Au crépuscule d’une vie…

Bien que le titre puisse faire penser le contraire, il ne s’agit pas d’une annonce d’un arrêt définitif de toute activité. Vous avez cela-dit remarqué que mon activité était réduite à néant un peu partout depuis un peu plus d’un mois et que cela fait plus de 6 mois que rien n’a été publié sur ce blog.

Couché de soleil

La fin d’une période qui signe le début d’un commencement (Joonas Lyytinen, CC-BY 2.0).

Blog

Les raisons de ces défaillances sont multiples. Une qui est commune à toutes est ma vie dans l’espace hors Internet qui est de plus en plus prenante et qui fait réduire le temps que je consacrais normalement à mes activités sur Internet. Pour ce qui est du blog, la cessation des publications est aussi due à une certaine lassitude et aussi au fait que la majorité des messages que je m’étais fixé de délivrer ont été publiés. Bien qu’il soit possible que je publie quelques analyses de temps en temps, je ne publierai plus beaucoup de posts ici-même, étant donné que je ne ferai que me répéter et que cela est complètement inutile ; le but de ce blog est de transmettre des idées, des réflexions et des pensées, pas de faire de l’audience.

Projets Wikimedia

Du côté des projets Wikimedia, mon activité est à l’arrêt pour une durée indéterminée ; si la raison globale est une lassitude couplée à un manque de motivation, il existe des raisons plus spécifiques à chaque projet. Mon activité sur Commons étant étroitement liée à celle sur Wikipédia, il ne faudra pas compter me revoir sur la médiathèque tant que je ne serais pas revenu sur l’encyclopédie. En ce qui concerne Wikinews, l’envie de remplir un tonneau des Danaïdes ne me motive plus.

Pour ce qui est de Wikipédia, la chose est bien plus complexe. Afin de répondre aux critiques des intellectuels et médias de tout poil sur le manque de fiabilité, la communauté a fixé au fil des années des critères de plus en plus stricts qui font que leur application nécessite de passer énormément de temps pour rédiger un simple paragraphe. En comparant le temps que je passais à rédiger un paragraphe en 2011 et celui que je consacre en 2014, j’estime mettre 2 à 3 fois plus de temps en 2014 que trois ans plus tôt pour obtenir un résultat similaire. Les critères ne sont pas les seuls à être mis en cause ; cela provient aussi d’un perfectionnisme couplé à une grande procrastination qui font que mon temps de résilience pour publier un contenu de qualité s’est grandement accru.

En parallèle de cela, mon sujet de prédilection manque cruellement de contributeur et a en plus un contenu globalement très médiocre. Ce qui fait que je me retrouve seul à tenter de rétablir une immense quantité d’informations, souvent essentielles, qui sont soit inexistantes, soit fausses. En plus de cela, je me dois de refréner sans cesse les insistances de personnes incompétentes qui tentent à tout prix d’insérer un contenu faux et absurde, ce qui m’empêche en parallèle d’améliorer le contenu déjà bien amoché.

Il y a enfin un certain découragement à ne pas voir son travail reconnu. Bien que je n’exige pas des médailles ou des messages flatteurs, j’aurai au moins aimé que lorsqu’un contenu est soumis à une procédure de labellisation, il soit examiné par la communauté des contributeurs et ne soit pas laissé pour compte dans l’oubli. À force de perdre son temps sur des querelles futiles et à se fixer sur un contenu extrêmement superficiel comme les actualités, ou savoir si untel avait dit ça en telle année, ou encore que machin est de telle confession, la plupart des gens semblent oublier que la force d’une encyclopédie est la qualité de son contenu, avant d’être la quantité de ses informations.

Vers les experts ?

À force de refuser la présence d’experts pour des raisons diverses et variées, Wikipédia arrive à un point où elle perd l’essence même de ce que le site voulait être au départ : une encyclopédie rédigée par le monde entier. On se fendait d’être mieux que les autres « parce qu’il n’y avait pas d’élitisme » et que tout le monde pouvait contribuer contrairement aux encyclopédies classiques qui étaient réservées à une « caste ». Ce discours plus ou moins explicite amène à un excès inverse : l’absence patente d’experts qui pourrait permettre au contenu d’avoir ce qu’il mérite vraiment. En aucun cas Wikipédia ne pourra prétendre être universelle si elle exclut les experts qui restent les piliers de la production de la plupart du savoir.

