Développons le système Wikimedia

L’un des grands défauts de notre société, c’est de se focaliser sur un point précis d’un système bien plus vaste qui devrait être considéré dans son intégralité. Le système wikimédien n’échappe pas à cette règle avec une fixation des médias et des gens sur le projet Wikipédia, en oubliant les projets-frères de l’encyclopédie libre hébergés par la Wikimedia Foundation. Si certains projets montrent une activité honorable et disposent d’une relative visibilité, d’autres sont totalement dans l’ombre.

Le système Wikimedia

Le système Wikimedia est composé de 15 sites hébergés par la Wikimedia Foundation à fonctionnement ouvert et collaboratif utilisant la technologie du wiki. On y trouve 11 sites collaboratifs totalement ouverts à vocation culturelle et éducative :

À ces sites, s’ajoutent 4 autres sites qui sont des supports techniques et communautaires des 11 précédents. Il s’agit de :

  • Incubateur Wikimedia (création de nouvelles versions linguistiques de projets Wikimedia)
  • MediaWiki (logiciel utilisé par les projets Wikimedia)
  • Méta-Wiki (coordination communautaire des projets)
  • Wikimania (rencontre internationale de la communauté wikimedienne)
Famille des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets web participatifs et citoyens à vocation éducative et culturelle (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Malgré sa diversité, ce système souffre de l’hyper-exposition de Wikipédia par rapport aux autres projets (seuls Wikimedia Commons, Wikisource et Wiktionnaire disposent d’un droit de citation dans quelques médias). Ainsi, il n’est pas courant de voir des images reprises dans d’autres sites avec la mention Copyright : Wikipédia, doublement fausse, car les images sont généralement sur Commons et Wikipédia n’est auteur d’aucune image. Actuellement, le potentiel culturel et éducatif des projets de la Wikimedia Foundation est largement sous-exploité, car on reporte beaucoup de choses en relation avec la sphère wikimedienne à Wikipédia ; un rapport de force qui doit être modifié.

Reconsidérer Wikipédia comme une encyclopédie…

Au regard de la plupart des gens, Wikipédia n’est pas considérée comme une encyclopédie, mais plutôt comme un site fourre-tout où l’on peut trouver n’importe quelle information sur n’importe quel sujet (une espèce de Google avec plus de texte). L’important pour les gens (et aussi pour certains contributeurs) n’est pas de trouver sur Wikipédia du savoir et de la connaissance, mais de l’information de n’importe quelle nature ou presque (à rappeler que le but initial de Google est de permettre la diffusion globale de l’information, bien différent de celui de Wikipédia). De fait, l’encyclopédie libre en ligne est surexposée et est sollicitée pour des sujets sur lesquels elle n’a pas théoriquement à intervenir. Ce que les gens savent moins, c’est qu’il existe d’autres projets appartenant au système Wikimedia qui pourraient répondre à leurs besoins.

…et rediriger les sujets non-encyclopédiques vers les projets adaptés

Un chapeau d'étudiant

Wikipédia n’est pas un site d’éducation et a des limites dans la définition de son contenu (CC0, Open Clip Art Library)

Je tombe régulièrement sur des articles dont le style ressemble plus à celui d’un cours universitaire qu’à celui d’un article encyclopédique. Il y a en effet certains contributeurs qui veulent faire partager leur savoir, mais c’est un savoir qu’ils tiennent de leurs cours. En dehors du problème de sources, certains de ces contributeurs se veulent plus pédagogiques dans leurs écrits… sauf que Wikipédia n’est pas là pour héberger des contenus pédagogiques. En revanche, le projet Wikiversité est bien plus adapté à ce type de contenu.

Certains articles extrêmement courts ont pour seule vocation d’être des définitions d’une ou deux lignes. Quelques contributeurs s’en font une spécialité et créent à la chaîne des dizaines d’articles d’une ligne peu améliorables, car il s’agit de terme et non de sujet encyclopédique. Dans un tel cas, ces contenus sont à rediriger vers le Wiktionnaire. Dans la même idée, certains articles sur des œuvres contiennent des très grands passages à titre d’exemple ou encore des paroles de chansons, des types de contenus à rediriger vers Wikisource.

