Comment augmenter la notoriété des sagas audio ?

Mon passage aux Joutes du Téméraire le week-end dernier m’a permis de découvrir IRL beaucoup de gens sympathiques au pôle des sagas audio, mais aussi d’alimenter ma réflexion sur comment pouvoir augmenter la notoriété du mouvement. Les comportements que j’ai pu observer et les échanges que j’ai pu avoir aux Joutes et sur IRC avec diverses personnes m’ont permis de voir plus ou moins où sont les endroits qui coincent, mais aussi pourquoi il est plus difficile de rendre aujourd’hui une saga audio célèbre qu’il y a 10 ans.

Une communauté alimentée par l’intérieur

Une caractéristique malheureuse qui a été observée dans le pôle des sagas audio est sa faible fréquentation par des personnes extérieures à la sagasphère (apparemment pas plus d’une cinquantaine sur les deux jours, sachant qu’une assez bonne partie semblait déjà connaître les sagas audio). Bien qu’il y ait d’autres facteurs qui ont eu un rôle non-négligeable (notamment la dispersion des différents pôles aux quatre coins de l’établissement), une chose qui a bien dissuadé la plupart des visiteurs potentiels est le côté IRL qui a pris le pas sur le côté festival à bien des moments. Je ne reprendrai pas les problèmes et comportements observés au festival même, car cela est déjà suffisamment débattu sur le forum, mais je vais plus me pencher sur l’aspect global de la communauté que j’ai pu y observer.

La communauté netophonixienne est ce qu’on pourrait nommer une communauté multipolaire fermée, c’est-à-dire qu’elle est organisée autour de plusieurs pôles de personnes, tout en ayant peu d’interactions directes avec l’extérieur. De fait, elle est alimentée par la sagasphère elle-même qui constitue une très grande majorité de ses membres et est son propre moteur. Le but initial de la communauté qui est de rassembler les acteurs de la sagasphère pour faire progresser le mouvement n’a certes jamais été détourné, mais une chose à noter est que la communauté a peu de liens globaux avec l’extérieur. Ces liens existent, mais sont indirects par le biais des différents acteurs participant au forum qui disposent autour d’eux d’une communauté propre extérieure à Netophonix. C’est pour cela qu’elle est multipolaire fermée : elle a différents pôles de personnes gravitant autour d’elle tout en ayant peu ou pas d’interaction avec eux.

Le temps des sites web de masse

Si les festivals sont un moyen de faire connaître le mouvement sagasphérique, il ne faut pas oublier que son principal moyen de diffusion historique et actuel est Internet. Les sagas de la première heure (Le Donjon de Naheulbeuk, Les Aventuriers du Survivaure, Adoprixtoxis, Reflets d’Acide…) sont également d’une manière globale les sagas les plus connues. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour l’expliquer : le caractère innovant de la saga audio à l’époque, le public touché par ces œuvres, l’humour bien trouvé, mais surtout l’absence à l’époque des sites web de masse tels que Youtube ou Dailymotion.

Or, où trouve t-on de nos jours les notoriétés ? Ou plutôt, grâce à quel genre de médias arrivent-elles à obtenir de la notoriété en peu de temps ? Grâce à des sites comme Youtube qui sont le pur reflet de la société de consommation où le public consomme et où les requins du marketing créent une icône sur la base du succès de quelques vidéos sur un site web. Mais d’un autre côté, il y a ceux qui arrivent à créer un buzz qui leur assure derrière une notoriété non-négligeable sur le web qui parvient à durer. La sagasphère peut-elle rivaliser avec cela grâce aux moyens de diffusion classique ?

Quelles ouvertures ?

Bien entendu, je ne prône pas la création de comptes Youtube pour diffuser les sagas MP3, car ce serait contre-productif pour les auteurs et la communauté ; les auditeurs auraient tout qui leur serait servi sur un plateau et ne feraient plus que consommer une saga comme ils consommeraient un Coca, avec en plus une qualité sonore moindre à cause de la compression de Youtube. Peut-on améliorer la communication sans se prostituer sur les sites web de consommation de masse ? Oui.

En interne du Netophonix, améliorer l’organisation de la liste des sagas audio, une chose qui est déjà en cours. Sur le plan des festivals, il n’y a pas de secrets : il faut essayer de séparer la partie IRL brute de la partie festival pour éviter le couac des 9 et 10 novembre dernier. Une assez bonne partie des membres de la sagasphère sont des étudiants et ont donc à leur disposition (je pense notamment aux radios campus) une palette assez large de moyens pour faire découvrir les sagas audio dans les milieux universitaires. Bien entendu, il faudra aussi trouver des innovations en matière de com’ sur Internet pour augmenter la visibilité du Netophonix (actuellement au rang 68 602 des sites web les plus consultés en France) qui doit être à mon sens un carrefour d’échanges et de découvertes à propos de la sagasphère.

