Élections municipales : news, pédia ou data ?

Les élections municipales françaises viennent de s’achever et bien entendu, le contenu de Wikipédia relatif aux communes françaises subit de nombreuses modifications suite aux résultats (souvent de manière irraisonnée). Une tendance qui apparaît depuis quelques années est le besoin de détailler au maximum les faits et les données relatives aux élections, notamment lorsqu’elles sont françaises.

Les pages créées sont très souvent des accumulations de données et de tableaux de résultats et de sondages, sans analyse, ni étude, en théorie Wikidata serait plus à même à accueillir ce type de contenu. Les élections sont aussi un phénomène d’actualité, donc Wikinews doit aussi accueillir ce genre de contenu. Malgré la finalité des projets Wikimedia, les pratiques font que Wikipédia aspire toutes sortes de contenu à la manière d’un trou noir.

Vue d'artiste d'un trou noir

Wikipédia serait-elle destinée à devenir un trou noir de l’information ? (420Ainsley, CC-BY-SA 3.0)

Élections actuelles et encyclopédisme

Savoir ce qui relève de l’encyclopédisme ou non lors d’une élection en cours est un marronnier qui enfle de plus en plus ; le cas de l’élection présidentielle française de 2012 avait été un bon exemple avec des tentatives de créations d’articles sur les programmes des différents candidats ou même l’existence d’un article très lourd (plus de 300 000 octets !) comportant une suite de tableaux et d’images, dont la lisibilité est limitée, retraçant le détail des résultats de l’élection. La conclusion de cet ensemble (des procédures de pages à supprimer avaient été lancées) est que du fait que ces informations sont fiables et reprises par des médias nationaux, il n’y a aucune raison de les retirer.

Que ce soit dans le domaine de l’actualité ou de la base de données (les élections font partie des quelques événements qui arrivent à concilier les deux), on note une certaine forme de rigidité face aux critères, aux sources et aux types de sources pour justifier aussi bien la création que la suppression d’un article. L’esprit d’analyse et l’esprit critique sont remplacés pour faire place à la seule question de savoir si l’information est diffusée à grande échelle par des médias de référence. Là où les critères de Wikipédia sont inadaptés, c’est que Internet est la globalisation et le partage de toute information à l’échelle du monde, ce qui fait que le moindre fait un peu sordide peut être repris par tous les médias du monde entier.

Cet aveuglement mène à une domination des médias de masse par rapport à la nature encyclopédique. Il importe peu de savoir si l’information relayée par les médias sont exactes ou non (dans certains domaines, on note même plus des erreurs grossières que des exactitudes), l’important est justement que la diffusion ait été faîte par un média rentrant dans les critères et surtout qu’elle ait été relayée par d’autres. L’encyclopédisme n’est alors plus de retranscrire ce qui a été retenu et analysé à un temps t+n, mais de retranscrire ce qui est retenu à un temps t.

Troupeau de moutons en Argentine

La prédominance des médias de masse amènerait-elle vers une forme de panurgisme irraisonné vis-à-vis des sources ? (writtecarlosantonio, CC-BY 3.0)

Données et actualité : il existe des projets Wikimedia pour ça

Revenons aux élections. À l’occasion des élections municipales, des pages détaillées ont été créées pour afficher les résultats dans chaque département et grande ville française de plus de 100 000 habitants. L’essentiel du contenu de ces pages est une suite plus ou moins longue de tableaux détaillant les résultats dans les communes les plus importantes des départements, avec parfois une petite contextualisation en introduction. Mais peu importe, à l’instar de leurs comparses de 2012, ces pages n’ont pas vraiment vocation à être labellisées un jour, il s’agit plus d’une base de données, or il existe un projet Wikimedia qui est une base de données : Wikidata.

Il y a près d’un an, j’avais estimé à tort que Wikidata était une erreur monumentale (qualificatif que je réserve à présent plutôt à Wikivoyage). La réalité est surtout qu’il s’agit d’un formidable outil qui permet de palier un manque nécessaire au traitement des informations communes à tous les wikis : la base de données. Or, nos tableaux des élections ne sont-ils pas autre chose que des éléments de base de données ? Il n’y a aucune analyse et rajouter du contenu en ferait des pages extrêmement lourdes à charger et qui provoqueraient des plantages du fait de la taille des tableaux et des éventuelles images, ce qui violerait les principes d’accessibilité et de synthèse. À partir de ces considérations, qu’est-ce qui empêche de transférer ces données sur Wikidata ?

