des systèmes, qu’ils soient d’origine naturelle ou humaine. L’étude scientifique est basée sur un raisonnement fait d’hypothèses et d’observations qui amènent à l’élaboration de théories qui sont confrontées aux observations qui les confirment ou les infirment. Le principe même d’une théorie est justement d’être contestable et son destin est d’être un jour abandonnée pour être supplantée par une autre théorie. Ce caractère éphémère et instable des théories est le moteur qui permet à la recherche scientifique de progresser et donc d’évoluer vers un savoir qui tend à se rapprocher de plus en plus de la réalité.

L’Histoire a maintes et maintes fois démontré que le savoir à un temps T n’est pas immuable et qu’il ne peut être imposé comme une vérité absolue et intangible. À l’image de l’Humanité, le savoir est mouvant, il évolue au fur et à mesure que les techniques progressent. La vocation du savoir n’est pas de présenter parfaitement la réalité, car c’est une chose impossible, mais de tendre vers des modèles et des théories se rapprochant au mieux de la réalité.

Bâtir une encyclopédie sur un seul principe : la raison

La nature d’une encyclopédie est de présenter le savoir ; autrement dit, sa conception doit se faire selon le seul et unique principe de la raison, qui régit également la recherche scientifique. Sur Wikipédia, on rencontre de nombreuses personne qui veulent imposer un point de vue ou en supprimer un autre au prétexte que selon eux, on doit y dire la vérité ; cette manière de procéder va à l’encontre même de l’essence primordiale de l’encyclopédie. Le deuxième principe fondateur, tant décrié, de la neutralité de point de vue a pour première vocation de protéger le premier principe fondateur (l’encyclopédisme) de l’instrumentalisation du contenu au nom de la croyance et d’un principe (la vérité), qui n’a pas lieu d’être dans une telle œuvre.

Un exemple simple que l’on peut donner est l’article sur le réchauffement climatique global actuel, qui est à mon sens l’un des articles les plus aboutis en matière de neutralité de point de vue. Que nous dit cet article ? Que les observations scientifiques de ces dernières décennies ont montré que la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère augmente de manière inédite depuis le début de l’âge industriel, et qu’une augmentation de la température globale est observée dans le même temps. Il présente également les différentes hypothèses et les conclusions de l’ensemble ; une grande partie de l’article y est consacrée, car ce phénomène fait consensus au sein d’une grande partie de la communauté scientifique et de la société. Cependant, les climato-sceptiques ont une partie qui leur est consacrée, certes bien moindre, du fait du caractère minoritaire de leur point de vue. C’est cela la neutralité de point de vue : un article présentant le savoir complet sur un fait, sans prendre parti et sans prôner une vérité.

Ne pas confondre savoir et croyance

Lorsque l’on tente d’accoler des événements, des mécanismes ou des phénomènes à partir d’une explication leur donnant un sens, nous tombons dans le domaine de la croyance. Le propre de l’Humain est de trouver un sens à tout ce qu’il voit, car il observe avec son regard d’Humain, dont les réalisations ont toujours un sens. Cependant, l’incompréhension ou l’absence de sens face à certaines choses fait que l’on tente de passer par la voie de la facilité avec des explications donnant un sens à ces choses, un sens humain. Cela, on tente de le faire passer pour du savoir. C’est dans cette démarche que s’insère le créationnisme : appliquer des principes propres à l’Homme à la nature, car ceux qui prônent cette théorie sont enfermés dans une croyance qui les empêche de franchir la barrière du regard humain. Ainsi, tout ce qui n’a pas de sens doit être expliqué et si nulle explication humaine n’est plausible ou peut lui donner un sens, on s’en remet à une entité mystérieuse et supérieure ; de là, naît la religion.

L’encyclopédie est basée sur la raison et la démarche de rédaction est purement scientifique. Tenter des passages en force au nom de la vérité ou d’une pseudo-vérité, c’est passer par la croyance, une démarche qui ne tient sur rien de tangible. Qui plus est, s’enfermer dans un dogme de croyance amène au fanatisme, caractérisé par l’intolérance envers celui qui ne respecte pas et qui s’oppose à votre doctrine. L’encyclopédie est le barrage contre l’obscurantisme du fanatisme et ses détracteurs les plus farouches ne seront jamais que des obscurantistes fanatiques enfermés dans des dogmes religieux.