Bien entendu, tout le monde dans le mouvement n’a pas pour but de voir ses œuvres connues comme celles de PoC ou de JBX, mais veulent juste se faire plaisir et faire plaisir à ceux qui veulent les écouter. Aussi, il ne faudra jamais perdre de vue qu’on ne peut pas imposer l’augmentation de la notoriété aux gens, mais juste l’offrir à ceux qui la désire. La diffusion par Internet est l’un des grands aspects des sagas audio qui ne doit pas être remplacé par un autre, mais le système actuel doit être amélioré.

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Internet : zone de non-droit

On entend et on lit souvent de nombreux politiciens et intellectuels s’offusquer du fait qu’Internet échappe à tout contrôle qu’il n’y ait pas de loi réellement efficace pour l’encadrer. En parallèle, les états tentent de contrôler le réseau en utilisant des programmes d’espionnage et de surveillance qui feraient passer l’univers de 1984 pour un monde d’amateurs en la matière. Mais si Internet échappe à tout contrôle et qu’il reste en dehors de contrôle des états, c’est tout simplement parce qu’il a été conçu pour n’obéir à personne d’autre que lui-même, et que son fonctionnement est basé sur deux grands principes qui manquent cruellement au sein même des états démocratiques : la liberté et l’égalité.

Internet : un réseau sans hiérarchie, mais ordonné

Le fonctionnement d’Internet n’obéit à aucune hiérarchie, il n’existe pas de maître ou de président d’une société qui gérerai Internet. La gouvernance mondiale de l’Internet voulue par un certain G8 il y a maintenant plus de 2 ans ne peut exister, car personne ne contrôle Internet et personne ne peut vraiment le contrôler. Son architecture est faîte d’une telle manière qu’il peut résister à de grands cataclysmes, comme les holocaustes nucléaires, car il est décentralisé. On peut contrôler ou détruire une partie d’Internet, mais jamais sa globalité, ou cela nécessiterai de verser des sommes qui dépasseraient largement la dette mondiale. Certes, certaines caractéristiques techniques d’Internet, comme l’attribution des adresses IP ou les archives du réseau, sont aux mains d’organisations, mais indépendantes des états et qui fonctionnent de manière totalement neutre et n’imposent aucune condition, leur rôle étant purement technique.

Si Internet arrive à fonctionner indépendamment de toute structure étatique, c’est parce qu’il a un mécanisme similaire à celui d’un système biologique, car au même titre qu’il existe des écosystèmes sur Terre, il existe des cybersystèmes. Ainsi, il existe au sein du réseau différentes communautés d’utilisateurs, elles-mêmes réparties dans plusieurs grands ensembles communs que je nommerai cybertopes (en référence aux biotopes). Pour exemple, on peut définir le cybertope Wikimedia qui inclus tous les projets de la Wikimedia Foundation et ses utilisateurs, dont l’ensemble que l’on nomme les Wikimediens forment une cybercénose (en référence aux biocénoses) composée des différentes communautés des projets Wikimedia. Ainsi, malgré l’absence de hiérarchie et de gouvernance d’Internet, ce dernier présente une organisation naturelle, ce qui est normal, car l’Homme le produit de la nature, en dehors de quelques exceptions, il en réduit à la copier éternellement et le fonctionnement des créations humaines n’échappent pas à cette règle.

Carte partielle d'Internet en 2005

Un réseau anarchique et décentralisé composé de plusieurs cybersystèmes (The Opte Project, CC-BY 2.5)

Un réseau anarchique basé sur des principes humanistes

Inutile de couper la poire en quatre, le fonctionnement de base d’Internet est anarchique et il doit le rester. Il n’y a pas de chef, pas de lois encadrant réellement les agissements des internautes et définissant ce qu’ils ont le droit de faire ou de ne pas faire et les sanctions qui pourraient être encourues. Il existe certes des lois au niveau national et parfois transnational pour définir certaines règles, mais elles ne s’appliquent pas au réseau lui-même, juste aux utilisateurs concernés par les juridictions entrant dans le cadre de ces lois. Une absence de lois ne veut pas dire que les internautes cautionnent les agissements illégaux et immoraux qui se font au sein du réseau tels que la pédopornographie, le trafic de produits illicites ou toute autre action dont le but est contraire aux valeurs humanistes. Si les états optaient pour une manière de procéder moins répressive et plus transparente à l’encontre du réseau, ils pourraient très probablement obtenir le soutien et l’assistance des internautes qui se montreraient beaucoup moins méfiants vis-à-vis d’eux.

