Wikipédia : de la neutralité que diable !

L’un des cinq principes fondateurs de Wikipédia est que le contenu des articles doit respecter ce qui est nommé la neutralité de point de vue. De manière plus globale, le principe d’une encyclopédie (que ce soit Wikipédia ou une autre) doit être neutre vis-à-vis de n’importe quel événement et ne pas prendre parti pour une idéologie ou une pensée particulière, elle doit présenter objectivement les faits et le savoir sur le sujet présenté. Cette exigence de neutralité nécessite que cette caractéristique soit présente chez les contributeurs de Wikipédia. Cependant, elle manque chez de nombreuses personnes et cela mène à des conflits communautaires de grande envergure.

Carte des prévisions de hausses de températures pour 2070-2100

Quand la neutralité est piétinée, la température augmente (GWart, CC-BY-SA 3.0)

La neutralité : principe de base encyclopédique

La neutralité dans le contenu n’est pas un concept propre à Wikipédia, comme certains de ses détracteurs veulent le faire croire. L’objectif d’une encyclopédie est de présenter de manière factuelle le savoir établi et connu, sans prendre parti pour une idée ou une autre. Il existe bien entendu une nuance importante entre Wikipédia et les encyclopédies commerciales classiques : ces dernières disposent d’articles rédigés par un ou deux auteurs (quelques fois un peu plus) spécialisés dans leur domaine. Si ce dernier point permet de donner une certaine légitimité au contenu (en complément du système de comité de lecture), il indique aussi un manque sur le plan philosophique : le risque de n’avoir accès qu’à un seul point de vue sur le sujet traité sans assurance que l’opinion exprimée est celle qui est largement acceptée par les acteurs du sujet de l’article. Le modèle de rédaction de Wikipédia par des personnes tierces et actrices des sujets des articles permet de donner ce que l’on nomme la neutralité de point de vue.

De tous les principes fondateurs de Wikipédia, il est probablement le plus déroutant pour les non-initiés, mais aussi le plus mentionné aussi bien par les acteurs que les détracteurs de l’encyclopédie en ligne ; j’ai nommé le deuxième principe fondateur : la neutralité de point de vue. Ce principe fondamental énonce un fait simple et logique : une encyclopédie ne donne pas de vérité, mais que du savoir (la vérité n’étant qu’une vue de l’esprit et dépend donc d’un point de vue). La neutralité de point de vue énonce donc que Wikipédia ne constate pas la vérité (car elle n’est pas neutre), mais le savoir et les différentes grandes visions que l’on peut avoir de lui. Ainsi, les différents points de vue sur un sujet sont énoncés dans un article de manière proportionnelle à leur répartition et à leur importance. De fait, il n’y a pas de vérité dans les articles, mais juste du savoir.

Il n’y a pas de vérité dans une encyclopédie, juste du savoir (James Gillray, DP)

Contenu neutre = contribution neutre

Cela peut paraître être une exigence surdimensionnée pour la participation à Wikipédia, mais elle est imposée par les principes fondateurs et la raison, qui régit l’élaboration d’une œuvre encyclopédique. Le contributeur qui participe à la construction d’une encyclopédie doit s’affranchir de ses convictions dans tous les domaines et présenter le savoir avec l’objectivité exigée. Ce principe indique que nous ne devons pas présenter des avis personnels dans les articles et juste présenter le savoir. Cependant, il renforce aussi le quatrième principe fondateur, notamment son extension qui est la recommandation de supposer la bonne foi dans les contributions et les intentions d’autrui.

On note parfois dans certains débats que quelques contributeurs ne s’attaquent pas à d’autres contributeurs pour de simples motifs éditoriaux, mais pour motifs plus personnels qui ne devraient en théorie pas intervenir dans la logique de rédaction encyclopédique. Un grand classique est par exemple les motifs politiques où certains contributeurs de droite font la guerre à des contributeurs de gauche ou vice-versa. L’un des exemples les plus emblématiques est aussi le conflit israélo-palestinien et ses extensions où les pro- et anti-Israël s’écharpent régulièrement. Dans d’autres cas, ce sont des motifs purement relationnels où certains contributeurs ne peuvent pas en encadrer d’autres et s’opposent à eux par principe.

Admissibilité, restaurations, pages à supprimer…

Il existe au moins une exception à ce principe de neutralité dans les contributions : la vision personnelle de l’encyclopédisme et du projet encyclopédique qu’est Wikipédia. En effet, chacun a une vision à soi de ce qu’est l’encyclopédisme et le premier principe fondateur est rédigé de telle manière qu’il accorde une assez large liberté à l’appréciation de l’encyclopédisme. Par conséquent, tous les contributeurs ont une vision différente de Wikipédia et de sa nature, c’est ce qui fait entre-autres la spécificité du projet et de sa communauté, et c’est un principe qui est à mon sens non-négociable. Ce dernier nécessite cependant une ouverture assez large de la part des différents contributeurs pour qu’ils puissent accepter des visions et des points de vue différents à propos de la nature du projet, et c’est là où le bat blesse.