Pour un droit d’auteur juste

En continuité de mon billet du 31 août 2013 où j’avais caractérisé les déséquilibres et les injustices qui parsèment le droit d’auteur dans sa version actuelle, cet essai a pour but d’expliciter ce que doit être le droit d’auteur de demain, par qui et comment il doit être mis en place et quel changement de modèle cela devra impliquer. La grande problématique est comment réformer le droit d’auteur pour qu’il puisse y avoir un équilibre de droits entre les créateurs et le public, tout en permettant aux premiers de pouvoir vivre grâce à leur profession ? Sur le fond de ces enjeux, un seul et unique thème revient systématiquement : l’argent qui détermine tout dans une procédure de création humaine. Ce thème implique par évidence que la réforme du droit d’auteur devra s’accompagner d’une réforme du système économique culturel et par la même, d’un bouleversement sociétal.

Logo Bitcoin sur un billet de dollar américain

L’argent, le casus belli entre les conservateurs et les réformistes du droit d’auteur, au cœur de tous les débats (Web-dev-chris, CC0).

La vraie nature du droit d’auteur

Le droit d’auteur est plus qu’un simple contrat entre l’auteur et son public ; il doit être le lien entre ces deux entités qui sont réunies autour du seul et même objet qu’est l’œuvre. Il s’agit d’un système qui doit être en équilibre pour durer dans le temps, et cet équilibre se base sur la justice qu’il doit y avoir entre ayant-droit et réutilisateur. L’auteur d’une œuvre, quelle que soit sa forme, transmet une pensée à travers sa réalisation ; nul ne peut s’approprier une propriété sur une pensée, car elle est universelle et traverse plusieurs esprits simultanément. L’auteur est à l’origine d’une diffusion spécifique d’une pensée, et à ce titre, il dispose de droits de paternité sur son mode de diffusion ; ainsi, l’auteur d’une œuvre doit toujours voir son identité associée à cette œuvre. Le droit d’auteur doit être le moyen de permettre à la pensée véhiculée par l’auteur et ses œuvres d’être diffusée au plus grand nombre, tout en lui assurant la paternité sur le mode diffusion utilisé.

La problématique de la rémunération des auteurs

C’est là le point noir de la réforme du droit d’auteur : comment permettre de meilleurs et plus justes partage et diffusion des œuvres tout en permettant aux auteurs de vivre de leur travail ? Le grand barrage qui déséquilibre le droit d’auteur sont les droits patrimoniaux et c’est autour de ces droits que la réforme du droit d’auteur doit principalement se faire. La réalisation d’œuvres culturelles nécessite constamment l’apport d’argent qui provient de diverses sources : les ventes d’œuvres, l’investissement par des intérêts privés, des dons de particuliers… On associe trop souvent le libre partage et le piratage aux difficultés économiques de nombreux secteurs culturels. Or, le piratage n’est pas le facteur principal de ces problèmes ; des études menées par divers cabinets d’études et même des maisons de production et d’édition montrent que le libre partage dope les ventes.

La première grande réforme à mener est la dépénalisation de la réutilisation d’œuvres à des fins non-commerciales au sein d’autres œuvres. À partir du moment où l’échange se fait sans transfert d’argent et que ce ne sont qu’un fragment des œuvres qui sont utilisés, on ne peut pas considérer qu’il y a une perte économique, étant donné que personne ne se fait de l’argent sur l’œuvre d’un autre. L’amateur qui créé une œuvre n’a pas toujours les moyens de tout faire intégralement, surtout si son œuvre est complexe sur le plan technique. Ce qui permet la diffusion et la pérennité des œuvres, c’est le fait qu’elles puissent être réutilisées et référencées ; une œuvre enfermée dans une prison de droits interdisant toute réutilisation et référence n’est destinée qu’à ne faire partie d’un décor invisible éphémère. L’inclusion d’un fragment d’une œuvre dans une autre peut amener de nouvelles personnes à découvrir et à s’imprégner de l’œuvre incluse. Sa diffusion lui permet dès lors de rentrer dans la grande famille de la culture et du savoir de l’Humanité.