Modèle de donnée de Wikidata

S’il existe un projet Wikimedia de base de données, pourquoi ne pas l’utiliser pour intégrer les bases de données de Wikipédia ? (HenkvD, CC-BY-SA 3.0)

Encyclopédisme, où es-tu ?

Victime de son succès, Wikipédia a de plus en plus de mal à exister et à s’imposer en tant qu’encyclopédie au sein du public. Aujourd’hui Wikipédia est plus connue comme le site où on peut tout trouver (quand ce n’est pas Google) que comme encyclopédie au sens strict ; d’ailleurs, le mot encyclopédie accolé à Wikipédia est complètement vidé de son sens et c’est la définition même du terme qui est aujourd’hui menacée. Car non seulement le public ne saisit plus la nature originelle de Wikipédia, mais cela touche également une certaine frange de la communauté avec des gens qui rédigent des articles de n’importe quelle nature sur n’importe quel sujet, pourvu que des sources fiables avec un minimum de qualité existent.

Cela amène à l’arrivée de pages complètement surréalistes pour une encyclopédie et souvent en manque total de synthèse. À force d’exiger une excellente exactitude et une excellente couverture des informations et des connaissances, on en oublie que l’un des piliers de la rédaction d’un article encyclopédique est la synthèse du contenu ; l’encyclopédie ne devient plus l’ensemble d’articles faisant état d’une synthèse de l’ensemble des connaissances humaines, mais un simple agglomérat d’informations plus ou moins organisées cherchant à être détaillées autant que possible.

Besoin de reconnaissance ?

La théorie voudrait que les projets Wikimedia soient un ensemble de projets dont la vocation est de transmettre le savoir. Chaque projet a pour cela un qualificatif qui lui est associé, renseignant sur ses objectifs et les types de contenu qu’il peut accueillir ou non. Ainsi, chaque projet est dissocié des autres de part sa nature et ses objectifs, mais y est également relié de part son contenu, car les différents projets sont inter-dépendants. En fonction de ce que veut faire un contributeur, il peut donc participer aux différents projets, surtout avec le SUL qui créé un compte automatiquement avec le même mot de passe.

Ensemble des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets en symbiose (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Pourtant, certains contributeurs refusent de contribuer à autre chose que Wikipédia (la grande opposition se fait notamment au niveau de Wikinews). Certes, on peut concevoir que l’on refuse de contribuer sur d’autres projets (chacun est libre de contribuer sur les projets qu’il souhaite), mais le problème arrive quand la personne veut absolument ajouter du contenu non-encyclopédique sur Wikipédia qui aurait sa place dans d’autres projets. Certains arguments avancés par ces personnes pour justifier leurs actions semblent montrer qu’elles recherchent une certaine reconnaissance par le biais de leurs contributions, et Wikipédia de par son trafic et la durabilité de son contenu est le projet le plus adapté à cet objectif.

Le succès de Wikipédia amène à un gros problème le concernant : on le transforme en trou noir absorbant tout type d’information. Le cercle initié est alors extrêmement vicieux ; le site ayant un fort trafic, on cherche à tout concentrer sur ce site pour que toutes les informations puissent être consultées, ce qui augmente le trafic et oblige à concentrer davantage… Il assez peu probable que le site Wikipédia disparaîtra dans quelques années, mais il semble à peu près certain que la nature encyclopédique est sacrifiée sur l’autel de la notoriété et de l’opportunisme.

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Wikipédien : une activité à haut risque ?

Contribuer à Wikipédia, c’est avant tout vouloir partager son savoir et en permettre sa libre diffusion. Cependant, comme dans la plupart des cas, les principes de Wikipédia sont des armes à double tranchant, car ils sont aussi bien utilisés par ses soutiens que ses détracteurs. La majorité des wikipédiens sont des personnes anonymes contribuant sur des sujets qui ne peuvent pas réellement générer de polémique. Il existe cependant des cas (notamment les personnes vivantes ou les entreprises en activité) qui deviennent plus sensibles, car les sujets des articles et/ou leur partisans essayent parfois d’améliorer à leur façon certains articles les concernant. Et si jamais un ou plusieurs wikipédiens s’en mêlent, ils peuvent devenir la cible d’attaques. Être wikipédien deviendrait-il une activité risquée ?