Wikipédia, dans sa forme actuelle, exclut les experts d’une manière ou d’une autre (sans qu’elle soit nécessairement volontaire). On nous rabâche que l’encyclopédie perd des contributeurs, que ça stagne, mais que tout ça c’est normal parce qu’on arrive en phase de maturation… Cela n’est que partiellement vrai. La phase de maturation implique logiquement une hausse de la qualité du contenu ; la logique du système veut que oui, il y a au début une grande expansion qui marque la mise en place de la structure et sa construction, ce qui correspond à la période 2001 – 2009. Si nous sommes en période de maturation depuis 2009, on devrait voir de plus en plus d’articles de qualité apparaître ; or, jamais les nombres de procédures et de contributeurs impliqués dans ces procédures n’ont été aussi bas. En parallèle, les conflits et interrogations existentielles sur des détails futiles ont explosé.

Commençant moi-même à devenir expert dans mon domaine, je vois à quel point le manque d’experts amène à une tendance à créer une multitude d’articles dont la qualité est nulle. Si l’on fait beaucoup pour les contributeurs lambda, on ne fait rien pour les experts. Étrangement, cela ne permet que de faire stagner la courbe du nombre de contributeurs et la qualité ne progresse pas davantage. Ce manque de qualité amène de nos jours aux dérives que l’on connaît à propos des start-up qui proposent des services de référencement sur Wikipédia. Cela montre que Wikipédia n’a pas/plus le statut d’encyclopédie pour la plupart des gens et ne devient plus que le « site ouvert où l’on trouve tout qui est toujours en tête dans les résultats de Google ».

On dit que Wikipédia disparaîtra si elle continue vers cette voie. Il est très probable que non. Car la plupart des gens consultent Wikipédia à ce titre et le site est célèbre encore pour cela. Il y a deux choses que nous voyons mourir en ce moment sur Wikipédia : l’encyclopédisme et la collaboration. La communauté devient le reflet même de notre société : individualiste, sans cesse en conflit, structuration par groupes à intérêts divergents…

L’ensemble de ce patchwork fait que je ne peux me résoudre à continuer à contribuer à Wikipédia dans lequel je ne me reconnais plus. Le Wikipédia de 2014 n’est pas le Wikipédia de 2008 ; tout comme le Juraastro de 2014 n’est pas celui de 2008. En 6 ans, nous avons changé, mais ces changements font que nous ne nous reconnaissons plus. De l’amusement est venu le loisir, du loisir est venu la passion, de la passion est venue l’exigence, de l’exigence est venue la contrainte, et de la contrainte est venue le découragement.

Que l’on se rassure : non je ne quitte pas Wikipédia et je ne coupe pas les ponts avec tout ce qui a un rapport avec elle. Mais il m’est devenu impossible de participer dans ce site avec lequel je me trouve en déphasage et où il y a tant de monde, mais où l’on se sent tellement seul pour contribuer.

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Élections municipales : news, pédia ou data ?

Les élections municipales françaises viennent de s’achever et bien entendu, le contenu de Wikipédia relatif aux communes françaises subit de nombreuses modifications suite aux résultats (souvent de manière irraisonnée). Une tendance qui apparaît depuis quelques années est le besoin de détailler au maximum les faits et les données relatives aux élections, notamment lorsqu’elles sont françaises.

Les pages créées sont très souvent des accumulations de données et de tableaux de résultats et de sondages, sans analyse, ni étude, en théorie Wikidata serait plus à même à accueillir ce type de contenu. Les élections sont aussi un phénomène d’actualité, donc Wikinews doit aussi accueillir ce genre de contenu. Malgré la finalité des projets Wikimedia, les pratiques font que Wikipédia aspire toutes sortes de contenu à la manière d’un trou noir.

Vue d'artiste d'un trou noir

Wikipédia serait-elle destinée à devenir un trou noir de l’information ? (420Ainsley, CC-BY-SA 3.0)

Élections actuelles et encyclopédisme

Savoir ce qui relève de l’encyclopédisme ou non lors d’une élection en cours est un marronnier qui enfle de plus en plus ; le cas de l’élection présidentielle française de 2012 avait été un bon exemple avec des tentatives de créations d’articles sur les programmes des différents candidats ou même l’existence d’un article très lourd (plus de 300 000 octets !) comportant une suite de tableaux et d’images, dont la lisibilité est limitée, retraçant le détail des résultats de l’élection. La conclusion de cet ensemble (des procédures de pages à supprimer avaient été lancées) est que du fait que ces informations sont fiables et reprises par des médias nationaux, il n’y a aucune raison de les retirer.