Sujet plus difficile à aborder : l’actualité. Sans reparler des différences entre encyclopédisme et actualité, chose que je pense avoir suffisamment abordé, il existe tout de même de nombreux articles créés sur des sujets d’actualités en somme assez mineurs au regard de l’Histoire. Il est certes plus difficile d’évaluer la portée réelle d’un sujet d’actualité à l’époque des médias de masses perroquets, mais il n’empêche que certains sujets ne méritent pas d’être traités sur Wikipédia, mais sur Wikinews.

Revaloriser la nature des projets

Pourquoi Wikipédia devient-il une sorte d’aimant qui attire toute contribution d’ordre culturel ou éducatif ? À cause de sa notoriété et de sa forte visibilité sur les moteurs de recherche. Le problème est que certaines personnes contribuent à Wikipédia pour être sûrs que ce qu’ils ont écrit sera lu par quelqu’un, vu le bon référencement du site. Le vrai problème est que la plupart des projets de la Wikimedia Foundation sont dévalués par rapport à Wikipédia. Pour développer le système Wikimedia, il faut revaloriser la nature de ces projets et montrer aux gens que Wikipédia n’est pas le grand projet auquel sont subordonnés toute une panoplie de projets. Dans le système Wikimedia, Wikipédia est une planète comme une autre qui orbite autour d’un noyau, comme tous les autres projets Wikimedia.

Revaloriser ces projets, c’est montrer leur existence, montrer que Wikipédia est une encyclopédie et qu’elle n’a pas vocation à absorber à l’infini toute sorte d’information de n’importe quel ordre et qu’il existe un ensemble de projets précis qui peuvent répondre aux besoins et aux désirs de chacun. Les chapters organisent des partenariats avec des institutions pour améliorer Wikipédia, ainsi que pour améliorer les autres projets Wikimedia et il faut continuer dans ce sens. C’est en médiatisant ce genre de partenariats que le public verra que Wikipédia n’est qu’une partie d’un ensemble bien plus vaste qui mérite toute notre attention : le système Wikimedia.

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La pensée : cette spécificité humaine sans propriétaire

Note : ce billet est en prolongement des dernières publications mes collègues blogueurs Calimaq et Désert de sel à propos du domaine public et de la propriété intellectuelle, dont je conseille vivement la lecture : Propriété et Propriété Intellectuelle : la liberté d’agir contre la liberté d’interdire (Désert de sel) et Apollinaire et le domaine public : pourquoi il FAUT que ça change ! (Calimaq).

Un point qui a attiré mon attention dans les billets de Calimaq et de Désert de sel est ce fait qu’ils ont communément exprimé et auquel je souscris entièrement : la propriété intellectuelle, élevée comme un droit à la propriété d’une œuvre au même titre que le droit à la propriété d’un objet, est une aberration de part son caractère répressif et sa capacité à accorder à un auteur et à ses descendants une exclusivité sur le fruit de ses pensées, c’est-à-dire ses œuvres. Beaucoup de gens semblent oublier, ou du-moins n’arrivent pas à concevoir, que l’esprit humain dispose d’une capacité de création quasi-illimitée et que ce caractère fait que la pensée humaine est à la fois unique, mais aussi universelle.

Sculpture du Penseur de Rodin dans le jardin du musée Rodin à Paris

Le Penseur, une représentation de la pensée par la pensée de Rodin (Geolina163, CC-BY-SA 3.0)

La pensée : caractère universel de l’Humanité

L’Homme est doué de plusieurs caractères qui le différencient des autres espèces animales, l’un de ces caractères fondamentaux est la pensée. Dans les tréfonds de notre esprit, la pensée est ce qui nous permet de nous forger un avis sur un sujet donné et de faire preuve de réflexion face à une problématique en confrontant les différentes variables à notre disposition afin d’en tirer des conclusions. Notre imagination nous permet de créer une infinité de choses et de concepts, mais c’est grâce à la pensée que nous pouvons organiser ces idées et les présenter sous forme d’œuvre culturelle. Et c’est parce qu’elle est le fruit de la pensée humaine, que la culture est l’âme de l’Humanité et son identité face à l’Univers.