Photographe de guerre britannique pendant la 2 GM

Contribuer à Wikipédia : une activité risquée pour l’individu ? (No 5 Army Film & Photographic Unit, DP)

Wikipédia et les personnalités : l’éternelle méprise

De par son excellent référencement dans les moteurs de recherche (notamment Google) et son très large champ d’application, Wikipédia est devenu un site presque incontournable pour toute personne souhaitant se renseigner sur un sujet. Par conséquent, de nombreuses personnes, entreprises ou autre structure cherchent à donner la meilleure image d’eux-même sur l’encyclopédie en ligne ou à se donner une notoriété qu’ils n’ont pas encore. Dans le premier cas, des personnes plus ou moins affiliées aux sujets des articles considérés cherchent à modifier l’article en lissant l’image de la personne ou de la structure en supprimant les passages qui pourraient porter préjudice et en mettant en valeur des qualités (existantes ou inventées). Dans le second cas, on chercher à imposer un article qui ne répond pas aux critères d’admissibilité de Wikipédia.

L’un des plus grands problèmes qui persistent est celui que la plupart des personnes ou institutions n’ont pas compris le but et le fonctionnement de Wikipédia. À ce titre, elles pensent que Wikipédia est un lieu comme LinkedIn, où l’on peut référencer n’importe qui et qu’elles ont un droit de regard (quand elles ne sont pas propriétaires) sur le contenu des articles les concernant. Cela amène parfois à des conflits plus ou moins importants entre des personnes souhaitant intervenir sur un article les concernant pour supprimer des informations les dérangeant, violant de fait la neutralité de point de vue (si ces informations disposent de sources vérifiables), et la communauté wikipédienne ; et les suites de tels conflits sont assez variables selon les cas.

De la mauvaise foi à l’attaque personnelle

Parmi tout ce joli monde, il existe bien entendu des personnes raisonnables qui comprennent vite ce qui ne va pas dans leur manière d’agir et qui se montre conciliantes ; aussi, les propos qui suivent ne s’appliquent qu’aux cas de personnes qui semblent vouloir partir en guerre contre Wikipédia, parce que la communauté n’a pas souhaité se soumettre à leur caprice.

Portrait de Napoléon III

« Je veux, alors obéissez ! » (Alexandre Cabanel, DP)

Apprendre que l’on n’a pas suffisamment de notoriété (dans le sens que nous faisons l’objet de critiques et d’analyses sur le long terme par des experts) heurte souvent l’ego de certaines personnes, tout comme le fait d’apprendre que non, elles n’ont aucune prérogative sur un article de Wikipédia dont elles sont le sujet. Plutôt que d’admettre cela, ces personnes rentrent dans un mécanisme de mauvaise foi où elles tentent d’abord de démontrer leur admissibilité par le biais de sources peu pertinentes et lorsque cela leur a été signalé, elles rentrent de manière plus ou moins automatique dans le processus de l’attaque personnelle, voire généralisée.

Dans ces attaques personnelles, on suppose que le détracteur est en réalité un incompétent qui passe juste son temps à satisfaire ses plaisirs et son pouvoir de petit chef. Lorsque l’attaque personnelle mène au blocage, soit la personne cesse, soit elle utilise son blog, son compte Twitter (ou autre réseau social) pour dénoncer la tyrannie qu’elle aurait découverte sur Wikipédia, soit en restreignant la communauté à un groupe de dictateurs en herbe, soit en se lançant dans des campagnes de diffamation envers ceux qui ont commis l’affront de les contester.

