Quand l’affaire Snowden dévoile de graves carences démocratiques

L’une des grandes bases de la démocratie, c’est la transparence. Or, les révélations d’Edward Snowden à propos des différents programmes de surveillance de la NSA démontrent que même dans les pays réputés les plus démocratiques, la transparence n’est pas vraiment de mise au sein des institutions gouvernementales. Au-delà de cette problématique, de nombreux gouvernements veulent maintenant faire taire ceux qui révèlent l’ampleur de l’espionnage de la NSA et passer aussi vite que possible sur cette affaire.

Carte de l'ampleur de l'espionnage de la NSA à travers le monde

Un espionnage mondial qui dévoile le manque de démocratie dans de nombreux pays (Rezonansowy, d’après National Security Agency, CC0)

Le secret défense : cette notion invoquée à tort et à travers

Le secret-défense est une disposition bien pratique pour camoufler toutes sortes de choses qui pourraient faire ombrage à des intérêts politiques ou économiques. Certes, son existence est nécessaire pour permettre la défense des états, mais, comme tout système dont le but initial est légitime, il est confronté à de graves abus qui permettent souvent de camoufler des activités illicites de politiciens, d’institutions gouvernementales ou même d’hommes d’influence plus ou moins proches des politiques. Quelle est la doctrine prônée derrière ces pratiques ? Officiellement, qu’il est parfois nécessaire de faire quelques entorses à loi pour protéger les intérêts de la Nation, sachant que si la loi est bien faîte logiquement, il n’y a pas de réel besoin de l’enfreindre pour protéger un état. La réalité est surtout de camoufler des pratiques illicites, qui pourraient faire tomber de nombreuses têtes importantes situées au sommet des institutions étatiques, si elles étaient découvertes.

Pour le cas de la NSA et de son espionnage massif à travers le monde, le secret défense est bien sûr invoqué pour protéger ces pratiques, légales comme illégales, et l’opacité du système est telle que même les membres du Congrès américain n’y ont pas réellement accès. Or, la défense des intérêts américains est-elle vraiment l’unique but sous-jacent à ces pratiques d’espionnage ? On peut en douter, car la NSA n’a pas fait qu’espionner des pays considérés comme ennemis ou alliés des États-Unis, mais elle a également mis en place un programme d’espionnage visant aussi bien les citoyens américains que les citoyens non-américains, présents ou non sur leur territoire. Le secret défense n’était d’ailleurs pas justifié, puisque l’Electronic Frontier Foundation a réussi cet été à obtenir la déclassification de nombreux documents relatifs aux programmes d’espionnage de la NSA de ces 15 dernières années.

Le rôle des médias

Le pouvoir des médias est très important dans une démocratie (il est même considéré comme étant le quatrième pouvoir aux États-Unis, après l’exécutif, le législatif et le judiciaire). Leur rôle premier est certes d’informer les gens, mais il est aussi de permettre une réelle transparence et un débat démocratique autour de nombreux sujets touchant la société. Dans l’affaire Snowden, comme dans de nombreuses affaires conduisant à des scandales, les médias sont des vecteurs primordiaux et il est préférables que ces médias soient à peu près neutres politiquement parlant et à grand tirage. Ce n’est donc pas anodin que ce soient des journaux comme The Gardian, Der Spiegel ou Le Monde qui relayent ce type d’information.

Siège du Guardian, à Londres

The Guardian, le principal média a dévoiler les révélations d’Edward Snowden à propos de l’espionnage de la NSA (Bryantbob, CC-BY-SA 3.0)

Quand les gouvernements tentent d’étouffer l’affaire

Les justifications de tels programmes d’espionnage sont difficilement tenables et les gouvernements occidentaux qui en dépendent le savent très bien. Pour se débarrasser d’une affaire très encombrante, notamment en période électorale (les élections européennes seront en juin 2014), les différentes gouvernements concernés par cette affaire ont choisis trois axes : la peur, l’oubli et la censure (des axes que l’on retrouve bizarrement dans les états totalitaires pour se débarrasser des choses ou de personnes encombrantes).

Premier axe : la peur, il s’agit de justifier aux citoyens l’existence de systèmes d’espionnage violant leur vie privée et leur intimité en jouant sur la peur du crime et du terrorisme ; on peut résumer ce discours sous la forme suivante : « pour que vous soyez en sécurité, nous devons savoir ce que vous faîtes ». Il serait donc dans l’intérêt de la société qu’elle soit espionnée sous toutes ses coutures ; un point qui fait écho de manière très inquiétante avec 1984 de Georges Orwell.

Deuxième axe : l’oubli. Pour les gouvernements occidentaux, cette affaire est très gênante, car ils dépendent eux-mêmes beaucoup de la NSA et de ses informations, et s’indigner contre ce programme serait une totale hypocrisie pour ceux qui utilisent à leur échelle des programmes d’espionnage similaires. Pour ne pas apparaître complice auprès de l’opinion publique, ils commencent d’abord par s’indigner et à lancer des avertissements diplomatiques classiques (convocation de l’ambassadeur, discours indigné…). Ensuite, une fois que l’opinion a l’impression que leur gouvernement est de leur côté, elle doit oublier cette affaire. Pour cela, il suffit de cesser d’en parler et de faire tomber son traitement dans le mécanisme technocratique européen.