Tous les hommes pensent autant qu’ils respirent, c’est un fait indéniable, car c’est la pensée qui nous permet d’être conscient et d’exister en tant qu’individu (c’est le célèbre Cogito ergo sum de Descartes) Par cela, la pensée est un caractère universel de l’Humanité, comme de nombreuses autres spécificités de notre espèce. Si le caractère est universel, chaque individu a une pensée qui lui est propre et dont le développement dépend de nombreux facteurs environnementaux.

Une pensée est unique, mais la pensée est universelle

Représentation de la chaîne en double hélice de l'ADN

Le physique de l’Homme dépend de l’ADN, tandis que sa conscience d’être dépend de la pensée (brian0918, DP)

La logique est relativement simple : la pensée est un bien immatériel qui caractérise tous les êtres humains au même titre que l’ADN ; nul ne pourrait s’en déclarer propriétaire (quelqu’un s’est-il déjà déclaré propriétaire de l’ADN ?). Nous héritons du génome de nos parents par des processus purement biologiques, mais nous héritons d’une pensée par des processus sociologiques et culturels. Comme beaucoup de choses, la pensée d’un être humain à la naissance est la même pour tous avec des capacités potentiellement infinies. Au même titre que la maîtrise de notre environnement et l’exploitation entière de nos sens, notre pensée est développée par le milieu social, culturel et éducatif dans lequel nous nous trouvons. Pour prendre le cas de la France, l’un des buts de l’école est d’inculquer les valeurs républicaines à la jeunesse française, ce qui revient à lui transmettre une pensée. Plus que permettre d’avoir des compétences dans des domaines considérés, l’école est sensée transmettre aux jeunes une philosophie qui doit être pour eux moteur de réflexion.

Il existe de nombreux autres cas de transmission de la pensée et cela prendrait de nombreuses lignes pour tous les énumérer. Que remarque t-on cependant ? Que dans notre jeunesse, nous héritons de la pensée de nos ancêtres par le biais de la culture et qu’elle nous est transmise par le biais de l’enseignement. Et après ? La logique veut que nous soyons capables de penser et de raisonner par nous-même pour ainsi forger notre propre pensée. Ainsi, à partir de la pensée universelle, nous pouvons nous créer notre pensée individuelle. À partir de là, peut-on considérer que la pensée de chaque individu est unique ? En un certain sens oui. Même si le risque existe, il est fort peut probable que deux personnes aient exactement en tous points la même pensée. La pensée est un peu une sorte de second ADN, c’est elle qui fait de nous des êtres humains (unicité), mais c’est aussi elle qui nous individualise (diversité).

Personne n’est propriétaire d’une pensée

Représentation de la réflexion

Les échanges humains permettent à la pensée d’évoluer par le biais de la réflexion (Filosofias filosoficas, CC-BY-SA 3.0)

Cette affirmation pourrait être contradictoire avec le paragraphe précédent qui souligne qu’une pensée individuelle est unique ; en réalité, elle ne l’est pas. Tout comme l’ADN, la pensée n’est pas immuable, certains facteurs peuvent la faire évoluer (bien que l’ADN soit moins mouvant que la pensée). Parmi les principaux facteurs qui forgent, mais qui font également évoluer, notre pensée, on trouve les échanges avec les autres êtres humains (qu’ils soient sociaux, culturels…). À quoi est due cette évolution ? À la confrontation de notre pensée avec des pensées différentes, ce qui peut amener à une nouvelle réflexion, et donc à une nouvelle pensée. C’est ceci qui fait que la pensée, bien qu’individuelle et unique, est universelle, car elle est destinée à être diffusée publiquement aux autres êtres humains.