Acte de la conférence de Varsovie de 1573 sur la tolérance religieuse

Participer à Wikipédia nécessite de faire preuve de tolérance dans les débats face à autrui (Inconnu, DP)

C’est dans les parties du projets où l’on parle du devenir des articles (DRP, PàS…) que cette difficulté se manifeste le plus, car c’est là que les points de vue de tout un chacun à propos de l’encyclopédisme se confrontent. Si d’une manière globale cela se passe de manière plutôt calme et apaisée, il existe de nombreux cas où on note une intolérance relative (pour ne pas parler d’extrémisme) de la part de certains contributeurs à accepter une vision différente de la leur. De ce caractère naissent la plupart des conflits qui suivent une suite logique : mépris des idées, mépris de la personne, attitude vindicative personnelle et enfin opposition systématique à toute action de son détracteur. L’un des aspects de la neutralité dans Wikipédia est de permettre l’expression des points de vue différents, mais certains semblent l’avoir oublié, considérant détenir la vérité à propos de l’encyclopédisme et que seul leur point de vue compte et devrait s’appliquer, les autres n’étant que des hérétiques à bannir.

Projet:Québec

Le Projet:Québec est un wikiprojet ; à ce titre, il est sensé centraliser les efforts et les outils de contributions à propos du sujet Québec, ce qui concerne les articles qui parlent de près et plus ou moins de loin à cette province. Malgré ces statuts très clairs (ils sont même précisés sur la page principale du wikiprojet), certains contributeurs semblent vouloir en faire un projet dans le projet d’encyclopédie ; une sorte de communauté qui aurait un fonctionnement et des règles indépendantes de celles établies par la communauté. Cela se note aussi dans la manière dont certains désignent la structure comme Notre projet, comme si le wikiprojet leur appartenait. Il est à noter que certains contributeurs veulent imposer ce que l’on pourrait nommer le PoV québécois sur un certain nombre de sujets, notamment l’usage de termes anglais. S’il est vrai que la France, et l’Europe francophone d’une manière générale, n’est pas le centre du monde et que Wikipédia se doit être universelle comme ils le soulignent à chaque fois, il n’y a probablement moins de raisons à appliquer ce PoV québécois par rapport au PoV européen (principe de moindre surprise).

Bannière du Portail:Québec

Le Projet:Québec, un wikiprojet comme un autre, officiellement (Images : G. Baranski, Nicogag, Letartean, Michel Villeneuve et abdallahh ; Montage : Judicieux, CC-BY-SA 3.0)

Que les contributeurs québécois veuillent participer à l’amélioration du traitement encyclopédique de leur province est tout à leur honneur et qu’ils se regroupent dans un lieu nommé Projet:Québec est tout à fait normal. On peut cependant moins accepter que certains contributeurs veulent utiliser le projet et les spécificités culturelles du Québec pour justifier leurs PoV-pushing sur l’encyclopédie qui doit respecter un principe d’universalité ; certes, l’universalité n’est pas le PoV européen, mais elle n’est pas plus le PoV québecois. Car le problème est que ces contributeurs se donnent en porte-parole auto-proclamés de la nation québécoise sur Wikipédia et manipulent la notion d’universalité pour justifier leurs passages en force. Créer des critères d’admissibilité spécifiques au Québec serait une première dans l’histoire de l’encyclopédie et violerai à la fois le premier principe fondateur (universalité) et le deuxième (neutralité de point de vue), sachant que les recommandations que sont les critères d’admissibilité sont des extensions des principes fondateurs et non des règlements parallèles servant à les contourner.

Mais on ne peut pas jeter toutes les pierres sur le Projet:Québec (ou du-moins sur les membres qui font du PoV-pushing national). Il est indéniable qu’il existe un manque de réalisme vis-à-vis des critères définissant la pertinence des sources, une province ou un état d’un état fédéral ne sauraient politiquement être comparés à une région ou un département français. La neutralité doit aussi se jouer au niveau des sources et les critères se doivent d’être universels et ne pas concerner une culture ou un ensemble de cultures.