Que ce soit dans le domaine de l’actualité ou de la base de données (les élections font partie des quelques événements qui arrivent à concilier les deux), on note une certaine forme de rigidité face aux critères, aux sources et aux types de sources pour justifier aussi bien la création que la suppression d’un article. L’esprit d’analyse et l’esprit critique sont remplacés pour faire place à la seule question de savoir si l’information est diffusée à grande échelle par des médias de référence. Là où les critères de Wikipédia sont inadaptés, c’est que Internet est la globalisation et le partage de toute information à l’échelle du monde, ce qui fait que le moindre fait un peu sordide peut être repris par tous les médias du monde entier.

Cet aveuglement mène à une domination des médias de masse par rapport à la nature encyclopédique. Il importe peu de savoir si l’information relayée par les médias sont exactes ou non (dans certains domaines, on note même plus des erreurs grossières que des exactitudes), l’important est justement que la diffusion ait été faîte par un média rentrant dans les critères et surtout qu’elle ait été relayée par d’autres. L’encyclopédisme n’est alors plus de retranscrire ce qui a été retenu et analysé à un temps t+n, mais de retranscrire ce qui est retenu à un temps t.

Troupeau de moutons en Argentine

La prédominance des médias de masse amènerait-elle vers une forme de panurgisme irraisonné vis-à-vis des sources ? (writtecarlosantonio, CC-BY 3.0)

Données et actualité : il existe des projets Wikimedia pour ça

Revenons aux élections. À l’occasion des élections municipales, des pages détaillées ont été créées pour afficher les résultats dans chaque département et grande ville française de plus de 100 000 habitants. L’essentiel du contenu de ces pages est une suite plus ou moins longue de tableaux détaillant les résultats dans les communes les plus importantes des départements, avec parfois une petite contextualisation en introduction. Mais peu importe, à l’instar de leurs comparses de 2012, ces pages n’ont pas vraiment vocation à être labellisées un jour, il s’agit plus d’une base de données, or il existe un projet Wikimedia qui est une base de données : Wikidata.

Il y a près d’un an, j’avais estimé à tort que Wikidata était une erreur monumentale (qualificatif que je réserve à présent plutôt à Wikivoyage). La réalité est surtout qu’il s’agit d’un formidable outil qui permet de palier un manque nécessaire au traitement des informations communes à tous les wikis : la base de données. Or, nos tableaux des élections ne sont-ils pas autre chose que des éléments de base de données ? Il n’y a aucune analyse et rajouter du contenu en ferait des pages extrêmement lourdes à charger et qui provoqueraient des plantages du fait de la taille des tableaux et des éventuelles images, ce qui violerait les principes d’accessibilité et de synthèse. À partir de ces considérations, qu’est-ce qui empêche de transférer ces données sur Wikidata ?

Modèle de donnée de Wikidata

S’il existe un projet Wikimedia de base de données, pourquoi ne pas l’utiliser pour intégrer les bases de données de Wikipédia ? (HenkvD, CC-BY-SA 3.0)

Encyclopédisme, où es-tu ?

Victime de son succès, Wikipédia a de plus en plus de mal à exister et à s’imposer en tant qu’encyclopédie au sein du public. Aujourd’hui Wikipédia est plus connue comme le site où on peut tout trouver (quand ce n’est pas Google) que comme encyclopédie au sens strict ; d’ailleurs, le mot encyclopédie accolé à Wikipédia est complètement vidé de son sens et c’est la définition même du terme qui est aujourd’hui menacée. Car non seulement le public ne saisit plus la nature originelle de Wikipédia, mais cela touche également une certaine frange de la communauté avec des gens qui rédigent des articles de n’importe quelle nature sur n’importe quel sujet, pourvu que des sources fiables avec un minimum de qualité existent.

Cela amène à l’arrivée de pages complètement surréalistes pour une encyclopédie et souvent en manque total de synthèse. À force d’exiger une excellente exactitude et une excellente couverture des informations et des connaissances, on en oublie que l’un des piliers de la rédaction d’un article encyclopédique est la synthèse du contenu ; l’encyclopédie ne devient plus l’ensemble d’articles faisant état d’une synthèse de l’ensemble des connaissances humaines, mais un simple agglomérat d’informations plus ou moins organisées cherchant à être détaillées autant que possible.

Besoin de reconnaissance ?

La théorie voudrait que les projets Wikimedia soient un ensemble de projets dont la vocation est de transmettre le savoir. Chaque projet a pour cela un qualificatif qui lui est associé, renseignant sur ses objectifs et les types de contenu qu’il peut accueillir ou non. Ainsi, chaque projet est dissocié des autres de part sa nature et ses objectifs, mais y est également relié de part son contenu, car les différents projets sont inter-dépendants. En fonction de ce que veut faire un contributeur, il peut donc participer aux différents projets, surtout avec le SUL qui créé un compte automatiquement avec le même mot de passe.