En revanche, il existe certains principes qui régissent Internet et qui ne doivent pas être transgressés sous peine d’en être exclu par les internautes eux-mêmes, dont le tribunal peut être bien plus sévère et cruel que toute autre institution étatique. Le premier grand principe d’Internet est la liberté dans sa globalité, que ce soit la liberté de penser, d’entreprendre, d’innover ou même d’agir. Cette liberté est bien entendue possible tant qu’elle n’entrave pas celle des autres internautes et tant qu’elle ne viole pas le principe de respect mutuel, lui-même basé sur le principe de l’égalité. Ce dernier est aussi celui qui régit l’un des piliers d’Internet : l’anonymat des internautes qui permet d’agir sans avoir de comptes à rendre (tant que cela rentre dans le cadre des valeurs d’Internet). Mais il permet également à ce que la valeur d’un internaute ne soit pas appréciée en fonction de ses caractéristiques personnelles (âge, métier…), mais en fonction de sa manière d’être sur le réseau.

Un droit pour Internet ?

Cette idée même est utopique pour la simple raison que les applications et les possibilités d’Internet sont quasi-infinies. À ce titre, le réseau est en perpétuelle mutation et il peut avoir la capacité d’évoluer suffisamment rapidement pour rendre caduque des lois venant à peine d’être votées à son encontre. Vouloir « moraliser » ou contrôler Internet est un serpent de mer où les internautes sortiront toujours gagnants. Le réseau n’a pas besoin d’organe de régulation, car il s’auto-régule lui même. Par ailleurs, sa nature mondiale et décentralisée fait qu’aucune loi nationale ne peut réellement s’appliquer au réseau entier et que même au sein d’un état, le réseau est à la fois ici et ailleurs, ce qui le rend hors de contrôle de toute loi.

Dans ce cas, puisque le réseau est global, il faut créer une loi globale. Quel est le seul organisme qui pourrait être habilité à faire une telle chose ? Probablement l’ONU (bien que les États-Unis ont démontré il y a encore 2 ans que cela ne les gênait pas plus que ça de s’attaquer à des structures ne dépendant pas de leur juridiction). Quant bien même, un tel projet pourrait difficilement être mis en place tant l’harmonisation des juridictions serait complexe et sujet à de très nombreuses et houleuses négociations entre les parties. Sans parler que la condition primordiale serait que les internautes participent à l’élaboration d’une telle loi, sans quoi ils ne pourront en aucun cas la reconnaître. Mais même avec cela se posent encore de gros problèmes : qui se chargerait de faire respecter cette loi ? Avec quels moyens ? Dans quel périmètre ? Et avec quelle légitimité ?

Carte montrant la densité d'internautes par pays dans le monde

Internet : un réseau mondial (Olivier Hammam, DP)

Un droit pour Internet est une chose qui ne pourra jamais fonctionner dans les faits, car sa nature mondiale compromet toute application d’une loi nationale ou transnationale et une loi globale serait très difficile à mettre en place et devrait suivre les évolutions du réseau. Par son essence même, Internet est anarchique et échappe à tout contrôle, tout étant structuré et en parvenant à s’auto-réguler. Cette situation peut probablement choquer les nationalistes en herbe et les souverainistes de tous poils, mais il faudra se faire à cette réalité : Internet est plus qu’un réseau, il est une dimension qui fonctionne parallèlement et indépendamment de la nôtre tout en interagissant avec elle. Il est la mémoire de l’Humanité et l’application de ses véritables principes, échappant au contrôle de ceux qui ont échoués à implanter ces mêmes valeurs de part le monde et c’est mieux ainsi.

« Vous n’avez rien à cacher, donc vous n’avez rien à craindre » : défendez votre vie privée

Combien de fois n’avons-nous pas vu cette phrase ? Les gouvernants du monde semblent vouloir montrer que tout citoyen n’ayant rien à cacher et n’ayant rien à se reprocher n’a rien à craindre des agences de renseignement et des services secrets. Leur but : justifier l’existence de programmes illégaux de surveillance de la population détruisant la vie privée. Le monde que l’on tente de nous faire passer est au croisement entre Matrix et 1984 où notre vie privée n’existe plus, mais nous avons l’illusion d’en avoir encore une.