Carte de la francophonie

La francophonie n’est pas la France, ni l’Europe francophone, ni le Québec (aaker, DP)

Un contre-exemple : Toufik-de-Planoise

En contre-exemple, je ferai une présentation brève d’un contributeur de qualité que je connais fort bien, mais qui n’est plus très actif aujourd’hui sur Wikipédia : Toufik-de-Planoise. À l’instar de certains membres du Projet:Québec, il revendique la culture de sa région (à savoir la Franche-Comté) et ne cache pas ses idées indépendantistes. La grande majorité de ses contributions sont axées autour de la Franche-Comté, et plus particulièrement autour de la ville de Besançon, la capitale régionale. À propos de ce sujet, nous lui devons la création de nombreux articles, dont certains à la limite de l’admissibilité, un fait qu’il reconnaît (les erreurs de jeunesse wikipédienne), et surtout pas moins d’une bonne vingtaine d’articles labellisés (dont 3 AdQ) sur des sujets très spécifiques.

En dépit de ses convictions indépendantistes et politiques, il n’a jamais cherché à imposer son point de vue dans les articles qu’il a rédigé et a toujours usé d’un ton neutre, même sur des sujets très polémiques comme les articles de religion ou les partis d’extrême, rédigeant même parfois des articles sur des sujets allant totalement à l’encontre de ses convictions. Il est à mon sens un wikipédien accompli à la fois de par sa rigueur encyclopédique, mais aussi de par la neutralité dont il fait preuve dans ses contributions, ce qui montre que l’on peut participer à Wikipédia sans pour autant imposer son point de vue dans le contenu ou le fonctionnement de l’encyclopédie.
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La neutralité dans Wikipédia est un principe fondamental qui est à la base de la participation à l’élaboration de l’encyclopédie en ligne et cela s’applique aussi bien au contenu qu’à la méthode de contribution. Ce même principe assure l’équilibre et la cohérence du contenu et de la communauté, mais certaines personnes semblent l’avoir oublié, ou ne l’avoir jamais su et ne veulent pas le savoir et n’hésitent pas à partir dans des actions de passage en force qui peuvent amener à des conflits de plus ou moins longue durée.

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Le dieu argent : protecteur, mais aussi la plus grande menace d’Internet

L’argent a toujours été l’un des plus grands paradoxes de l’Humanité, il est à la fois bienfait et source de grands malheurs. Certains lui vouent un véritable culte, tandis que d’autres partent en croisade contre son influence. Peu importe l’avis que l’on peu avoir à son sujet, l’argent est une variable omniprésente qui, sauf rares exceptions, détermine la possibilité de réalisation d’un projet humain. À ce titre, l’argent est celui qui a permis à Internet d’être ce qu’il est aujourd’hui, mais il est aussi la facteur alimentant ceux qui s’attaquent au réseau pour l’assujettir et/ou le démanteler.

De la création d’Internet…

Toute entreprise humaine nécessite des investissements pour se concrétiser et Internet n’a pas échappé à cette règle. La création du réseau est en effet le fruit d’investissements par l’armée américaine et quelques universités de ce pays. Par extension, la création des différents acteurs et des structures qui ont permis la mise en place de l’Internet et du fonctionnement que l’on connaît aujourd’hui ont été permis par des investissements plus ou moins lourds. La création du réseau et de ses composantes ont été le fruit d’investissements couplés à l’action de personnes qui ont su bien utiliser ces sommes pour qu’Internet devienne le réseau de l’Humanité et non de seulement quelques personnes ou organisations qui auraient un contrôle total sur Internet.

…à sa préservation

Qu’est-ce qui permet la préservation d’un Internet libre sans censure ? Toujours l’argent… du-moins dans une certaine mesure. L’un des cas les plus emblématique de ce modèle de l’argent protecteur d’Internet se trouve dans les années 1990 avec la création et l’exportation du logiciel de cryptage PGP, permettant une protection des transferts de données sur le réseau. En effet, à l’époque de la conception de ce logiciel, le cryptage était une technologie dont l’exportation était encadrée de manière très stricte et son exportation était donc illégale. De fait, l’auteur du logiciel, Philip Zimmermann, fit l’objet d’une enquête criminelle pendant 3 ans qui fut classée sans suite, pour quelle raison ? Parce que cette technologie était très profitable au secteur bancaire qui pouvait effectuer ses transactions en toute sécurité via Internet et a donc soutenu le créateur de cette technologie. De fait, la justice américaine s’est pliée devant le secteur bancaire, l’une des plus grandes manifestations humaines de l’argent. L’autre cas emblématique est la puissance des lobbys de l’Internet qui permettent de faire capoter des projets de lois comme SOPA.

C’est l’usage de ce même argent qui permet à des organisations comme l’Electronic Frontier Foundation de défendre les droits des citoyens sur Internet. C’est aussi l’argent qui permet de faire tourner de nombreux sites web et de créer et de diffuser la culture libre par le biais des dons des citoyens, permettant la préservation d’un Internet libre.