C’est de ce caractère de diffusion de la pensée qui est évoqué par Le Chapelier en 1791 lorsqu’il évoque le droit d’auteur : « Lorsqu’un auteur fait imprimer un ouvrage ou représenter une pièce, il les livre au public, qui s’en empare quand ils sont bons, qui les lit, qui les apprend, qui les répète, qui s’en pénètre et qui en fait sa propriété. ». L’œuvre culturelle est une expression de la pensée humaine ; peu importe la finalité que l’on peut lui porter derrière, ce qui est important c’est qu’elle soit le fruit de la pensée de son auteur qui la destine à être diffusée. Par cet acte, l’auteur permet à d’autres hommes d’être confrontés à sa pensée et d’engager derrière une réflexion face au nouveau paramètre qu’est l’œuvre culturelle ; car si la culture a un but, c’est bien celui-ci : forger, diffuser et échanger les pensées humaines. Un auteur trouve toujours son inspiration quelque part, car il a confronté son imagination et ses idées avec la pensée de quelqu’un d’autre, ce qui a amené à la création d’une pensée nouvelle qu’il exprime dès lors dans son œuvre.

Que devient la propriété intellectuelle dans tout ça ? Elle ne doit être qu’une seule chose : assurer les échanges de pensées, tout en assurant le respect pour l’auteur d’une pensée. Tout comme l’ADN, la pensée est unique et doit être assimilée à un seul individu ; celui qui tenterai de faire passer la pensée d’un autre pour sienne ne serait ni plus ni moins qu’un OGM intellectuel.

Comment les actualités et la culture de la décadence s’insèrent dans la culture encyclopédique

Ce billet est un prolongement de mon essai du 15 mai 2013 sur la révolution culturelle du XXIe siècle. J’ai souvent montré que les gens ne savent pas réellement ce qu’est Wikipédia et une encyclopédie en général, car ils ne font pas la différence entre le savoir et l’information brute. Le modèle de Wikipédia fait qu’un certain nombre d’articles sont présents alors qu’ils ne sont pas encyclopédiques, mais ils ne relèvent que de l’actualité ou du buzz, tendant le niveau des articles de l’encyclopédie vers le bas.

L’actualité n’est pas l’encyclopédisme

Qu’est-ce qui fait le caractère encyclopédique d’un article sur Wikipédia ? C’est une question qui a plusieurs réponses, car l’appréciation des gens vis-à-vis de l’encyclopédisme est variable et leurs critères avec. Cette question est au cœur de l’affrontement permanent entre les inclusionnistes et les suppressionistes qui se caractérise avec une grande virulence avec de l’intolérance de la part de certains contributeurs qui peut être qualifiée, pour une partie d’entre eux, de fanatisme. Comment différencier un article d’actualité d’un article encyclopédique sur Wikipédia ? Par ses sources pardi ! Les articles traitant de sujet d’actualités auront entre 75 et 100 % de leurs informations traités par les médias du monde, tandis que les articles encyclopédiques auront une large proportion de leurs sources constituées de livres et d’analyses rédigées par des organismes reconnus ou des spécialistes.

Les articles liés à des événements d’actualités ont-ils leur place sur une encyclopédie ? Si on suit les définitions d’encyclopédie et de savoir, non. L’actualité ne contient par définition aucun savoir, aucune information analysée, mais uniquement des informations brutes prises sur le terrain. La bataille classique lors des procédures de pages à supprimer de ce type d’article est les inclusionnistes qui prônent la conservation parce que de nombreuses sources notables et de qualité (des médias, pas des universitaires) sont présentes, tandis que les suppressionistes prônent la suppression, car rien ne prouve que l’événement marquera l’histoire, ce à quoi les inclusionnistes prétendent le contraire, se présentant sans l’assumer des astrologues, une pseudo-science dépourvue de toute logique rationnelle.