Ensemble des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets en symbiose (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Pourtant, certains contributeurs refusent de contribuer à autre chose que Wikipédia (la grande opposition se fait notamment au niveau de Wikinews). Certes, on peut concevoir que l’on refuse de contribuer sur d’autres projets (chacun est libre de contribuer sur les projets qu’il souhaite), mais le problème arrive quand la personne veut absolument ajouter du contenu non-encyclopédique sur Wikipédia qui aurait sa place dans d’autres projets. Certains arguments avancés par ces personnes pour justifier leurs actions semblent montrer qu’elles recherchent une certaine reconnaissance par le biais de leurs contributions, et Wikipédia de par son trafic et la durabilité de son contenu est le projet le plus adapté à cet objectif.

Le succès de Wikipédia amène à un gros problème le concernant : on le transforme en trou noir absorbant tout type d’information. Le cercle initié est alors extrêmement vicieux ; le site ayant un fort trafic, on cherche à tout concentrer sur ce site pour que toutes les informations puissent être consultées, ce qui augmente le trafic et oblige à concentrer davantage… Il assez peu probable que le site Wikipédia disparaîtra dans quelques années, mais il semble à peu près certain que la nature encyclopédique est sacrifiée sur l’autel de la notoriété et de l’opportunisme.

Développons le système Wikimedia

L’un des grands défauts de notre société, c’est de se focaliser sur un point précis d’un système bien plus vaste qui devrait être considéré dans son intégralité. Le système wikimédien n’échappe pas à cette règle avec une fixation des médias et des gens sur le projet Wikipédia, en oubliant les projets-frères de l’encyclopédie libre hébergés par la Wikimedia Foundation. Si certains projets montrent une activité honorable et disposent d’une relative visibilité, d’autres sont totalement dans l’ombre.

Le système Wikimedia

Le système Wikimedia est composé de 15 sites hébergés par la Wikimedia Foundation à fonctionnement ouvert et collaboratif utilisant la technologie du wiki. On y trouve 11 sites collaboratifs totalement ouverts à vocation culturelle et éducative :

À ces sites, s’ajoutent 4 autres sites qui sont des supports techniques et communautaires des 11 précédents. Il s’agit de :

  • Incubateur Wikimedia (création de nouvelles versions linguistiques de projets Wikimedia)
  • MediaWiki (logiciel utilisé par les projets Wikimedia)
  • Méta-Wiki (coordination communautaire des projets)
  • Wikimania (rencontre internationale de la communauté wikimedienne)
Famille des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets web participatifs et citoyens à vocation éducative et culturelle (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Malgré sa diversité, ce système souffre de l’hyper-exposition de Wikipédia par rapport aux autres projets (seuls Wikimedia Commons, Wikisource et Wiktionnaire disposent d’un droit de citation dans quelques médias). Ainsi, il n’est pas courant de voir des images reprises dans d’autres sites avec la mention Copyright : Wikipédia, doublement fausse, car les images sont généralement sur Commons et Wikipédia n’est auteur d’aucune image. Actuellement, le potentiel culturel et éducatif des projets de la Wikimedia Foundation est largement sous-exploité, car on reporte beaucoup de choses en relation avec la sphère wikimedienne à Wikipédia ; un rapport de force qui doit être modifié.

Reconsidérer Wikipédia comme une encyclopédie…

Au regard de la plupart des gens, Wikipédia n’est pas considérée comme une encyclopédie, mais plutôt comme un site fourre-tout où l’on peut trouver n’importe quelle information sur n’importe quel sujet (une espèce de Google avec plus de texte). L’important pour les gens (et aussi pour certains contributeurs) n’est pas de trouver sur Wikipédia du savoir et de la connaissance, mais de l’information de n’importe quelle nature ou presque (à rappeler que le but initial de Google est de permettre la diffusion globale de l’information, bien différent de celui de Wikipédia). De fait, l’encyclopédie libre en ligne est surexposée et est sollicitée pour des sujets sur lesquels elle n’a pas théoriquement à intervenir. Ce que les gens savent moins, c’est qu’il existe d’autres projets appartenant au système Wikimedia qui pourraient répondre à leurs besoins.