L’argent : la machine de guerre des organisations

Il s’agit d’une vérité depuis l’Antiquité : le nerf de la guerre, c’est l’argent en quantité illimité. En effet, avec l’argent vous pouvez acheter des armes, les perfectionner, enrôler des soldats… Dans ce domaine, les organisations gouvernementales et non gouvernementales ne se privent pas d’injecter des millions, voire des milliards, d’euros dans leur guerre contre Internet et la libre diffusion de la culture par ce réseau. Ainsi, les états n’hésitent pas à injecter des milliards d’euros dans des programmes de surveillance du réseau ; la loi n’est pas un frein puisque la plupart des ces programmes sont illégaux et fonctionnent avec une opacité telle que le législateur ne peut pas faire grand chose pour les arrêter, sauf de refuser de voter les financements futurs de ces programmes. Le parfait exemple est celui du programme de la NSA qui n’est pas menacé d’un contrôle ou d’un arrêt par un texte de loi, mais par un refus de votation des futurs financements.

Du côté des lobbys de l’industrie dite culturelle et des organisations culturelles, l’argent est aussi le principal moteur de leur guerre contre Internet. Tandis que les uns injectent des millions d’euros pour soutenir leurs pions dans les assemblées législatives afin de faire voter des lois répressives allant dans le sens de leurs intérêts économiques, les autres utilisent les deniers publics pour privatiser la culture et empêcher le mécanisme de libre-diffusion lié à Internet.

L’argent est une arme à la fois utile pour Internet et dangereuse. La puissance économique du réseau et de ses acteurs lui permettent de garde une relative indépendance, mais les états sont toujours là pour injecter des milliards d’euros dans des technologies et des programmes pour brider la liberté du réseau.

Wikipédia : vers un nouveau modèle et une nouvelle sociologie

Le modèle global de Wikipédia est toujours resté le même : tous les internautes peuvent y participer sans discrimination liée à l’expérience, l’âge ou le métier. Il suffit juste d’être intéressé sur un sujet pour y participer en respectant les cinq principes fondateurs. Cependant, depuis quelques mois, le modèle de participation à l’encyclopédie semble quelque peu changer vers un nouveau modèle qui pourrait se rapprocher du peer-review. Dans le même temps, la communauté wikipédienne, en constante mutation, semble également amorcer un nouveau changement sociologique.

Une communauté en mutation

Il n’y a pas que le contenu de Wikipédia qui est dynamique, les us et les conventions ont aussi changés selon plusieurs facteurs. L’apparition des règles et des recommandations s’est faîte progressivement au fur et à mesure que des problèmes, ou plutôt des méthodes et des faits qui pouvaient être sujets à controverse ou à diverses interprétations, sont apparus. Une première évolution assez spectaculaire est celle des critères d’admissibilité pour définir, dans des cas spécifiques où les critères généraux ne suffiraient pas, selon quels autres critères on peut accepter ou non un article. Les différentes critères sont apparus avec des créations répétées d’articles sur des sujets communs et dont les diverses procédures de pages à supprimer aboutissaient à des résultats très divers selon les cas, car il n’y avait pas de repère pour dire si tel ou tel article de tel sujet pouvait être inclus ou non dans l’encyclopédie. Afin que Wikipédia ne devienne pas un fourre-tout et garde son objectif d’encyclopédie, les différentes règles et recommandations sont apparues pour répondre à des lacunes dans des définitions de notions de participation à l’encyclopédie, notamment en ce qui concerne la rédaction des articles avec diverses conventions.

L’autre grande évolution est celle de la communauté wikipédienne. Cette évolution est principalement le couplage de la hausse du nombre de contributeurs à partir des années 2004 – 2005 et de la réponse aux diverses critiques qui ont été formulées à l’encontre de Wikipédia par la classe de l’élite intellectuelle. Premier grand facteur qui a joué sur l’évolution de le communauté est sa taille : d’une ambiance plutôt familiale dans les premières années de Wikipédia, l’agrandissement vers plusieurs milliers de contributeurs a amené à créer l’une des plus grandes communautés d’internautes au monde, dont les membres partagent tous le même objectif : rendre le savoir accessible à tous. De part sa taille, il est impossible pour un contributeur de connaître l’intégralité des membres de la communauté à la fois parce que cela prendrait beaucoup de temps, mais aussi parce que le passage d’un contributeur sur Wikipédia est temporaire (sur une durée variant de quelques secondes à plusieurs années). La communauté de Wikipédia a la population d’une petite ville, ce qui fait qu’elle est anonyme et se fragmente naturellement en plusieurs groupes de contributeurs partageant des centres d’intérêts et des sensibilités communs. De ce phénomène sociologique en somme tout banal, des amitiés et des conflits se crééent et la communauté évolue vers une sociologie différente. C’est cette évolution sociologique qui a amené à la création de règles et recommandation relatives à la vie communautaire, ainsi que la création de pages spécifiques à certaines procédures.