Ces mêmes personnes argumentent que les articles doivent être conservés sur Wikipédia, car cela permet de construire au jour le jour sans rien louper au niveau des sources, ce qui ne serait pas possible si on attendait. Cet argument est caduque pour deux motifs : d’abord, Wikinews peut se charger de se travail de conservation des sources et de l’organisation des événements au fur et mesure, vu qu’il s’agit d’un site d’actualité ; ensuite, si un événement marque bien l’histoire, il sera repris et analysé par des chercheurs et autres experts qui produiront des sources encyclopédiques valables et qui relèveront bien du savoir. Et comme on le dit, il n’y a aucune urgence sur Wikipédia et cela concerne aussi bien l’amélioration que la création des articles. Cependant, si l’actualité est aussi populaire, c’est parce que les sources sont nombreuses et facilement à portée de main et que la rédaction de tels articles est relativement facile et à portée de n’importe qui ; mais les gens semblent oublier que le travail d’encyclopédiste n’est pas facile.

En revanche, certains articles d’actualité sont admissibles de facto, comme par exemple les opérations militaires ou les grands événements, telles les révolutions. Ces articles sont ce que l’on pourrait nommer une exception à l’actualité ; la rédaction de ces articles se fait avec des médias d’actualité comme source, mais doit tendre avec le temps par le remplacement de ces sources non-encyclopédiques par des sources secondaires encyclopédiques.

Vue d'un mirage 2000D au-dessus de l'Afrique pendant l'opération Serval

Des articles sur des événements comme l’opération Serval au Mali, en 2013, peuvent être des exceptions à l’actualité (Captain Jason Smith, USAF ; Domaine public)

Quand la culture de la décadence s’insère dans la culture encyclopédique

Un autre grand danger qui menace l’intégrité encyclopédique de Wikipédia est l’insertion de la culture de la décadence dans l’espace encyclopédique. Les récentes PàS sur des « articles » à propos de starlettes de la télévision que je ne nommerai pas montrent que la communauté ne veut pas que cette culture qui se base sur le buzz et le crétinisme des fans pour exister tente ses passages en force sur l’encyclopédie, afin de se donner une plus grande visibilité. Ce type de PàS montre que les fans tentent des opérations de lobbying en lançant des appels sur les réseaux sociaux à « voter » pour la conservation de l’article ; cependant, le fonctionnement des PàS permet de ne pas tenir compte des avis des contributeurs sous IP ou des comptes n’ayant pas effectués plus de 50 contributions dans l’espace encyclopédie au moment du lancement de la PàS, rendant ce type d’opérations inefficace. D’autant que ces opérations ont une certaine tendance à faire pencher les avis vers la suppression de l’article, la communauté n’appréciant pas les passages en force de point de vue et les opérations de lobbying.

Malheureusement, une partie de cette culture de la décadence arrive à avoir une notoriété suffisante pour être insérée dans l’encyclopédie ; n’oublions qu’elle fait partie de la culture actuelle. La présence de ces articles est devenue le nouveau fer de lance de ceux qui veulent démontrer que Wikipédia n’est pas une encyclopédie, en usant comme toujours d’arguments aussi stupides que contradictoires. Par ailleurs, il existe toujours cet amalgame entre la culture actuelle et la culture de la décadence qui n’en qu’un de ses aspects ; on le retrouve entre-autres dans certains avis de la procédure d’Article de qualité pour l’article Pikachu en novembre-décembre 2012. Mais ces personnes oublient que la culture actuelle a une valeur équivalente à celle de nos aïeuls, ceux qui le nient sont des conservateurs élitistes qui refusent la révolution culturelle du XXIe siècle et qui sont des nostalgiques de l’ancien temps avec l’habituel refrain « C’était mieux avant ».