…et rediriger les sujets non-encyclopédiques vers les projets adaptés

Un chapeau d'étudiant

Wikipédia n’est pas un site d’éducation et a des limites dans la définition de son contenu (CC0, Open Clip Art Library)

Je tombe régulièrement sur des articles dont le style ressemble plus à celui d’un cours universitaire qu’à celui d’un article encyclopédique. Il y a en effet certains contributeurs qui veulent faire partager leur savoir, mais c’est un savoir qu’ils tiennent de leurs cours. En dehors du problème de sources, certains de ces contributeurs se veulent plus pédagogiques dans leurs écrits… sauf que Wikipédia n’est pas là pour héberger des contenus pédagogiques. En revanche, le projet Wikiversité est bien plus adapté à ce type de contenu.

Certains articles extrêmement courts ont pour seule vocation d’être des définitions d’une ou deux lignes. Quelques contributeurs s’en font une spécialité et créent à la chaîne des dizaines d’articles d’une ligne peu améliorables, car il s’agit de terme et non de sujet encyclopédique. Dans un tel cas, ces contenus sont à rediriger vers le Wiktionnaire. Dans la même idée, certains articles sur des œuvres contiennent des très grands passages à titre d’exemple ou encore des paroles de chansons, des types de contenus à rediriger vers Wikisource.

Sujet plus difficile à aborder : l’actualité. Sans reparler des différences entre encyclopédisme et actualité, chose que je pense avoir suffisamment abordé, il existe tout de même de nombreux articles créés sur des sujets d’actualités en somme assez mineurs au regard de l’Histoire. Il est certes plus difficile d’évaluer la portée réelle d’un sujet d’actualité à l’époque des médias de masses perroquets, mais il n’empêche que certains sujets ne méritent pas d’être traités sur Wikipédia, mais sur Wikinews.

Revaloriser la nature des projets

Pourquoi Wikipédia devient-il une sorte d’aimant qui attire toute contribution d’ordre culturel ou éducatif ? À cause de sa notoriété et de sa forte visibilité sur les moteurs de recherche. Le problème est que certaines personnes contribuent à Wikipédia pour être sûrs que ce qu’ils ont écrit sera lu par quelqu’un, vu le bon référencement du site. Le vrai problème est que la plupart des projets de la Wikimedia Foundation sont dévalués par rapport à Wikipédia. Pour développer le système Wikimedia, il faut revaloriser la nature de ces projets et montrer aux gens que Wikipédia n’est pas le grand projet auquel sont subordonnés toute une panoplie de projets. Dans le système Wikimedia, Wikipédia est une planète comme une autre qui orbite autour d’un noyau, comme tous les autres projets Wikimedia.

Revaloriser ces projets, c’est montrer leur existence, montrer que Wikipédia est une encyclopédie et qu’elle n’a pas vocation à absorber à l’infini toute sorte d’information de n’importe quel ordre et qu’il existe un ensemble de projets précis qui peuvent répondre aux besoins et aux désirs de chacun. Les chapters organisent des partenariats avec des institutions pour améliorer Wikipédia, ainsi que pour améliorer les autres projets Wikimedia et il faut continuer dans ce sens. C’est en médiatisant ce genre de partenariats que le public verra que Wikipédia n’est qu’une partie d’un ensemble bien plus vaste qui mérite toute notre attention : le système Wikimedia.

Wikipédia et Google : alliés ou adversaires ? (1)

Wikipédia est la cible de nombreuses critiques virulentes de la part des élites culturelles qui crient, au pire, au terrorisme intellectuel et, au mieux, à la concurrence déloyale. Ce dernier point est notamment caractérisé par les rapports supposés qu’il y aurait entre Wikipédia et Google qui seraient deux monstres américains de l’Internet qui se seraient alliés pour fagociter l’information et le savoir au mépris des offres légales et fiables. Quels rapports peuvent exister entre Wikipédia et Google ? Leur fonctionnement et leurs objectifs peuvent-ils être mis en parallèle ?

Wikipédia à la pointe des recherches Google

On fantasme souvent que Google soutient Wikipédia du fait que les pages de l’encyclopédie en ligne sont systématiquement situés en tête des résultats du moteur de recherche. Faire ce genre d’allusions montre une méconnaissance très manifeste du fonctionnement d’un moteur de recherche et de ce que l’on nomme le SEO (Optimisation pour les moteurs de recherche). Un fait indéniable : Google est un moteur de recherche très abouti et bien plus performant que ses congénères. Il est bien entendu impossible de décrire précisément comment il fonctionne, car c’est le secret de fabrication de l’entreprise, qui est aussi bien gardé que la recette d’un célèbre soda américain ; on peut cependant avoir quelques éléments de réponse sur les grandes lignes du fonctionnement du moteur de recherche de Google.