Outre la sociologie, la communauté commence à se montrer plus rigide vis-à-vis de certains principes sur lesquels il existait une souplesse relative il y a quelques années. Pourquoi ? En réponse aux élites intellectuelles qui fustigent le modèle de Wikipédia, pour leur montrer que les wikipédiens ne sont pas qu’un ramassis d’ignorants apprentis-sorciers, mais aussi des gens doués d’une capacité d’analyse et de raisonnement permettant de créer un contenu de qualité comparable et parfois même supérieur à ce que ces élites peuvent produire.

Vers une nouvelle évolution sociologique

Une première évolution sociologique de la communauté est donc à observer vers les années 2004-2007 avec l’extension de la communauté de manière presque exponentielle, mais il semble que depuis les années 2011-2012, une seconde évolution sociologique s’amorce. Le profil moyen actuel du wikipédien est principalement celui de l’étudiant, de l’amateur passionné et de l’expert. Cependant, la médiatisation de l’encyclopédie et de son modèle de contribution semble commencer à provoquer l’arrivée d’un nouveau type de contributeur. Le boom des années 2004-2007 avait amené à l’arrivée massive de contributeurs ayant une très bonne connaissance du domaine dans lequel ils évoluaient de part leurs études, leur métier ou leur grande passion et qui avaient déjà une bonne notion de partage du savoir. On ne peut affirmer que Wikipédia verra un nouveau boom comparable au précédent apparaître dans les prochaines années, mais la communauté va être amenée à être nettement plus composite. Premier facteur : les ateliers wikipédiens dans les établissements d’enseignement qui permettent à des jeunes qui n’avaient que peu la notion de partage du savoir de participer à Wikipédia et peut amener à créer de nouvelles vocations de wikipédiens.

Logo d'Afripédia

Afripédia : la porte d’entrée de la participation à grande échelle de l’Afrique francophone à Wikipédia (SereinWMfr, CC-BY-SA 3.0)

L’un des nouveaux profils qui devront apparaître dans les prochaines années (si tout se passe bien) est celui du contributeur africain, actuellement fortement sous-représenté. Les actions de la Wikimedia Foundation et des chapters couplées à l’amélioration de l’accès à Internet sur ce continent amèneront à une plus forte proportion de contributeurs africains dans le projet encyclopédique. L’évolution sociologique sera principalement l’arrivée dans la pensée communautaire d’une nouvelle philosophie et de nouveaux points de vues sur le projet encyclopédique et une diversité culturelle bien plus grande qui permettront à l’encyclopédie et à sa communauté d’atteindre plus facilement son objectif d’accès universel au savoir. Par ailleurs, le citoyen lambda, invité depuis la création de l’encyclopédie en ligne à participer à son élaboration, verra sa proportion au sein de la communauté plus importante. Par quel miracle ? À la fois parce que la médiatisation de Wikipédia et la présence d’ateliers Wikipédia dans les lieux publics permettront une meilleure compréhension des enjeux et des possibilités de contribution pour la population, mais aussi parce que paradoxalement, à la rigidité croissante d’une partie du modèle de contribution s’accompagne une meilleure reconnaissance du contenu de l’encyclopédie par une partie de l’élite intellectuelle, ce qui influence l’avis de la population sur ce sujet. À ces changements sociologiques, on ne peut ignorer une évolution du modèle de contribution.

Nouvelle sociologie = nouveau modèle de contribution ?

La réactivation du projet d’aide et d’accueil il y a maintenant plus de deux ans a permis de grandes avancées au niveau des possibilités pour les nouveaux contributeurs de participer à l’élaboration de l’encyclopédie. La plupart des nouveaux arrivant sur l’encyclopdie ont beaucoup de préjugés sur son modèle et la qualité du contenu ; on rencontre régulièrement sur le forum des nouveaux des gens qui imaginent que Wikipédia fonctionne comme une simple entreprise privée avec des salariés ou encore qu’il existe une hiérarchie dans la communauté ou bien même que le fonctionnement de Wikipédia est celui d’une maison d’édition classique. Ces a-priori font que la plupart de ces nouveaux contributeurs sont déroutés par le modèle de libre contribution sans comité de lecture et que d’autres se lancent dans la création d’une page qui est la plupart du temps supprimée pour des motifs divers (bac à sable, ne répond pas aux critères d’admissibilité…). Par ailleurs, les us et les règles de l’encyclopédie sont à la fois floues (libre interprétation oblige) et nombreuses, ce qui donne vite le tournis pour quelqu’un qui ne s’attendait pas à arriver dans une telle machinerie.