Le problème du manque de spécialistes

Le traitement de la culture actuelle et de la culture scientifique est plus important que celui de la culture ancienne sur Wikipédia. Ce fait est notable et sert d’argument fielleux aux élitistes qui veulent démolir cette encyclopédie qui a remit en cause leur pouvoir. Mais Wikipédia est rédigée par monsieur tout-le-monde et la communauté est le reflet de notre société qui est tournée vers sa propre culture (logique) et vers les sciences ; l’Histoire passionne moins de gens, ce qui explique donc son traitement plus défavorisé sur l’encyclopédie et augmente les risques de manipulation par des fanatiques, des négationnistes et autres fléaux qui veulent réécrire l’Histoire à leur sauce.

Ce fait est aussi symptomatique du manque de spécialistes dans la participation à Wikipédia. La plupart des sujets pointus sont peu ou pas traités, car trop spécifiques pour que le débutant ou l’amateur puisse avoir la connaissance et les sources pour les traiter. J’ai expliqué il y a quelques mois pourquoi nous manquions d’experts et comment y remédier. Mais il sera toujours difficile pour certains spécialistes de contribuer à Wikipédia, car ceux-ci estiment avoir une relative supériorité sur les autres pour modifier les articles liés à leur spécialité et veulent travailler selon leur manière de voir. Le problème est que les comportements individualistes qui conduisent à l’intolérance et à la fermeture d’esprit restent rarement sur un projet comme Wikipédia qui est basé sur la collaboration.

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Le libre accès au savoir : un droit fondamental de l’Humanité

Le savoir. Chose à la fois immatérielle et réelle que l’Humanité détient. Il est ce qui la caractérise et ce qui fait son unicité et sa diversité. Le savoir est créé par l’Homme, détenu par l’Homme et partagé par l’Homme ; le savoir n’a nulle autre valeur que celle d’être partagé sans contre-partie. C’est bien là le problème du monde actuel, où les lois marchandes et des organismes illégitimes et criminels décrètent que tout s’achète, tout se vend et que celui qui ne comprend pas ou combat ce système doit être brisé sans remords. Un système où l’Humanité ne compte pas, où le savoir se vend et est détenu par une élite qui veut bien le partager moyennant finance de la part de celui qui le réclame : un véritable crime contre l’Humanité.

Le savoir n’est pas destiné et détenu par les seules élites

Lorsqu’on lit que le directeur de la BNF justifie devant l’Assemblée Nationale le refus de numériser pendant 10 ans plusieurs centaines d’ouvrages au seul prétexte qu’ils n’intéresseraient que les chercheurs, nous avons le témoignage d’une élite rétrograde qui sait qu’elle détient le savoir et qui décide ce que le public a le droit de savoir ou d’ignorer. « Le savoir c’est le pouvoir » ; c’est sur ce principe qu’ont tenus les gouvernements successifs du monde de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, ceux qui savent ont la légitimité pour commander, la légitimité pour parler et la légitimité pour transmettre ce qu’elle veut transmettre. Le monde actuel est aujourd’hui bouleversé par la chute de ce principe qui a réussi à se maintenir jusqu’à la démocratisation d’Internet.

Fer de lance de cette révolution, Wikipédia a beau avoir ses défauts et être perfectible, il n’en reste pas moins que les principes qu’elle a lancés ont permis au savoir d’échapper au contrôle de ces élites qui détenaient le savoir et le distribuait selon leur bon plaisir. Il ne faut guère s’étonner que les grands combattants de la première encyclopédie en ligne mondiale appartiennent à cette élite qui voit son contrôle sur le savoir s’envoler comme des grains de sable dans le vent ; qui n’a jamais eu peur de perdre ses privilèges et de crier au scandale lorsqu’il les perd ?

L’accès au savoir doit être libre

Qu’est-ce que le libre accès au savoir ? Tout simplement pouvoir accéder au savoir de la manière dont on le désir, quand nous le désirons et dans la quantité que nous le désirons. Le savoir n’a aucune valeur marchande et nul humain ne doit payer pour y avoir accès, tout comme celui qui transmet son savoir à une personne ne doit pas lui demander une rétribution en retour, commettant dans le cas contraire un acte purement immoral. Les licences libres permettent cette diffusion du savoir à l’Humanité sans restrictions et sans contreparties financières.