BD caricaturale sur le droit d'auteur

La liberté et l’équité : deux principes incompatibles avec le droit d’auteur ? Rien n’est moins sûr et c’est même plutôt tout le contraire (Nina Paley, traduction par Léna, CC-BY-SA 3.0)

Faut-il pour autant abolir totalement le système de rémunération des auteurs et contraindre les créateurs de culture à ne plus se professionnaliser dans ce domaine ? La réponse est non. Cependant, face à la révolution Internet, ceux qui hier étaient professionnels dans ces domaines et avaient un monopole sur la diffusion et la création de la culture doivent réformer leur modèle économique.

Une révolution sociétale

Comment permettre la réalisation d’une œuvre et à ses auteurs de vivre de leur travail ? En sortant le secteur culturel du système marchand et en dissociant la valeur d’une œuvre culturelle de la valeur monétaire pour la ré-associer à la valeur humaine et à la pensée qu’elle souhaite véhiculer. Sortir de ce système nécessite la mobilisation de tous les acteurs de la culture et passe par un changement de législation, un changement de mentalité et un changement de société. En effet, la société de consommation a relégué l’œuvre culturelle au rang du simple objet de consommation et les nouveaux codes issus entre-autres de la télévision et du cinéma de type blockbuster hollywoodien ont transformé la culture en une simple affaire de business.

En plus de sortir la culture dite populaire de son image de bien de consommation et de commerce industriel, il est aussi urgent de sortir la soi-disant vraie culture de la vision élitiste qu’on lui prête. Pour beaucoup dans l’inconscient collectif, la culture est au mieux synonyme de chose qui n’est pas fait pour les couches populaires, au pire considérée comme étant l’expression pédante et ennuyeuse d’une élite déphasée avec son temps. Par ailleurs, la culture est souvent apparentée au passé et on refuse de s’accorder que les créations actuelles sont aussi culturelles. Ce changement de vision doit s’opérer par un meilleur accès à la culture, plus ouvert, plus pédagogique et aussi moins onéreux. Par ailleurs, les créateurs de culture doivent aussi y mettre la main à la pâte en permettant à leur public d’être en contact direct avec eux ; car l’élitisme que l’on veut donner à une partie de la culture vient surtout d’une barrière invisible existant entre les créateurs/producteurs/conservateurs et le public.

Concert de Baustelle à Berlin en 2008

La culture dite « populaire » et la culture actuelle sont aussi nobles que la culture transmise par nos ancêtres. La culture évolue et fluctue selon les époques (Igor Akkerman, CC-BY 3.0 Allemagne).

Que faut-il faire en réalité ? Changer les mentalités, cesser de mettre la culture dans le circuit commercial et dans le dogme de la société de consommation qui dénature l’essence même des œuvres et réduit leur valeur à de simples chiffres sur un bout de papier qui seront crédités et débités sur des comptes en banque. Le monde doit prendre conscience qu’une œuvre a avant tout une valeur philosophique née de la pensée d’une personne ou d’un groupe de personne. Nous devons percevoir, interpréter et réfléchir sur la pensée véhiculée par l’œuvre à laquelle nous sommes confrontés, car c’est là l’essence même de la culture. Ses formes et ses expressions sont multiples et on ne peut pas mettre en comparaison les œuvres dites classiques du passé avec les œuvres actuelles, car elles font partie d’un même ensemble en perpétuelle évolution au gré des époques. Le jour où nous cesserons de mettre une barrière entre hier et aujourd’hui sur le plan culturel, nous pourrons alors embrasser la culture dans son intégralité et commencer à penser et à réfléchir. Comment cette évolution sera t-elle possible ? Par l’éducation, si les institutions culturelles et éducatives cessent de faire ce parallèle entre la culture d’avant et la culture d’aujourd’hui (ou même pour les cas les plus extrêmes, cessent de nier l’existence d’une culture de nos jours).

Une révolution économique

Changer de mode de société implique de changer de mode économique. Sur ce plan, c’est au acteurs de la culture de faire le premier pas, en présentant un modèle économique qui peut à la fois permettre la création d’œuvres de qualité, tout en assurant une diffusion juste pour le public et une rémunération suffisante pour les auteurs. Comme beaucoup d’autres systèmes, il faut qu’il y ait un équilibre et une équité entre les différents acteurs sur le plan de l’échange. À quels niveaux doit se faire cette révolution économique ? Sur tous les plans, aussi bien du côté du financement permettant la création des œuvres que du côté de leur diffusion.