L’une des grandes avancées du projet d’aide et d’accueil est la création du forum des nouveaux qui permet aux nouveaux de trouver un lieu pour poser leurs questions. À signaler aussi l’amélioration du message d’accueil, bien plus axé sur les principes de base encyclopédique et sur les lieux où le nouveau peut trouver rapidement et facilement de l’aide. Mais l’un des systèmes novateurs mis en place par ce projet est le système de brouillon-relecture ; ce dernier invite les nouveaux contributeurs à d’abord créer leur premier (ou premiers) article dans une sous-page de brouillon personnelle où ils peuvent ensuite la soumettre à des membres du projet pour relecture. Du côté du nouveau, les avantages sont importants : meilleure assurance et aisance dans la contribution (pas d’interférences dans les pages personnelles et suivi par des contributeurs expérimentés) et évite la déception de voir son article supprimé s’il est directement ajouté dans l’espace principal. En revanche, sur le plan du modèle de contribution, on penche ici vers un modèle de peer-review où celui qui veut publier quelque chose passe par un comité de relecture avant publication. Certes, ce modèle n’a pas la même finalité (il s’agit d’une aide) et les mêmes caractéristiques que le peer-review, mais il existe deux gros inconvénients : il confirme le nouveau dans son a-priori faux selon lequel Wikipédia fonctionne selon un tel modèle et va à l’encontre du modèle de libre participation à l’encyclopédie.

Capture écran de l’interface de modification des catégories dans l’ÉditeurVisuel de Wikipédia

L’éditeur visuel : la réponse aux demandes d’une nouvelle population de contributeurs (Verdy_p, CC-BY-SA 3.0)

Il est en revanche intéressant de noter que ces changements et ajouts sont le fruit de l’évolution sociologique sus-mentionnée où les nouveaux contributeurs ne sont pas au fait des fonctionnements et des buts d’une encyclopédie et surtout qu’ils demandent à être accompagnés dans leurs débuts par méconnaissance du wikicode et par méconnaissance des usages et conventions. Le nouvel éditeur visuel est aussi une réponse à cette évolution sociologique où les nouveaux contributeurs sont habitués et à l’aise avec des modèles de modification en WYSIWYG, notamment du fait de la popularisation des logiciels de bureautique, et veulent bien contribuer à Wikipdia s’ils ont des outils qu’ils connaissent. La communauté wikipédienne était principalement composée de la future élite, de l’élite actuelle, de libristes et de personnes ayant une assez bonne connaissance de l’informatique et de ses applications qui ont rejoints l’aventure encyclopédique en 2004-2007. Dans un futur proche, c’est le citoyen lambda qui rejoindra cette communauté et cela nécessite d’adapter les outils et les pratiques à cette nouvelle population de contributeurs tout en conservant le modèle de base et les objectifs du projet encyclopédique : libre participation et libre diffusion du savoir.

La neutralité du Net : un principe fondamental en danger

Symboble de la neutralité du net (en français)

Symbole de la neutralité du Net (Camilo Sanchez, DP)

La neutralité du Net, également nommée neutralité du réseau, est l’un des principes fondamentaux régissant le fonctionnement d’un Internet libre et égalitaire. Aujourd’hui, il est attaqué de toutes parts par les lobbys des télécommunications et de l’industrie du divertissement, dont les intérêts économiques liés à Internet et ses applications sont freinés par ce principe qui ne dispose que d’une protection légale très relative aujourd’hui menacée d’extinction, impliquant derrière la fin d’un Internet neutre et universel dont nous avons connu un aperçu jusqu’à présent.

La neutralité du Net, c’est quoi ?

Il s’agit d’un principe défini en 2003 par Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia de New York, selon les termes suivants : « Est-ce qu’une grosse entreprise privée, un transporteur de marchandises, peut discriminer dans son transport ? Je définirais donc la neutralité du Net très simplement. C’est l’ancienne question d’un transporteur qui ne discrimine pas, appliquée à l’Internet. » (Source : ETIC 2013). Ainsi, la neutralité du Net garanti que tout internaute puisse naviguer sur n’importe quelle zone du réseau sans contrainte technique ou financière.