Cependant, le choix de la licence CC-BY-SA par Wikipédia est très discutable du fait qu’il autorise la réutilisation à des fins marchandes, autorisant des personnes malveillantes à réutiliser le contenu de l’encyclopédie à des seules fins financières. On argumente souvent que cela permet la diffusion par la vente de livres, de disques ou de supports autres qu’Internet, ce qu’une licence comme la CC-BY-SA-NC n’autoriserai pas. Le terme d' »utilisation commerciale » dépend assez souvent du point de vue ; mais on peut considérer que si une personne achète un CD, y grave le contenu de l’encyclopédie et donne le CD à une autre personne en ne lui faisant payer que le prix du CD, cette personne n’a pas fait d’acte commercial, car elle n’a pas gagné d’argent ; l’acheteur a acheté le support (le CD), mais pas le contenu (l’encyclopédie). Cet exemple rentre dans les conditions de la CC-BY-SA-NC, car l’acheteur n’a pas payé pour le contenu. Nous sommes dans le même cas qu’un internaute qui consulte Wikipédia par le web, il paye le support (l’ordinateur + l’abonnement à Internet), mais ne paye pas l’accès au site et à son contenu.

Par conséquence, un savoir où l’échange se fait par simple achat du support est parfaitement moral et libre, car l’acquéreur n’a pas payé pour obtenir le savoir. On pourrait répliquer à cet exemple que ce n’est pas entièrement libre, car cette personne a tout de même payée pour le support, mais la transmission libre du savoir à 100 % ne peut exister que sous une seule forme : la transmission orale qui présente l’inconvénient de voir le savoir déformé au fil du temps. Un savoir fiable sur le long terme nécessitera toujours des frais, mais l’objectif est de réduire autant que possible les frais pour l’acquéreur de faire en sorte qu’il ne verse jamais le moindre centime pour le savoir en lui-même.

Le savoir ne doit pas être contrôlé

Un savoir libre est également un savoir qui n’est contrôlé d’aucune manière, que ce soit pendant sa rédaction ou sa diffusion. Les encyclopédies sont d’excellents vecteurs de diffusion du savoir, car l’être humain peut avoir accès à l’intégralité du savoir de manière organisée et complète. Là où Wikipédia prouve l’indépendance du savoir est le principe de neutralité de point de vue qui permet la diffusion de plusieurs points de vue sur un même sujet, permettant au lecteur d’avoir accès à un savoir complet sur lequel il peut se faire son propre avis. C’est aussi pour cela que les élites critiquent de manière virulente Wikipédia, c’est parce qu’elle offre à ses lecteurs l’intégralité du savoir, même celui qui ne doit pas être transmis, car hérétique pour la pensée très orthodoxe de ces élites. Par leurs critiques, elles expriment aussi leur frustration ne n’avoir pu contrôlé le savoir sur cette encyclopédie et d’avoir arrangé le contenu selon leur volonté, dans leur seul intérêt idéologique et/ou personnel.

Bien entendu, toutes les élites ne sont pas anti-Wikipédia et certaines personnes acceptent aujourd’hui de travailler et de voir leur travail dans une même publication que les gens qui ne sont pas de leur rang. Ces personnes auxquelles on peut rendre hommage souffrent cependant du mépris qu’émettent certains non-experts, expliquant en grande partie la fuite de ces experts dont la participation reste nécessaire à l’encyclopédie. Il serait utopique de penser que le fanatisme n’existe pas des deux côtés et que seul l’une des deux parties est en tort. La véritable encyclopédie est celle qui transmettra un savoir émis par l’Humanité toute entière, ce qui inclut ces élites et ceux qui n’en font pas partie.