Schéma de l'architecture du moteur de recherche de Google

Schéma présentant le fonctionnement du moteur de recherche de Google (Che, CC-BY-SA 2.5)

L’objectif de base d’un moteur de recherche est de permettre à un internaute d’accéder au contenu du web à partir de critères de recherches définis par l’internaute lui-même (les fameux mots-clés). L’accès à cette information ne se fait pas de manière aléatoire, mais selon des critères de pertinence qui sont établis à partir d’algorithmes. Pour le cas de Google, la pertinence est évaluée en fonction du nombre de liens qui dirigent vers un site web donné, en fonction de la qualité des sites qui disposent de liens redirigeant vers le site considéré et bien entendu en fonction de l’intérêt qu’il suscite de la part des internautes. À partir de ces critères confrontés aux mots-clés entrés par l’internaute, les différentes pages de sites web apparaîtront plus ou moins bien classées dans le résultat du moteur de recherche, il ne reste plus qu’après à l’internaute de choisir le site qu’il souhaite consulté selon ses critères propres.

Pour affiner la recherche et permettre un meilleur référencement d’un site web, il faut user de ce que l’on nomme le SEO, l’optimisation pour les moteurs de recherche. L’un des secrets de l’excellent référencement de Wikipédia est que justement qu’il est un site disposant d’un SEO de grande qualité. Il faut d’abord savoir que l’encyclopédie en ligne respecte les bases du SEO en matière de balises HTML (Title, alt…). Les robots d’un moteur de recherche visitent un site web en fonction de la fréquence des mises à jour ; Wikipédia étant mis à jour de manière permanente, les robots de Google sont forcés de le visiter très souvent pour réactualiser les informations ; un principe qui s’applique aussi aux blogs très actifs, ce qui est l’un des facteurs expliquant également le bon référencement de nombreux blogs dans les recherches de Google. Bien entendu, Wikipédia dispose de nombreux hyperliens entrants, l’une des conditions principales d’un bon référencement prises en compte par les algorithmes de Google.
Il existe cependant quelques pratiques internes au fonctionnement de Wikipédia qui dopent le référencement de l’encyclopédie en ligne. On y trouve notamment le grand nombre de liens internes dans les pages de Wikipédia, pratique nécessaire pour permettre des relations entre les différents articles, afin que l’internaute puisse accéder à une vue complète des informations qu’il consulte sur le site.

Pour en savoir plus sur les facteurs qui permettent à Wikipédia d’être en tête des résultats de recherche Google, je vous conseille cet excellent billet très complet de Jori datant de février 2012.

Worldwildweb autour de Wikipédia

Représentation du web autour de Wikipédia (en jaune) ; on y aperçoit Google à proximité à droite (Chris 73 / Wikimedia Commons, CC-BY-SA 3.0)

Wikipédia et Google : des objectifs différents

Peut-on mettre en parallèle les objectifs de Google et de Wikipédia ? Oui et non. Les objectifs de Google sont de concentrer et de mettre à disposition des internautes l’ensemble de l’information présente dans le monde, qu’elle soit culturelle, politique, économique ou autre. On le voit au niveau des différentes applications proposées par l’entreprise, il n’y a pas de volonté à présenter tel ou tel type d’information, mais plutôt l’ensemble des informations existantes. Le moteur de recherche sert à présenter les informations de sites web, le moteur d’images sert à présenter les différentes images présentes sur le web, Google Books sert à présenter les livres existants dans le monde entier, qu’il s’agisse de livres à valeur éducative ou de romans, Google Maps présente des informations d’ordre cartographique… En bref, il n’y a pas de discrimination du type d’information à présenter, une chose qui est clairement différente sur Wikipédia. Rappelons par ailleurs que Google avait tenté d’entrer en concurrence avec Wikipédia dans le domaine de l’encyclopédisme collaboratif par le biais de son projet Knol, lancé en juillet 2008 et qui fut fermé en mai 2012, faute d’une participation et d’une consultation compétitive.