Représentation du ministère de la Vérité de 1984

La surveillance d’Internet par les états : au croisement entre Matrix et 1984 (Jordan L’Hôte, CC-BY 3.0)

Des internautes insouciants

Face aux révélations d’Edward Snowden, on lit beaucoup de réactions d’internautes lambda du genre « Je m’en fiche qu’ils puissent m’espionner, je n’ai rien à cacher ». En effet, si vous n’avez rien à cacher, cela signifie que l’État serait donc en droit de vous espionner n’importe où et n’importe quand par le biais de n’importe quel moyen. Beaucoup de gens ne semblent pas se soucier de l’importance de leur vie privée sur Internet et ne voient pas combien les traces qu’ils laissent sur le réseau sont suffisantes pour les connaître précisément. Or, avoir une vie privée est un droit fondamental humain ; rares sont ceux qui accepteraient que l’État procède à des écoutes ou installe des caméras dans les maisons et les appartements pour voir ce que font en permanence les citoyens chez eux. Les programmes d’écoutes et de surveillance des agences de renseignement des télécommunications (Internet compris) sont la copie conforme de l’installation de caméras dans un lieu sensé être privé pour la personne qui y vit.

La réalité actuelle est que peu de personnes sont encore vraiment conscientes de ce que les actes et la navigation sur Internet impliquent. Ils ignorent qu’utiliser un pseudonyme n’est pas une protection qui peut résister à un espionnage et que toute chose présente sur le réseau y reste éternellement. Peu se doutent qu’ils sont espionnés à n’importe quel moment par les cookies des sites web sur lesquels ils naviguent et par leur FAI qui conserve les différents sites consultés avec les adresses IP et les dates correspondantes. Être sur Internet est comme être dans ce qui est appelée la vie réelle : toute action entreprise peut être sue et Internet a la particularité de conserver tout ce qui se fait dans son domaine. Celui qui navigue en clair sur Internet s’y déplace et agit comme il se déplacerai et agirai dans la vie réelle sur la voie publique : à la vue de tous.

Les internautes espionnés

Pourquoi espionner les gens sur Internet ? Pour trois bonnes raisons : tout ce qui fait sur le réseau (ou presque) est visible, un espionnage sur Internet est discret et la majeure partie de nos actions permettant de nous définir s’y déroulent. Il serait alors absurde pour les états de ne pas espionner leurs citoyens sur Internet pour savoir ce qu’il font, ce qu’ils pensent et comment ils réagissent, même sur des lieux d’Internet sensés être à un usage théoriquement privé. Le parallèle avec les télécrans de 1984, qui espionnent les moindres gestes et paroles des citoyens aussi bien dans les lieux publics que privés, est aisée. Mais par ailleurs, on tente de nous faire croire et on nous donne même l’illusion que tout ceci est immatériel et que nous sommes dans un lieu tranquille où nous pouvons agir de manière discrète si nous le souhaitons. Là, c’est Matrix qui est pris en miroir de cette situation où les humains évoluent dans un monde d’illusions qui leur correspond, sur Internet nous avons l’illusion d’avoir une vie privée.

Message reçu par Neo dans le film Matrix

Nous avons l’illusion d’avoir une vie privée sur Internet, il est temps de se réveiller (Sapindnoel d’après Dread83, CC-BY-SA 3.0).

Les états tentent de nous faire avaler la pilule en jouant sur la peur et en justifiant leurs actes intrusifs par la lutte contre le terrorisme et la grande criminalité (qui utilisent certes Internet massivement et qui doivent être combattus). Cependant, l’Histoire nous a montré à plusieurs reprises que la plupart des lois répressives ont été instaurés à partir de discours sécuritaires jouant sur la peur des gens et les stéréotypes, avec Internet le même phénomène se répète. La logique est en gros que si vous n’avez rien à cacher, vous n’avez rien à craindre, certains répètent même la leçon très bien, n’étant pas dérangés d’être espionnés sur Internet, résumant leurs actes à leurs courriels quotidiens et à leurs discussions et délires sur Facebook ou MSN, oubliant que la surveillance d’Internet couvre son intégralité. Par ailleurs, je m’adresse à ces personnes, si vous n’avez rien à cacher sur Internet et qu’être espionné en permanence ne vous dérange pas, je peux en conclure que le jour où l’État installera des caméras de surveillance et des micros partout dans votre maison, aussi bien dans la chambre à coucher que la salle de bain, les toilettes ou le salon, cela ne vous dérangera pas, puisque vous n’avez rien à cacher.

Comment défendre sa vie privée sur Internet ?