Une chose que l’on ne peut pas reprocher à ces élites est leur franchise, car ils admettent eux-mêmes que le savoir n’est plus contrôlé, alors qu’il l’était avant. Elles émettent directement leur panique face à leur perte de pouvoir sur les masses, à la fin de leur monopole et à la fin de leur business. Le peuple, cet amas de bouseux ignorants qui devraient penser comme ils le veulent, se révolte et décide par lui-même de construire lui-même et de transmettre lui-même le savoir, dont celui dont il a été privé durant des siècles.

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Wine : l’ami de l’étudiant libre

Logo de Wine

Logo de Wine (TotoBaggins, licence GNU 1.2 et CC-BY-SA 3.0)

La plupart des logiciels spécialisés que nous utilisons quand nous sommes étudiants sont des logiciels conçus pour Windows avec l’extension .exe. Un problème vous pourriez dire pour une personne comme moi qui utilise Linux, mais c’est un problème qui se contourne facilement avec un logiciel nommé Wine.

Qu’est-ce que Wine ?

Wine est un logiciel libre, publié sous licence LGPL, permettant d’exécuter des programmes Windows sous d’autres systèmes d’exploitation, comme Linux ou Mac/OS. En grande partie conçu par une communauté de bénévoles (environ 50 % du code), une partie de son code est fourni et soutenu par des intérêts commerciaaux. Toujours en cours de développement (version actuelle stable : 1.4.1), il peut soutenir la plupart des programmes Windows ; le développement de Wine est l’un de plus longs de tous les logiciels libres, démarré dans les années 90, le projet Wine n’a vu la version 1.0 stable du logiciel sortir qu’à la mi-2008.

Avoir Windows sur Linux

Quel est l’intérêt d’avoir Wine sur Linux pour y faire fonctionner des programmes Windows quand je vous ai dit il y a quelques temps qu’il existe de nombreux logiciels libres performants plus ou moins spécifique que les étudiants peuvent utiliser ? Parce que la plupart des logiciels spécialisés utilisés par les étudiants ne sont théoriquement utilisables que sur Windows ; Wine permet donc de pallier ce problème pour les étudiants possédant Linux comme système d’exploitation, ou même Mac/OS.

Un outil de diversification

De plus, Wine permet de diversifier ses logiciels en ayant des logiciels libres tout en possédant des logiciels propriétaires très performants. La diversification des logiciels est notamment utile pour tout amateur ou futur professionnel en informatique qui ne sera pas toujours confronté à des logiciels libres ou à Linux ; bien comprendre l’informatique c’est aussi en connaître tous les aspects, même ceux qui ne correspondent pas à nos valeurs. La diversification des logiciels permet également une diversification des tâches pouvant être effectuées sur l’ordinateur, ce qui amène à une plus grande polyvalence de nos compétences et savoirs-faire en informatique.

Maîtriser un nouvel outil en informatique nécessite de s’entraîner régulièrement pour ne pas perdre la main. Pour prendre un exemple personnel, nous avons appris en TP d’informatique l’utilisation d’un logiciel nommé TriDraw permettant de réaliser des diagrammes de classifications sédimentologiques à partir de données extraites depuis un tableur. Bien qu’extrêmement simple à installer, ce logiciel ne marche que sous Windows (fichier .exe), ce qui n’est guère possible de faire sous Linux sans avoir Wine. À partir de Wine, je peux faire fonctionner ce logiciel sur mon ordinateur et ainsi m’entraîner à l’utiliser chez moi, et non pas attendre d’être dans une salle informatique de l’UFR pour m’entraîner sous Windows.

Wine permet de s’affranchir de la barrière que constitue l’absence de Windows pour certains logiciels. Bien que Microsoft semble prendre au sérieux le potentiel de Wine et tente aujourd’hui de développer des techniques pour empêcher l’utilisation de Wine sur ses nouveaux logiciels, je pense bien que Wine est aujourd’hui la meilleure alternative qu’un utilisateur libre puisse avoir pour bénéficier des quelques avantages à avoir Windows, aussi bien pour travailler que pour… jouer :D.

En savoir plus

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