Des complotistes aux justiciers

Il existe des cas plus extrêmes de personnes souhaitant insérer ou faire disparaître des informations au nom de divers principes. Il existe par exemple des cas de personnes qui imaginent que Wikipédia est subordonnée à des organisations qui veulent faire taire la vérité qu’ils portent ; et qu’à ce titre, Wikipédia est coupable de censure honteuse qui empêche ces nouveaux prophètes autoproclamés d’illuminer le monde de leur lumière. Il est en effet impensable pour ces détenteurs de la bonne parole d’être en tort ; il existe nécessairement des forces obscures qui veulent les faire taire et qui ont infiltré la communauté de Wikipédia.

BD des cabalistes anonymes wikipédiens

Attention ! Wikipédia est infiltrée par des organisations qui censurent tout ! (Rama, CC-BY-SA 2.0)

Dans des cas encore plus extrêmes, il y a carrément des gens qui souhaitent porter plainte contre Wikipédia pour des motifs très risibles, dans la majorité des cas. La plupart des cas sont toujours les prophètes autoproclamés de la vérité qui menacent de porter l’affaire devant les tribunaux, car Wikipédia violerait des lois (qui n’existent que dans leur imagination). En revanche, il existe aussi des personnalités publiques assez puissantes qui n’hésitent pas à utiliser l’appareil judiciaire (généralement pour diffamation) afin de faire retirer un contenu à leur désavantage.

L’anonymat : la meilleure défense des wikipédiens

Certaines critiques de Wikipédia (et souvent parmi les plus virulentes) fustigent l’usage d’un pseudonyme et de l’anonymat sur l’encyclopédie. Selon eux, il s’agirait d’un manque de courage de la part des wikipédiens qui ne voudraient pas faire face à leurs responsabilités sur le contenu, notamment en cas de conflit avec une personne ou une organisation. En réalité, il ne s’agit pas plus d’une fuite des responsabilités que d’une protection nécessaire à l’encontre des pressions qui peuvent être exercées sur les wikipédiens (qui sont d’autant plus forte s’ils ont des statuts techniques, comme les administrateurs). Les deux principales garanties de l’indépendance de Wikipédia sont l’absence de publicité et l’anonymat.

Que se passerait-il s’il n’y avait pas d’anonymat ? Nous aurions une multiplication des cas comme celui de Rémi Mathis en avril 2013 ou celui de Diu en Grèce, avec des poursuites judiciaires pour tout et n’importe quoi. Il existe même des cas de chercheurs contribuant à Wikipédia en dévoilant leur identité réelle, et dont le chef du laboratoire pour lequel ils travaillent reçoivent régulièrement des coups de téléphone de la part de personnes en conflits avec ces chercheurs sur Wikipédia, pour se plaindre et/ou exiger le renvoi de ces derniers pour des motifs extérieurs à leur travail de chercheur.

Black out de Wikipédia en anglais de janvier 2012

Où serait la protection contre la censure sans l’anonymat ? (Japs 88, CC-BY-SA 3.0)

Pour conclure, le véritable risque pour un wikipédien est de contribuer à visage découvert. Avec l’accroissement de Wikipédia dans la vie des internautes, de plus en plus d’intérêts privés se penchent sur les articles les concernant pour masquer des informations gênantes et pour se montrer sous un jour plus favorable. Estimant avoir la loi de leur côté, car étant personnellement concernés par le contenu, certains n’hésitent pas à faire marcher l’appareil judiciaire ou, s’il n’en ont pas les moyens, d’entamer une campagne de diffamation à l’encontre des contributeurs avec lesquels ils sont en conflit.
Face à cela, l’anonymat est une garantie très sure, car la Wikimedia Foundation est peu encline à dévoiler les informations personnelles des utilisateurs de ses sites et l’anonymat protège la réputation de la personne morale qui est derrière le pseudonyme.

Développons le système Wikimedia

L’un des grands défauts de notre société, c’est de se focaliser sur un point précis d’un système bien plus vaste qui devrait être considéré dans son intégralité. Le système wikimédien n’échappe pas à cette règle avec une fixation des médias et des gens sur le projet Wikipédia, en oubliant les projets-frères de l’encyclopédie libre hébergés par la Wikimedia Foundation. Si certains projets montrent une activité honorable et disposent d’une relative visibilité, d’autres sont totalement dans l’ombre.