BD caricaturale sur le déséquilibre du droit d'auteur

« – Le droit d’auteur est une question d’équilibre : un équilibre entre les créateurs et le besoin du public pour la liberté d’expression…
– avec le besoin des chèques pour les avocats du droit d’auteur ! » (Nina Paley, CC-BY-SA 3.0)

Créer nécessite toujours tôt ou tard de l’argent et la grande et éternelle question qui détermine les projets est : où trouver l’argent ? Dans le modèle classique, les frais de création sont à la charge d’un éditeur/producteur qui investi dans le projet, avec parfois le soutien de quelques institutions culturelles (comme en France avec le CNC pour le cinéma). Loin de remettre en cause ce modèle, il doit plutôt être amélioré pour faire entrer un nouvel acteur fondamental : le public. Le financement total ou partielle d’une œuvre (le crowdfunding) par le public lui permet de s’impliquer directement dans la création de l’œuvre, de la faire vivre et donc de mieux s’en imprégner.

Le système marchand industriel qui régit des pans entiers de la diffusion culturelle avec la présence de multinationales est l’un des gros points noirs qu’il faut abolir. Ce fonctionnement doit être remplacé par des soutiens à échelle plus petite par le biais de labels indépendants qui soutiendront les auteurs avec la participation des institutions publiques. La privatisation de la culture comme nous la connaissons ne peut être endiguée que si son système économique sort d’un système à but purement commercial avec une échelle industrielle. Le public doit se réapproprier la culture et cela passe par le concours des institutions qu’il finance par le biais de ses impôts, sans parler des bénéfices économiques locaux que cela pourrait entraîner si une œuvre était bâtie de A à Z à une échelle locale, pour ensuite être diffusée à travers le monde par le biais d’Internet.

Entrée du musée Rodin à Paris

Les institutions culturelles doivent de nouveau soutenir réellement la création de culture avec l’aide d’associations et de labels indépendants, sans discrimination (Guilhem Vellut, CC-BY 2.0).

Enfin, pour ce qui est de la diffusion de l’œuvre en permettant à l’auteur de vivre de son travail (car vivre pour la culture est un travail, et noble qui plus est), plusieurs facteurs doivent rentrer en ligne de compte. La diffusion de l’œuvre au sens strict sera d’abord améliorée si le modèle économique prôné dans les deux paragraphes précédent est adopté, grâce à la participation des citoyens qui pourront, en plus de financer et de soutenir le projet, le promouvoir à travers le monde via Internet. L’échange commercial sera facilité par cette communication, mais si l’auteur de l’œuvre permet aux gens potentiellement intéressés de ressentir l’essence même de l’œuvre, il leur donnera envie de l’acquérir pour s’en imprégner totalement. Pour cela, il doit permettre un libre accès à des parties de son œuvre, mais aussi permettre les échanges et réutilisations non-lucratifs afin qu’elle soit diffusée et appréciée au plus grand nombre qui chercherons ensuite à l’acquérir en rétribuant l’auteur.
On pourrait me dire que ce ne serait que légaliser le piratage et que les gens n’iront pas se fatiguer à payer pour une œuvre qu’ils peuvent avoir gratuitement. Cela est vrai si la révolution sociétale vis-à-vis de la culture n’est pas opérée. Les révolutions sociétales et économiques de la culture vont de pairs et devront s’effectuer simultanément.

Un fait qu’il ne faudra par contre ne jamais oublier : la culture est immatérielle et n’a pas vocation à faire de profits. La personne qui cherche à rentabiliser la culture n’est ni plus ni moins qu’un humain culturellement mort.

Qui pour réformer le droit d’auteur ?

C’est une règle essentielle : une bonne réforme nécessite la prise en compte de tous les acteurs d’une problématique et non pas juste de ceux qui ont de l’argent et qui veulent faire leur loi. La réforme du droit d’auteur doit se faire avec le concours des auteurs, des éditeurs, du public, des institutions culturelles, des associations de défense des auteurs, des associations de défense des consommateurs, des associations culturelles et des associations de promotion de la culture libre. Pourquoi autant de monde ? Parce que tous les points de vue sur un sujet doivent être pris en compte ; un débat public doit être juste et il ne peut être juste que si tous les acteurs ont voix au chapitre, même si certains soutiennent et défendent activement le système en place.