Avoir une vie privée est un droit fondamental humain, et il doit s’appliquer aussi bien à la vie réelle qu’à Internet. La première grande catégorie de moyens de défense de la vie privée sont les moyens techniques : il vous faut vous protéger techniquement des intrusions. Les états ont des moyens très puissants pour espionner, mais ils sont techniquement limités et c’est en utilisant des techniques qui les bloquent que vous pourrez déjà vous défendre (la base étant l’usage de la connexion cryptée avec HTTPS). Deux raisons pour cela : d’abord, vous vous protégez avec des moyens de défense supérieurs (pas indéfiniment certes) aux moyens d’attaques des états, ensuite vous forcez les états à investir de plus en plus d’argent dans le perfectionnement de leurs moyens d’attaque. Une autre grande catégorie est celle du bon sens : ne laissez qu’un strict minimum de données sur Internet et conservez-en un maximum avec des moyens techniques que vous contrôlez totalement (voir mes billets du 5 mars 2013 et du 16 mars 2013).

Logo de l'Electronic Frontier Foundation

Défendez votre vie privée avec l’Electronic Frontier Foundation et d’autres organisations (Electronic Frontier Foundation, CC-BY 3.0 États-Unis)

L’autre grande option est de soutenir les fondations et associations qui luttent pour la sauvegarde des libertés sur Internet et pour plus de transparence quant aux actions des états sur le réseau. La première grande organisation que je citerai est l’Electronic Frontier Foundation, une fondation américaine de défense des droits et des libertés numériques qui s’investit à la fois sur un plan légal et juridique (c’est elle qui a forcé cet été la déclassification de plusieurs archives montrant les activités de la NSA durant les années 2000 et dévoilant les différents programmes d’espionnage et leurs applications, en complément des divulgations d’Edward Snowden), mais également sur un plan technique en proposant des logiciels et des méthodes de renforcement de la connexion chiffrée. En France, vous pouvez soutenir La Quadrature du Net, une association de défense des droits et des libertés sur Internet, elle est très investit dans le débat public autour de ces questions et lutte contre de nombreuses formes de répressions exercées sur Internet. À un niveau mondial et politique, je conseille aussi le Parti Pirate dont les principaux objectifs sont entre-autres la défense des libertés sur Internet.

Vous avez la possibilité de vous défendre aussi bien d’un point de vue technique que politique, c’est en créant un mouvement de masse que les états seront forcés de se plier à la volonté des internautes en ce qui concerne Internet, car la Déclaration d’indépendance du cyberespace doit être une réalité.

Les digital natives ne sont pas tous digital

Un cliché vieux comme l’informatique : les jeunes s’en sortent mieux que leurs aînés et ont tout à leur apprendre sur ce sujet ; les jeunes sont nés avec l’informatique, donc ils s’y connaissent de facto… En bref, on pense que les personnes de la génération Y (nées entre 1980 et 1995), également appelée par les américains les digital natives, et même de la génération Z (nées à partir du début des années 2000) ont des compétences innées en informatique. Démontage en ordre de ce cliché aussi faux que la théorie des quatre éléments natifs d’Aristote (théorie selon laquelle, notre monde serait composé de quatre éléments natifs : la terre, le feu, l’air et l’eau qui fut réfutée par Lavoisier dans les années 1780).

Naître dans ne signifie pas naître avec

La théorie de ce cliché est la suivante : les jeunes d’aujourd’hui sont nés dans un monde où l’informatique et Internet se sont démocratisés, donc ils ont forcement des compétences innées pour maîtriser ces outils qui sont dans leur environnement. C’est un joli raccourci qui s’avère complètement faux quant on voit que c’est un postulat que, s’il devait s’appliquer, l’on retrouverait pour chaque nouveauté de notre vie quotidienne. Prenons un exemple simple : la voiture. Nous sommes dans un monde où la voiture est un outil et moyen de transport aussi commun que l’informatique et Internet ; si l’on suivait le postulat, nous devrions tous avoir des compétences innées pour savoir conduire une voiture et savoir la réparer. Le constat est assez évident, un gamin de 9 ans ne sait pas mieux conduire une voiture que s’il en avait 4 et ne sait pas plus la réparer, à moins de s’y être intéressé très jeune et d’avoir compris les mécanismes qui rentrent en jeu (ce qui n’est pas impossible, bien que très rare). Au final, une majeure partie de la population actuelle est née avec la voiture, ce n’est pas pour autant que cette même majeure partie sait conduire dès la naissance et réparer une voiture. Avec l’informatique c’est pareil, ce n’est pas parce que les jeunes sont nés dans un environnement numérisé et connecté qu’ils savent déjà tout dessus et qu’ils maîtrisent dès la première fois où ils se posent devant un écran. Naître dans un environnement ne veut pas dire naître en maîtrisant cet environnement, pour cela il faut apprendre.