Le système Wikimedia

Le système Wikimedia est composé de 15 sites hébergés par la Wikimedia Foundation à fonctionnement ouvert et collaboratif utilisant la technologie du wiki. On y trouve 11 sites collaboratifs totalement ouverts à vocation culturelle et éducative :

À ces sites, s’ajoutent 4 autres sites qui sont des supports techniques et communautaires des 11 précédents. Il s’agit de :

  • Incubateur Wikimedia (création de nouvelles versions linguistiques de projets Wikimedia)
  • MediaWiki (logiciel utilisé par les projets Wikimedia)
  • Méta-Wiki (coordination communautaire des projets)
  • Wikimania (rencontre internationale de la communauté wikimedienne)
Famille des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets web participatifs et citoyens à vocation éducative et culturelle (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Malgré sa diversité, ce système souffre de l’hyper-exposition de Wikipédia par rapport aux autres projets (seuls Wikimedia Commons, Wikisource et Wiktionnaire disposent d’un droit de citation dans quelques médias). Ainsi, il n’est pas courant de voir des images reprises dans d’autres sites avec la mention Copyright : Wikipédia, doublement fausse, car les images sont généralement sur Commons et Wikipédia n’est auteur d’aucune image. Actuellement, le potentiel culturel et éducatif des projets de la Wikimedia Foundation est largement sous-exploité, car on reporte beaucoup de choses en relation avec la sphère wikimedienne à Wikipédia ; un rapport de force qui doit être modifié.

Reconsidérer Wikipédia comme une encyclopédie…

Au regard de la plupart des gens, Wikipédia n’est pas considérée comme une encyclopédie, mais plutôt comme un site fourre-tout où l’on peut trouver n’importe quelle information sur n’importe quel sujet (une espèce de Google avec plus de texte). L’important pour les gens (et aussi pour certains contributeurs) n’est pas de trouver sur Wikipédia du savoir et de la connaissance, mais de l’information de n’importe quelle nature ou presque (à rappeler que le but initial de Google est de permettre la diffusion globale de l’information, bien différent de celui de Wikipédia). De fait, l’encyclopédie libre en ligne est surexposée et est sollicitée pour des sujets sur lesquels elle n’a pas théoriquement à intervenir. Ce que les gens savent moins, c’est qu’il existe d’autres projets appartenant au système Wikimedia qui pourraient répondre à leurs besoins.

…et rediriger les sujets non-encyclopédiques vers les projets adaptés

Un chapeau d'étudiant

Wikipédia n’est pas un site d’éducation et a des limites dans la définition de son contenu (CC0, Open Clip Art Library)

Je tombe régulièrement sur des articles dont le style ressemble plus à celui d’un cours universitaire qu’à celui d’un article encyclopédique. Il y a en effet certains contributeurs qui veulent faire partager leur savoir, mais c’est un savoir qu’ils tiennent de leurs cours. En dehors du problème de sources, certains de ces contributeurs se veulent plus pédagogiques dans leurs écrits… sauf que Wikipédia n’est pas là pour héberger des contenus pédagogiques. En revanche, le projet Wikiversité est bien plus adapté à ce type de contenu.

Certains articles extrêmement courts ont pour seule vocation d’être des définitions d’une ou deux lignes. Quelques contributeurs s’en font une spécialité et créent à la chaîne des dizaines d’articles d’une ligne peu améliorables, car il s’agit de terme et non de sujet encyclopédique. Dans un tel cas, ces contenus sont à rediriger vers le Wiktionnaire. Dans la même idée, certains articles sur des œuvres contiennent des très grands passages à titre d’exemple ou encore des paroles de chansons, des types de contenus à rediriger vers Wikisource.

Sujet plus difficile à aborder : l’actualité. Sans reparler des différences entre encyclopédisme et actualité, chose que je pense avoir suffisamment abordé, il existe tout de même de nombreux articles créés sur des sujets d’actualités en somme assez mineurs au regard de l’Histoire. Il est certes plus difficile d’évaluer la portée réelle d’un sujet d’actualité à l’époque des médias de masses perroquets, mais il n’empêche que certains sujets ne méritent pas d’être traités sur Wikipédia, mais sur Wikinews.