Infographie présentant la définition de la neutralité du Net

Infographie présentant la définition de la neutralité du Net (Sébastien Desbenoit, CC-BY 3.0)

Un principe qui dérange les multinationales

En résumé, la neutralité du Net doit permettre à tout internaute de se connecter à n’importe quel site (en dehors des sites dont le contenu est interdit par la loi) par le biais de n’importe quel moyen de son choix. Seulement, ce principe de libre-choix de l’internaute pose plusieurs problèmes économiques aux entreprises liées directement à Internet, et particulièrement les fournisseurs d’accès à Internet (FAI). La neutralité du net force en effet ces derniers à soutenir financièrement et techniquement une architecture réseau lourde pour que n’importe quel abonné puisse accéder à n’importe quel site, tout en payant le même prix. Ainsi, certains FAI se permettent de réduire, voire de bloquer, l’accès aux contenus de certains sites à leurs utilisateurs, car la bande passante utilisée est trop importante (ex : Free contre Google). Par ailleurs, les abonnés payent tous un même prix pour un accès et une utilisation inégale du réseau, ce qui fait que certains utilisateurs sont des mines d’or, tandis que d’autres sont des gouffres financiers pour ces entreprises.

Du côté de l’industrie du divertissement, la neutralité du net dérange aussi beaucoup pour plusieurs raisons. Tout d’abord, un libre accès à tous les secteurs du réseau est un frein à la lutte contre le piratage, car les sites de partage et de diffusion d’œuvres sans autorisation des ayants-droits ne sont pas bloqués. Ensuite, la libre concurrence présente dans le réseau défavorise partiellement cette industrie (soi-disant culturelle) au profit de la culture libre qui propose un matériel de qualité souvent équivalente, voire supérieure, sans grosse contrainte pour l’utilisateur. De fait, l’industrie du divertissement n’est pas protégée contre une concurrence qu’elle considère déloyale et contre le piratage qui serait (toujours selon elle) la cause de tous ses problèmes économiques.

Quand la législation s’en mêle

Drapeau des Pays-Bas

Les Pays-Bas, pays pionnier quant à la législation sur la neutralité du Net (Zscout370, DP)

Dans l’Union européenne, la neutralité du Net bénéficie d’une relative protection depuis le 23 septembre 2008 avec le vote par le parlement européen de l’amendement 138 du Paquet Télécom définissant qu’aucune restriction des contenus d’Internet ne peut être appliquée sans accord des autorités judiciaires. Mais le pays pionnier en terme de neutralité du Net est les Pays-Bas qui ont inscrit le 8 mai 2012 ce principe dans la loi ; les dispositions prises par ce texte limitent l’utilisation de techniques potentiellement intrusives et encadrent le blocage et le filtrage des sites web.

Internet a toujours été en France un sujet de controverses et de polémiques pour des raisons politiques, économiques, sociétales et idéologiques et la neutralité du réseau n’échappe pas à cette règle. Comme partout ailleurs lorsqu’il s’agit d’Internet, on tente en France de légiférer sur ce réseau, mais sans connaissance des questions qui l’entourent et surtout en ce basant sur des lobbys pour qui le modèle actuel d’Internet est un danger économique et idéologique. Le débat aujourd’hui tourne autour de deux grandes solutions : un Internet à plusieurs vitesses où les prestations de services dépendent de l’utilisation du réseau ou bien un Internet neutre et libre où les FAI sont contraints de se plier à l’évolution du réseau et de sa fréquentation. Le grand problème de ce débat est que la plupart des hommes politiques sensés voter les lois n’ont que peu ou pas de notions et de connaissances au sujet d’Internet (il en existe cependant qui savent et leur perspicacité en la matière dépend peu souvent de leur étiquette) et que les générations de politiciens à venir de sont pas mieux préparées.

Un principe plus que jamais en danger

Depuis quand la neutralité du Net est-elle en danger ? On pourrait presque dire depuis la démocratisation d’Internet dans les années 1990 ; le principe est en danger depuis que les élites culturelles et les intérêts économiques ont compris que le réseau pouvait être un danger, mais aussi une source de richesses s’il était contrôlé. L’architecture technique de base des débuts d’Internet ne permettait pas de réellement de permettre un contrôle ou un blocage du réseau, mais la nouvelle arborescence des acteurs d’Internet et les avancées techniques permettent maintenant de créer un réseau à plusieurs vitesses basées uniquement sur des critères économiques. Ce qui empêche encore plus ou moins ce modèle de prendre forme, c’est la faiblesse de la présence d’une législation répressive à l’encontre des internautes et la présence d’une législation limitant les abus quant au filtrage du contenu.