Pour savoir, il faut apprendre

Nous l’oublions un peu trop souvent, la maîtrise d’un savoir nécessite un apprentissage pour assimiler les connaissances et les appliquer. À ce titre, personne ne peut maîtriser l’informatique et le comprendre s’il n’a pas chercher à apprendre et à comprendre comment cela marchait, il n’y a rien d’inné. Les seuls jeunes qui connaissent bien l’informatique et qui le maîtrisent sont ceux qui s’y sont intéressés et qui ont cherchés à appliquer ses fonctionnalités, et contrairement à ce que l’on peut penser, ils ne forment pas une majorité. Une bonne partie des jeunes utilise l’informatique comme un simple outil de travail ou un support de loisir ; mais le fait qu’il arrive à faire des parties de RPG au niveau expert ne fait pas de lui un fin connaisseur de l’informatique, cela reviendrait à considérer qu’un astronome amateur qui arrive à repérer et à observer parfaitement les astres avec son télescope et une carte du ciel serait capable d’étudier la matière noire.

En revanche, le cerveau des jeunes est plus réceptif à l’apprentissage et ces derniers ont donc, en théorie, un certain avantage par rapport à leurs aînés lorsqu’il s’agit d’apprendre la maîtrise de l’informatique. Ensuite, cela n’empêche pas que certains puissent avoir des difficultés à assimiler ces connaissances pour des raisons diverses et variées, parfois plus que des personnes plus âgées.

Internet : produit de consommation

L’un des fers de lance de ce cliché est le fait que les jeunes sont ultra-connectés à Internet, que ce soit par le biais de l’ordinateur ou du smartphone. Une chose importante à savoir est que pour la plupart des jeunes, Internet est un simple produit de consommation. En effet, il leur sert uniquement à rester en contact avec ses amis par le biais des réseaux sociaux et des tchats et permet de consulter n’importe quelle vidéo à loisir ou encore pour certains, à bâcler leurs devoirs en faisant des copier-coller de sites web. Le fait d’être sur des réseaux sociaux ne fait pas d’eux des experts d’Internet, beaucoup d’entre eux se font d’ailleurs piégés sur ces réseaux, ils n’ont même pas conscience qu’ils sont espionnés en permanence et que divulguer des données privées et étaler sa vie privée est dangereux pour le présent et l’avenir.

Il existe cependant des jeunes qui maîtrisent bien Internet ou du-moins une partie d’Internet et savent quels sont les enjeux et les risques du réseau (au-delà des avertissements classiques sur la pornographie, la pédophilie et la réputation), mais cette fraction de la population reste minime. Rien ne prouve par ailleurs qu’une personne qui sait parfaitement importer des vidéos sur Youtube et faire des montages a de solides connaissances en matière de droits d’auteur et c’est même plutôt le contraire dans la plupart des cas.

La réalité est que les personnes des générations Y et Z sont loin de maîtriser l’informatique et Internet dans leur globalité comme on voudrait le croire, la plupart ne les utilise que comme produit de loisir et de consommation sans comprendre ou chercher à comprendre les enjeux. La majorité d’entre eux ne sait pas utiliser réellement un ordinateur et ne cherche pas à comprendre les liens logiques qui existent entre les différents composants. Combien de jeunes savent que leur tchat utilise le protocole IRC et non le protocole HTTP ? Combien d’entre eux sait la nuance qui existe entre les protocoles HTTP et HTTPS ? Combien d’entre eux sait ce qu’est un protocole et que le web n’est qu’une application d’Internet ?

Programme PRISM : un scandale prévisible

La découverte du programme secret PRISM de la NSA (National Security Agency), qui consiste à collecter toutes les données des utilisateurs de services de grands groupes américains tels que Google, Facebook ou encore Microsoft, est en réalité la suite logique d’une corrélation de trois événements : la surveillance mondiale des télécommunications par cette organisation (symbolisée par le réseau Echelon), la capacité quasi-infinie des multinationales du web à collecter les données à des fins économiques et la naïveté et l’égocentrisme des internautes qui les poussent à étaler toute leur vie sur Internet.