L’objectif de Wikipédia, et même de l’ensemble des projets de la Wikimedia Foundation, est de créer un lieu de diffusion libre du savoir et de la culture. La grande nuance entre les projets de la Wikimedia Foundation et Google est la discrimination des types d’informations présentés ; là où Google ne discrimine pas ou peu, la Wikimedia Foundation est principalement axée sur la culture et l’éducation avec Wikipédia (encyclopédie), Wikibooks (livres à valeur éducative et didactique), Wikisource (bibliothèque d’œuvres dans le domaine public ou sous licence libre), Wikinews (actualités), Wikidata (base de données), Wikiversité (cours et exercices), Wikiquote (citations), Wiktionnaire (dictionnaire), Wikispecies (inventaire du vivant) et, la seule exception à l’objectif commun des projets, Wikivoyage (guide de voyage). C’est bien là la grande nuance entre Google qui cherche à concerner tous les modes possibles d’information et les projets de la Wikimedia Foundation qui cherchent avant tout à avoir une valeur culturelle et éducative.

Scan des pages 4 et 5 d'un manuel de géométrie de 1900

Scan d’un manuel de géométrie datant de 1900 présent sur Wikisource, une oeuvre dans le domaine public consultable librement via Internet (H. BOS, DP)

Au-delà des objectifs, Google et Wikipédia divergent aussi beaucoup par leur modèle économique, leur modèle de participation, mais également par leur rapport avec la vie privée sur Internet. Ce seront les sujets de la suite de ce billet.

Sources

  • Oxyneo, Pourquoi Wikipédia est-il si bien référencé en SEO ?
  • Ijsbrand van Veelen, Le Monde selon Google, documentaire sur le fonctionnement de Google et de ses applications, Planète, 2006.
  • Ben Lewis, Le Livre selon Google, documentaire sur l’influence et le programme de Google de numérisation des livres (Google Books), Arte, 2012.

Une licence libre payante peut-elle être présente sur Commons ?

Le 26 mars dernier, est apparu sur Commons une licence très personnelle créée par l’utilisateur francophone JÄNNICK Jérémy, principalement connu sur Wikipédia pour ses contributions de qualité sur le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais et également connu pour le contributeur ayant importé le plus de fichiers sur Commons. Cette licence, nommée JÄHNICK 1.0 (retirée le 8 avril suite à des discussions internes sur Commons), se veut être une licence libre, mais présente la particularité que l’auteur exige une rémunération contre la réutilisation de ses œuvres.

Une licence libre peut-elle être payante ?

Techniquement oui. D’après GNU, une licence libre peut tout à fait être payante (c’est sur ce billet que Jérémy s’appuie pour justifier le choix de sa licence) ; l’organisation encourage même la réutilisation commerciale des œuvres sous licence libre. J’entrevois déjà un premier décalage entre le billet de GNU et l’interprétation que Jérémy en fait ; en effet, la GNU encourage la réutilisation commerciale des œuvres, autrement dit, ce billet semble plus s’adresser à ceux qui vont réutiliser les œuvres qu’aux auteurs des œuvres eux-même. On note dans ce billet que la GNU n’encourage pas les auteurs à vendre, mais ceux qui réutilisent, dans l’espoir que ces derniers reverseront une partie de leurs bénéfices à la communauté de GNU ; doux rêve naïf dans ce monde où l’égoïsme financier est roi chez ceux qui font de la vente en masse, j’imagine mal une grande société de revente reverser une partie des bénéfices qu’elle a contractée grâce à la vente d’œuvres sous licence libre aux auteurs et/ou communautés à l’origine des œuvres.

Diagramme représentant la classification des licences d'exploitation d'une oeuvre et leurs relations

Classification des différentes licences d’exploitation d’une œuvre (Psychoslave, Wikimedia Commons, Licence Art Libre)

Jérémy a parfaitement le droit de demander une rétribution en échange de ses œuvres, faire un tel nombre de photos demande un certain investissement qui tôt ou tard doit être amorti si le coût est trop important. Juridiquement parlant et sur un certain plan idéologique, il est dans son plein droit. Il reste cependant que Jérémy me semble être une exception en la matière, car il est le seul auteur à ma connaissance d’œuvres sous licence libre qui exige une rétribution en échange de la réutilisation de ses photos.

La licence JÄHNICK 1.0, une licence vraiment libre ?

Techniquement, la licence JÄHNICK 1.0 est une licence, car elle rentre dans les trois critères fondamentaux qui caractérisent les licences libres : la libre réutilisation, la libre modification et la libre diffusion. Cependant, cette licence est plus une sorte de licence semi-libre, comme la CC-BY-SA-NC, car elle exerce une contrainte sur l’acquéreur de l’œuvre : celui de payer. Bien sûr, les licences libres au sens strict autorisent la libre réutilisation et diffusion des œuvres à des fins commerciales, mais généralement, ce sont les réutilisateurs secondaires qui sont les payeurs, tandis que le réutilisateur primaire (celui qui vend), a acquis l’œuvre sans débourser le moindre centime. Ces licences offrent aussi la possibilité au réutilisateur secondaire d’obtenir l’œuvre directement sans payer, devenant de fait un réutilisateur primaire. La licence de Jérémy diffère de ce point par le fait qu’elle oblige tout réutilisateur primaire à payer pour obtenir les droits patrimoniaux sur l’oeuvre, chose qui ne se voit dans aucune autre licence libre.