Revaloriser la nature des projets

Pourquoi Wikipédia devient-il une sorte d’aimant qui attire toute contribution d’ordre culturel ou éducatif ? À cause de sa notoriété et de sa forte visibilité sur les moteurs de recherche. Le problème est que certaines personnes contribuent à Wikipédia pour être sûrs que ce qu’ils ont écrit sera lu par quelqu’un, vu le bon référencement du site. Le vrai problème est que la plupart des projets de la Wikimedia Foundation sont dévalués par rapport à Wikipédia. Pour développer le système Wikimedia, il faut revaloriser la nature de ces projets et montrer aux gens que Wikipédia n’est pas le grand projet auquel sont subordonnés toute une panoplie de projets. Dans le système Wikimedia, Wikipédia est une planète comme une autre qui orbite autour d’un noyau, comme tous les autres projets Wikimedia.

Revaloriser ces projets, c’est montrer leur existence, montrer que Wikipédia est une encyclopédie et qu’elle n’a pas vocation à absorber à l’infini toute sorte d’information de n’importe quel ordre et qu’il existe un ensemble de projets précis qui peuvent répondre aux besoins et aux désirs de chacun. Les chapters organisent des partenariats avec des institutions pour améliorer Wikipédia, ainsi que pour améliorer les autres projets Wikimedia et il faut continuer dans ce sens. C’est en médiatisant ce genre de partenariats que le public verra que Wikipédia n’est qu’une partie d’un ensemble bien plus vaste qui mérite toute notre attention : le système Wikimedia.

Privacy is a fundamental right, not an anomaly

Version en anglais de mon billet La vie privée est un droit fondamental, pas une anomalie, 11 février 2014
English version of my article La vie privée est un droit fondamental, pas une anomalie, february 11th, 2014

On the occasion of the event The Day We Fight Back (a day of actions against mass surveillance), organized by many NGO which defend privacy and actors of the Internet, I’m reacting about a talk of Vint cerf, a very important member of Google, and recognized as one of the father of the net. For him: ‘privacy may be an anomaly’.

Logo de The Day We Fight Back

Day of actions against mass surveillance (The Day We Fight Back, CC-BY-SA 4.0)

Fundamental rights against private benefits

Principle of a fundamental human right is that everybody mustn’t skirt or crush it, whatever the reason. This is the theory, but reality shows these rights are often crushed by practises which are often at the limit of the legality. A fundamental right as that to have a privacy, that is do something which nobody can know, is very inconveniant for many institutions or compagnies. They skirt it by using many ways: a state can proclame an act to reduce the privacy, refer to security of the country or similar; compagnies which possess web sites can proceed with a big opacity when an internaut is connecting… In all cases, a practise is still used: missing of transparency and therefore of democracy.

Passive citizens

In democracy, people is ruler and institutions and organizations which serve citizens must act with a total transparency, whatever the kind of their actions. However, in many democratic country, many citizens are passive about matters related to the Internet and the privacy. That’s the paradox of our society which is hyper-connected, but its members are diconnected. They don’t worry about their freedom and their rights on the net. Thus, institutions and compagnies allow themselves to act as they want, because it is any great claim from citizens to want the respect of their rights. A society which don’t worry about the respect of its freedom and its rights will lose them; the past abound of many examples of this, and the present to.

World will become that announced by Google ?

Google is accustomed to play the worrying oracle about future of the privacy and of the Internet. However, this web compagny is not the only which express this idea, many compagnies, politicians or members of intelligence agencies say the same. What is the goal of this speech ? To scare us ? To justify immoral practices ? In fact, they say that states and compagnies do this, because it is not a bad thing, they are just following a new movement which is inevitable. This will crush the privacy, which they consider as an anomaly. Furthermore, they say if citizens have nothing to have, they wouldn’t fear from Big Brother.

We can consider this speech as a warning or an incitement of action to defend ourself. They say to us: ‘you complain that we are violating your rights, but you don’t defend them, so you must act if you don’t want lose them in a near future’. Indeed, a such apocalyptic speech about privacy couldn’t have the sense that the lose of the privacy is a destiny. We must say to ourself that we have the power to change this situation and it is our role to act. Many organizations are defending human fundamental rights, and they need to be supported by a maximum of citizens to achieve this.