Une surveillance mondiale

Depuis une vingtaine d’années, nous savons que les télécommunications sont espionnées à l’échelle mondiale par un réseau de stations d’écoutes, appuyées par des satellites, nommé Echelon, programme né dans les années 1970 du traité UKUSA qui regroupe une collaboration entre les services de renseignement américains, britannique, canadien, australien et néo-zélandais. Grâce à ce système, les états membres ont accès à n’importe quelle communication du monde de n’importe quel ordre (privée, secrète, publique…). Si officiellement le but de ce programme était de lutter contre le bloc communiste (du temps de la Guerre froide), puis contre le terrorisme, les témoignages d’anciens agents impliqués dans le réseau et de journalistes d’investigations qui ont mis ce réseau à jour dans les années 1990 révèlent que les cibles n’étaient pas les ennemis, mais les alliés et partenaires commerciaux. Si aucune preuve n’existe officiellement, le réseau aurait été impliqué dans l’espionnage économique et industriel en faveur des entreprises américaines, leur permettant de remporter nombre de contrats contre des concurrents européens. Pour en savoir plus sur Echelon, je vous conseille cette enquête très révélatrice.

Base Echelon de Menwith Hill, au Royaume-Uni

Depuis les années 1970, le réseau Echelon espionne les télécommunications du monde entier ; ici, la station d’écoute Echelon de Menwith Hill, au Royaume-Uni (Matt Crypto, DP).

La NSA est au cœur du réseau Echelon, c’est la seul des cinq organisations de renseignement à posséder l’intégralité des informations fournies par le réseau ; ainsi, elle a le pouvoir de partager les informations qu’elle désire. Cependant, Echelon trouve ses limites avec l’arrivée massive d’Internet, dont les échanges ne sont pas par satellite, mais par des câbles souterrains et sous-marin. Si l’interception des anciens câbles était encore possible, l’arrivée de la fibre optique rend ces opérations extrêmement difficiles.

À partir du moment où il devient impossible d’intercepter les informations sur le réseau de circulation, il n’y a plus qu’un seul moyen possible : aller les chercher sur leur lieu de stockage, autrement dit, les serveurs. Par chance pour la NSA, la majorité des services du web sont tenus par des entreprises américaines dont les serveurs sont situés aux États-Unis. L’opération est rendue d’autant plus facile que les entreprises conservent les données personnelles de leurs utilisateurs pour des motifs économiques et que l’opinion publique américaine accepte, depuis le 11 septembre 2001, d’être espionnée par ses propres services secrets afin qu’ils assurent sa sécurité. Dans un tel contexte, un programme comme PRISM peut facilement être monté, surtout quand il rencontre l’approbation du Congrès et que les entreprises impliquées ne peuvent que se soumettre aux injonctions de l’État fédéral et de la justice.

Les données personnelles : la mine d’or du web

En dehors de la législation, qu’est-ce qui permet à PRISM de nous espionner ? Tout simplement les données personnelles que nous laissons traîner pour l’éternité sur le web, car elles sont récupérées par les groupes qui tiennent les services que vous utilisez. Ces données sont une mine d’or pour les entreprises du web, car elles leur permettent de vous connaître et de cibler dans leurs pubs les services et produits qui seront susceptibles de vous intéresser selon les sites que vous avez visité ou les requêtes que vous avez rentré dans un moteur de recherche. Ainsi, vous serez dirigés vers des services correspondant à vos centres d’intérêts, ce qui peut vous inciter à acheter sur le web des choses que vous n’envisagiez même pas d’acquérir durant votre navigation. Mais encore plus au-delà, au fur et à mesure que ces services vous connaissent, ils peuvent deviner vos choix futurs et vous orienter dans la direction qu’il a deviné et qui risque d’être la bonne. Cela permet aux grandes entreprises de connaître les modes pour différentes catégories de la population et de prévoir la future mode afin de s’adapter immédiatement.

« Big Brother vous regarde », la comparaison entre PRISM et le système de surveillance imaginé par Orwell est saisissante (Frederic Guimont, licence Art Libre)

C’est à ce même titre que PRISM nous connaît et nous espionne. En récupérant nos données personnelles, les agents peuvent savoir qui nous sommes, comment nous pensons, ce que nous aimons, ce que nous détestons, comment nous agiront dans un temps futur… et ainsi, débusquer les futurs vrais ou faux supposés terroristes. Car c’est au nom de la lutte contre le terrorisme que ce programme a été lancé ; un programme qui est cependant extrêmement intrusif et qui fait, de manière très inquiétante, écho avec le système de surveillance télécran utilisé dans le célèbre roman 1984 de Georges Orwell (œuvre qui a par ailleurs vu ses ventes exploser depuis la découverte du programme PRISM et la comparaison qui en est faite avec le célèbre Big Brother). Bien qu’il y ait une nuance de taille entre le système imaginé par Orwell et celui du programme PRISM (les télécrans peuvent voir les moindres mouvements du moindre citoyen 24h/24 et 7j/7), une telle intrusion dans notre vie privée est alarmante, car cela peut amener à de graves dérives dignes d’une dictature totalitaire.