Cependant, le modèle actuel n’est pas parfait et le modèle envisagé par les élites culturelles et économiques risque bien d’apparaître un jour si l’Internet libre n’est pas défendu. Si les années 1990 et 2000 ont été relativement calmes en ce qui concerne la neutralité du Net (en dehors de l’adoption de la loi Hadopi en 2009), les années 2010 semblent être les années de tous les combats pour Internet. Sur le plan des entreprises, les violations de la neutralité du Net apparaissent au grand jour depuis début 2011 où l’entreprise Cogent accuse publiquement Orange de procéder à un traitement discriminatoire (la plupart des utilisateurs d’Orange signalaient des lenteurs sur les sites de vidéo à la demande) à son encontre, et plus particulièrement à l’encontre d’un de ses clients qui n’est autre que le célèbre site MegaUpload. Fin 2012 – début 2013, c’est l’affaire Free – Google où le magazine UFC – Que choisir prouve que le FAI réduit l’accès à Youtube (site racheté par Google en 2006) pour ses abonnés ; Free se défend en accusant le géant du web de se faire d’énormes revenus par le biais de sites dont le trafic nécessite un important investissement pour les FAI qui ne percevraient aucune compensation financière de la part de l’entreprise.

Du côté législatif, l’industrie du divertissement se lance aussi à l’assaut de la neutralité du Net pour mettre fin à ce qu’elle considère comme une concurrence déloyale qui serait la cause de tous ses problèmes. La grande offensive se situe aux États-Unis où les projets de loi PIPA, puis SOPA sont rédigés courant 2011, dont les buts étaient de bloquer l’accès aux sites dont le contenu violerait le copyright et de bloquer l’accès à Internet aux internautes qui consulteraient de tels sites et pirateraient. Cette bataille législative fut à son paroxysme le 18 janvier 2012 où plus 115 000 sites (dont Google, Yahoo, Wikipédia ou encore Mozilla) organisent un black-out de leur contenu pour protester contre ces lois dont l’examen au Congrès américain (prévu pour le 24 janvier 2012) est finalement repoussé à une date indéterminée. Le 4 juillet 2012, c’est la ratification de l’ACTA (équivalent international des projets SOPA et PIPA) qui est refusé par le Parlement européen avec plus de 90 % de votes contre, et ce en grande partie grâce à la mobilisation des citoyens et des associations de défense de l’Internet.

Manifestation anti-ACTA le 25 février 2012 à Paris

C’est la mobilisation des citoyens couplée à celle d’organisations et d’associations de défense des droits sur Internet qui permet de préserver la neutralité du Net (Lionel Allorge, GNU 1.2, CC-BY-SA 3.0 et licence Art Libre)

Malgré ces victoires, la neutralité du Net est toujours menacée, les projets de loi américains PIPA et SOPA sont toujours en cours d’élaboration, la fusion d’HADOPI dans le CSA ne présage rien de bon quant à la nouvelle répression qui s’installera à l’encontre des échanges non-commerciaux et surtout la commission européenne tente, sous la pression des lobbys des télécommunications et de l’industrie du divertissement, de mettre fin à l’amendement 138 du Paquet Télécom voté en 2008 par le parlement européen et de mettre en place un système de prestations à plusieurs vitesses où l’utilisateur devra payer en fonction de son utilisation d’Internet. Les événements de 2011 – 2012 nous ont montré que les citoyens pouvaient se rassembler et faire bloc pour protéger leur réseau mondial et ils doivent continuer ces prochaines années à faire de même afin de faire en sorte qu’Internet reste le réseau de l’Humanité et ne devienne pas la machine à sous de quelques entreprises qui se feraient de l’argent sur le dos des internautes.

Aller plus loin

Refonte du blog et saga MP3

Bonjour à tous.
Aujourd’hui, le blog se fait une peau neuve avec un nouveau design plus adapté au thème de mes écrits. Il s’agit d’un style un peu plus technologique avec des nuances de gris foncé et plus libre avec les teintes d’orange (qui font appel entre-autres à Ubuntu). Parmi les nouveautés, vous verrez que les widgets ont été dispatchés dans une colonne à gauche et une autre à droite ; j’ai rajouté une petite ligne présentant les statistiques globales du blog (nombre de vues depuis sa création), un lien vers le flux RSS des commentaires et un lien de souscription au blog par courriel. Par ailleurs, le nom du blog a légèrement changé avec le remplacement du premier a par un arobase.

L’autre grande nouveauté qui apparaîtra bientôt est une saga MP3, ainsi qu’une série de monos MP3. Ceux qui suivent ma petite activité sur le Netophonix savent que je travaille depuis plusieurs semaines sur un projet de saga MP3 qui se nommera Robotic Bellica. Le teaser sera publié d’ici quelques jours avec la nouvelle page qui recensera mes œuvres MP3, vous aurez la possibilité de les commenter sur les pages dédiées de ce site ou bien sur les sujets consacrés sur le Netophonix.

Petite note : WordPress me signale sur mes derniers posts que des publicités peuvent apparaître. Elles sont incluses par le logiciel lui-même afin de couvrir les frais d’hébergement du blog. Sachez que je ne touche aucune redevance et que je n’ai aucune affiliation avec les organismes dont les publicités pourraient être publiées sur ce blog.