La vie privée est un droit fondamental, pas une anomalie

À l’occasion de l’événement The Day We Fight Back (journée de lutte contre la surveillance de masse), organisé par plusieurs ONG de défense de la vie privée et acteurs de l’Internet, je me permet de rebondir sur un propos tenu il y a maintenant plusieurs mois par Vint Cerf, l’un des acteurs les plus importants de l’entreprise Google, et aussi considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Internet. Selon lui, « la vie privée pourrait en réalité être une anomalie » et « il sera de plus en plus difficile pour nous de [la] garantir. »

Logo de The Day We Fight Back

Journée d’actions contre la surveillance de masse (The Day We Fight Back, CC-BY-SA 4.0)

Droit fondamental contre intérêts

Le principe d’un droit fondamental humain est que rien ni personne ne peut le contourner ou le piétiner, pour n’importe quelle raison. Voilà pour la théorie, mais la pratique montre que ces droits sont souvent mis à mal par des pratiques qui fleurtent très souvent avec l’illégalité. Un droit fondamental comme celui d’avoir une vie privée, c’est-à-dire pouvoir faire des choses sans que personne ne soit au courant, est extrêmement gênant pour de nombreux acteurs (états, entreprises privées…). De nombreux états comme entreprises contournent le respect de ce droit par des moyens très divers : certains états proclament des lois dans ce sens, invoquant des motifs sécuritaires ou assimilés, les entreprises détenant des sites web agissent avec une relative opacité quand un internaute est connecté… Dans tous les cas, une pratique est systématique : l’absence de transparence, et donc de démocratie.

Des citoyens passifs

Dans une démocratie, ce sont le peuple est souverain et les citoyens doivent recevoir des comptes de la part de ceux qu’ils ont choisi pour leur rendre service ou agir en leur nom. Ce principe de base nécessite donc une transparence sur les activités des institutions, quelle que soit leur nature. Cependant, dans de nombreux pays démocratiques, de nombreux citoyens sont passifs vis-à-vis des affaires liées à l’Internet et à la vie privée. Le paradoxe de notre société actuelle est qu’elle est hyper-connectée au réseau mondial, mais que ses membres en sont complètement déconnectés et ne ce soucient pas de leur liberté et de leurs droits sur le réseau. À partir du moment où il n’y a pas d’exigence suffisamment forte de la part des citoyens pour exiger le respect des droits, les états et les intérêts privés ont un véritable boulevard devant eux où ils peuvent s’autoriser à agir comme bon leur semble. Comme souvent, une société qui ne se soucie plus de la sauvegarde de ses libertés et de ses droits fini par les perdre ; le passé regorge de (trop) nombreux exemples, et le présent également.

Le monde sera t-il celui décrit par Google ?

Comme le montre ce billet très intéressant sur Rue89, Google est habituée à jouer les évangélistes noirs à propos du devenir de la vie privée et de l’Internet en général. Par ailleurs, le géant américain du web n’est pas le seul à tenir un tel discours, d’autres géants du web font de même, et même des politiciens ou des responsables de services de renseignements. Quel est le but d’un tel discours ? Nous effrayer ? Justifier des pratiques immorales ? La réalité est quelque part de dire que les états et les entreprises agissent ainsi, parce que elles ne font rien de mal, si ce n’est suivre un mouvement qui serait inéluctable et qui écraserait ce qu’ils considèrent être une anomalie. Discours supplémentaire pour que ce futur s’insère sans problème dans la tête des citoyens : s’ils n’ont rien à cacher, ils n’ont alors rien à craindre de Big Brother.

On peut aussi voir ce discours comme un avertissement ou une incitation à agir pour nous défendre. L’un des sens sous-jacent de ce discours est bien de nous dire : « vous vous plaigniez que nous violons vos droits, mais vous ne les défendez pas, donc agissez si vous ne voulez pas les perdre dans un futur proche ». En effet, un tel discours apocalyptique à propos de la vie privée ne doit pas nous faire dire qu’il s’agit d’une fatalité, mais nous devons nous dire que nous avons le pouvoir de changer la situation et que c’est à nous d’agir. De nombreuses organisations sont engagées dans la défense des droits fondamentaux humains, et elles ont besoin du soutien d’un maximum de citoyens pour réussir.