Vue du centre de l'hémicycle du Palais Bourbon, à Paris

La réforme du droit d’auteur nécessitera de l’équité dans le débat, de la lucidité et du courage politique ; ces trois facteurs seront-ils au rendez-vous ? (Coucouoeuf, CC-BY-SA 3.0)

À la suite d’un tel débat, la réforme sera t-elle à la hauteur des espérances ? Peu probable, car nulle réforme n’est allée jusque là où l’on pouvait l’espérer et il faudra plusieurs débats sur de longs mois, voire de longues années pour permettre à l’espérance de devenir réalité. Cela sera fonction du courage des politiques à résister aux lobbys conservateurs, mais aussi des institutions culturelles qui devront sortir de leur dogmes élitiste, des créateurs et éditeurs qui devront changer de modèle économiques et du public qui devra reconsidérer sa vision vis-à-vis de la culture. Une réforme du droit d’auteur, pour qu’elle réussisse dans le sens où on peut l’espérer, devra nécessiter de profondes révolutions et changements de modèles au sein de la société et de la culture. Ce n’est que lorsque la véritable essence de la culture sera révélée que nous prendrons réellement conscience de son importance vitale et de l’équilibre qu’il doit y avoir entre ses différents acteurs pour perdurer.

Mais comment ces révolutions arriveront-elles ? Par le biais des acteurs eux-mêmes de la culture et avant-tout des créateurs d’œuvres. La pensée est véhiculée par le biais de leurs œuvres et ce sont leurs œuvres, couplées au soutien des organisations en faveur de la réforme du droit d’auteur qui permettront d’opérer ces changements qui mettront en place un droit d’auteur juste.

Et si, en fin de compte, on ne changeait rien ?

Quant on y réfléchit, c’est lourd toute cette démarche, ça coûtera cher avec les débats, les gens impliqués… Le modèle actuel ne marche finalement pas si mal que ça, on peut contrer les pirates et autres violeurs de droits avec des méthodes qui sont de plus en plus efficaces avec un arsenal législatif et juridique à la hauteur. Alors, pourquoi changer ? L’auteur a tous les droits sur son œuvre et est souverain sur ce qu’il veut en faire, le public n’a pas son mot à dire et s’il n’est pas content, c’est son problème ; de toutes manières, il achètera quand même pour au moins voir une fois mon œuvre.

BD caricaturale sur le droit d'auteur

On peut toujours créer quelque chose avec le droit d’auteur (Nina Paley, traduite par Léna, CC-BY-SA 3.0).

Ne rien changer ne ferai qu’aggraver la situation, car il est dans la nature de l’Homme de violer des règles qu’il juge injustes et répressives. C’est l’un des facteurs qui alimente le mouvement du piratage qui est nourri par un besoin de consommation qui dénature la culture pour ce qu’elle doit être. Plus des règles répressives seront inventées, et plus les gens et les internautes trouveront des moyens de plus en plus sophistiqués pour les contourner, un jeu du chat et de la sourie que les acteurs de la culture et les états sont voués à perdre, car ils ont toujours un temps de retard. La perte en argent sera bien plus importante à cause des dispositifs de plus en plus lourds et répressifs que les états devront mettre en place et en raison d’un mouvement qui ne perdra jamais de vigueur et qui ne fera que s’amplifier.

On dit souvent que trop d’argent tue l’argent, et dans le cas qui nous intéresse, l’expression s’applique bien ; car, aveuglés par leur désir absolu de percevoir leurs royalties, les acteurs de la culture ne voient pas que les mesures qu’ils prônent coûteront bien plus cher qu’elles ne pourraient rapporter. Lorsque trop de droits sont accordés à une catégorie de gens, ils ne pensent que d’après ces privilèges et considèrent toute contestation au mieux absurde, au pire criminelle ; un aveuglement que les différentes révolutions qui parsèment l’Histoire de l’Humanité ont démontrées qu’il conduit à la perte des privilégiés tôt ou tard, dans des circonstances qui auraient pu être évitées si elles avaient agit selon la réalité qui se présentait devant eux.

Gravure représentant la mise à sac de l'hôtel de ville de Strasbourg le 19 juillet 1789

Aveuglés par leurs droits et leurs privilèges, les nobles ont refusés de faire des réformes de la société française en 1789, on connaît la suite…