Un manque d’éducation

Enfin, le dernier point qui permet aux grandes sociétés de pomper nos données personnelles, et qui permet donc à PRISM d’y avoir accès, est le manque d’éducation patent des internautes lambda vis-à-vis du web et de ses dangers. En France, les écoles se mettent à enseigner les dangers liés aux réseaux sociaux et au fait de ne pas donner ses coordonnées à n’importe qui sur le web ; s’il s’agit d’un bon départ, cela est encore insuffisant. Beaucoup de gens ignorent encore que le simple fait de chercher un mot ou une expression dans le moteur de recherche de Google, Yahoo! ou Bing (Microsoft) est déjà une donnée personnelle que l’on fourni aux entreprises qui gèrent ces moteurs, ils connaissent un nouvel aspect de vos centres d’intérêts ou de votre simple curiosité. Ce que les internautes doivent savoir c’est que tout action qu’ils entreprennent sur un réseau centralisé tenu par une société privée est une donnée qui sera enregistrée de manière quasi-définitive et traduite en source d’argent pour ces sociétés. Ces mêmes données sont aujourd’hui traduites par PRISM en source d’informations pour la NSA.

Une chose que nombre de gens ont tort de commettre, c’est de trop faire confiance à ces sociétés qui détiennent leurs données personnelles. Comment peuvent-elles s’émouvoir qu’une agence de renseignement capte leurs données sur les serveurs de compagnies qui les stockent à des fins économiques, alors qu’il s’agit d’une logique assez simple ? C’est une dérive qui devait tôt ou tard arriver et par manque d’éducation au niveau de leurs données personnelles sur le web, les citoyens se sont eux-mêmes faits complices de la mise en place de ce programme.

Quelles solutions ?

Drapeau de l'Union européenne

Les citoyens européens doivent prendre l’initiative et prendre conscience du caractère essentiel de protéger leurs données personnelles (Verdy p, -xfi-, Paddu, Nightstallion, Funakoshi, Jeltz, Dbenbenn & Zscout370 ; DP)

Les solutions contre ce type de programme existent ; tout d’abord, sur un plan législatif à l’échelle européenne. À plusieurs reprises, l’Union européenne a tenté de mettre en place des lois solides très protectrices de la vie privée sur Internet, lois qui ont été laminées durant leur conception par le lobbying des géants du web et d’autres sociétés associées qui verraient une source de revenus considérable s’envoler. Les citoyens et les grands acteurs de l’Internet citoyen doivent participer à la conception de ces lois et créer un contre-lobby pour préserver l’indépendance et la liberté d’Internet et protéger efficacement les citoyens qui voient leurs données personnelles transformées en source d’argent et qui sont à présent utilisées dans des programmes d’espionnage étrangers. Ensuite, l’Union européenne doit créer un pôle Internet suffisamment puissant pour concurrencer le monopole américain dans ce domaine et amener les citoyens à utiliser les services européens de l’Internet qui doivent être créés par des cyber-citoyens européens et qui doivent concurrencer efficacement les services américains. Cela implique aussi de permettre une grande liberté d’entreprendre sur le réseau qui doit passer par une réforme globale de la propriété intellectuelle.

S’il n’est pas garanti de pouvoir contrer PRISM qui semble être accepté dans le principe par la plupart des citoyens américains, les citoyens européens doivent prendre conscience et être vigilants vis-à-vis de leurs services secrets. Cela doit passer par des réformes où ces services doivent rendre des comptes clairs à la Nation qu’ils doivent protéger. De tels programmes aussi intrusifs, dont l’efficacité est contestée du fait de l’importance des données accumulées et des moyens parallèles sur Internet qui permettent d’échapper à ce genre de programme, ne peuvent exister si les citoyens contrôlent l’action de ceux qui les protègent. Un équilibre doit exister entre le secret nécessaire pour mener à bien les actions préventives à l’encontre de personnes ou de groupes de personnes qui menacent la sécurité de l’État et son intégrité et le droit de regard et de contrôle des citoyens pour limiter les abus potentiels. L’efficacité des services pourrait même s’en trouvée renforcée s’ils ont la confiance de citoyens prêts à les aider dans leur tâche, et cela passe par une ouverture et non pas par un culte du secret le plus total qui ne peut qu’entretenir une suspicion constante et réciproque entre les citoyens et les services.

À la phrase du président Obama qui affirme que l’on ne peut pas avoir 100 % de sécurité et 100 % de vie privée, je lui oppose cette phrase très explicite d’un autre américain célèbre, Benjamin Franklin : « Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale pour obtenir temporairement un peu de sécurité, ne méritent ni la liberté ni la sécurité. »