Cette obligation de débourser pour obtenir l’œuvre réduit le champ de liberté de l’utilisateur, car une contrainte est exercée sur lui pour obtenir les droits sur l’œuvre, alors que les autres licences libres n’exercent aucune autre contrainte que les contraintes fondamentales du droit d’auteur (la paternité). À ce titre, la licence JÄHNICK 1.0 n’est pas une licence libre, mais une licence semi-libre. Bien que les réutilisateurs aient la même marge de manœuvre que pour une licence libre au niveau de la diffusion et de la modification, il y a un changement au niveau du mode d’acquisition. Vous pouvez me dire que l’acquéreur est libre de prendre cette œuvre ou non, mais je pense qu’il serait plus exact qu’il est libre de ne pas choisir l’œuvre, car elle est payante. Cette situation peut-être comparée à celle des autoroutes en France ; techniquement, nous sommes libres d’emprunter l’autoroute si nous le voulons ou non, mais vu que 80 % des autoroutes françaises sont accessibles via un péage, nous sommes plus libres de choisir de ne pas emprunter l’autoroute, du fait de son accès payant.

Vue sur le péage de Montesson sur l'autoroute française A14

Libre d’accéder à l’œuvre à condition de payer ? Voici les licences libres péages (Henry SALOMÉ, Wikimedia Commons, CC-BY-SA 3.0).

Une licence payante est-elle compatible avec Commons ?

Comme je l’ai déjà dit, Jérémy, en tant qu’auteur, est libre de choisir le mode de diffusion de ses œuvres, et il n’y a pas à le blâmer sur ce sujet. En revanche, il est plus condamnable de le voir tenter d’imposer une telle licence restrictive sur Commons, dont l’objectif est de publier des contenus multimédias éducatifs et culturels sous licence libre. D’autant que se pose le grand paradoxe : les contenus de Commons peuvent être importés sur n’importe quel wiki de la WMF, cela signifie que les contributeurs de toute page des projets de la Wikimedia Foundation contenant des images de Jérémy JÄNNICK devront payer à l’auteur pour avoir l’autorisation d’utiliser ces images ? Encore pire, les pages relatives au bassin minier du Nord-Pas-de-Calais sont essentiellement illustrées par des images de Jérémy ; si les autres contributeurs modifient ces pages, ils deviennent auteurs des versions de ces articles et devront donc aussi payer le droit d’utiliser les images de Jérémy dans leurs versions de ces pages ; à ce titre, on penche dangereusement vers la « privatisation » de certaines pages à un seul auteur qui détient l’exclusivité sur l’utilisation de ses œuvres dans ces pages, ce qui va à l’encontre du principe de collaboration et de libre modification du contenu des projets de la Wikimedia Foundation.

Par ailleurs, cette obligation de payer le droit de réutiliser une image est-elle vraiment en accord avec les principes de Commons quand on sait que les licences semi-libres comme la CC-NC (pas de réutilisation commerciale) ou la CC-ND (pas de travail dérivé) sont très rarement acceptées ? Une grande discussion de fond doit être engagée à ce propos, car il n’existe à ma connaissance sur Commons aucune licence personnelle où l’auteur décide de s’arroger certains droits supplémentaires. Cependant, après plusieurs discussions sur Commons (bistro et village pump), Jérémy a retiré cette licence. J’appuie ce que disait Jean-Fred, il est vrai que le financement pour participer à plein temps aux projets de la Wikimedia Foundation est une question ouverte sur laquelle il faut débattre, mais ce type de licence semi-libre sont une très mauvaise réponse en contradiction avec nos valeurs.

Pour conclure, non les licences libres payantes n’ont pas leur place sur Commons. Mais si jamais Jérémy me lit, je peux lui dire que la méthode de dons qu’il adopte est déjà un premier pas, mais que s’il souhaite tenter l’expérience de cette licence, il serait mieux qu’il le fasse sur un site web indépendant ; cela risque de faire un peu doublon avec Commons, mais le but de Commons n’est pas non plus de servir d’hébergeur d’images pour les particuliers, contrairement à Flickr, mais d’être une base multimédia libre pour tous.

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