Représentation de Big Brother issu de 1984 de George Orwell

Les gouvernements nous espionnent et ce fait doit être accepté par les citoyens qui doivent rester dans l’ignorance (Frederic Guimont, licence Art libre)

Troisième et dernier axe : la censure. Il ne concerne pas tous les pays, mais essentiellement ceux dont les médias sont à l’origine de la diffusion des révélations d’Edward Snowden. Ainsi, le premier ministre britannique a menacé hier d’intervenir à l’encontre de la presse britannique (notamment The Guardian) si elle ne cessait pas de publier les documents dévoilés par Snowden. Quelles seraient ces interventions ? Des injonctions, des interdictions de publications, ou encore des « mesures plus radicales ». Il ne s’agit là ni plus, ni moins que des menaces explicites de censure, au nom de la sécurité nationale et du secret défense.

Pour conclure, l’affaire Snowden ne dévoile pas des graves carences démocratiques à cause de l’opacité et de l’illégalité des programmes d’espionnage, mais aussi parce que au nom d’un principe utilisé abusivement dans les milieux politiques, on tente de censurer les médias qui font leur travail et on tente de détourner l’opinion publique de ces préoccupations. L’un des rares points positifs que l’on peut constater, c’est que certaines œuvres d’Orwell ont connu un regain d’intérêt ; mais dans ses romans comme dans notre monde actuel, les gouvernements ont un même discours : « Big Brother is watching you ».

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Wikipédia et Google : alliés ou adversaires ? (2)

Nous avons vus il y a trois semaines que si Wikipédia était en tête des recherche de Google, ce n’était pas une question d’accord économique ou autre. Les objectifs affichés de Google et de la Wikimedia Foundation sont clairement très différents, malgré la similitude que l’on peut parfois trouver dans certains contenus. Par ailleurs, il existe encore de nombreuses nuances qui différencient profondément ces deux organisations, notamment sur le plan économique et leur relation avec la vie privée des internautes.

Deux modèles économiques aux antipodes

L’un des grands sujets de divergence entre la Wikimedia Foundation et Google est le modèle économique sur lequel repose ces organisations et les projets qui leurs sont liés. Alors que Google reste dans le modèle économique classique qui permet le fonctionnement de toute entreprise dans le monde actuel, la Wikimedia Foundation fonctionne en dehors du système économique marchand. Du côté du géant américain du web, la principale source de revenus est la publicité qui permet de faire d’énormes profits grâce à la grande fréquentation des sites Google et donc au nombre d’entreprises et organisations qui misent sur une publicité via ces sites pour attirer de nouveaux clients. D’autres sources de revenus existent comme l’accès payant à certains livres de Google Books protégés par le copyright, bien que l’argent ne revienne pas totalement à Google. Ce modèle fait que l’entreprise fonctionne selon celui qui régit toute action économique de ce monde, avec des services proposés et des profits générés par différentes sources provenant directement des clients. Par ailleurs, Google est côté en bourse (NASDAQ) et le contenu de ses sites et services est géré par ses employés.

Vue des écrans du studio du NASDAQ

Wikipédia et Google : modèle économique citoyen contre modèle économique boursier (Luis Villa del Campo, CC-BY 2.0)

Les projets de la Wikimedia Foundation fonctionnent de manière totalement différente. Sur le plan économique, ils reposent essentiellement sur des dons faits par des particuliers, des organisations ou des entreprises et ne perçoivent aucun profit lié à une publicité ou à des abonnements, inexistants sur ces sites. De ce modèle économique citoyen découle un fonctionnement transparent et citoyen des différents sites qui sont financés et gérés par les citoyens eux-mêmes, invités à participer à l’élaboration de leur contenu sans grande contrainte. Le financement par les citoyens assure également une indépendance totale de ces sites vis-à-vis d’éventuels lobbys qui pourraient sinon jouer sur le levier du financement pour influencer le contenu des projets.

Vie privée et législations

Directement issue du mouvement de la culture libre, la Wikimedia Foundation fait partie des organisations les plus intransigeantes en matière de vie privée, et ne divulgue des informations sur ses contributeurs et lecteurs que dans des cas très exceptionnels que seule la loi américaine peut contraindre. Ce point s’explique à la fois parce que la Wikimedia Foundation fait partie d’un mouvement où la vie privée sur Internet est un des principes les plus importants, mais également parce qu’elle ne dépend pas autant des données personnelles que la plupart des autres sites web. Ces-dits sites, dont fait partie Google, dépendent énormément de nos données personnelles, car elles sont pour eux des génératrices d’argent ; grâce à elles, ces entreprises peuvent cibler leur publicité en fonction des consultations des internautes et aussi utiliser ces données pour des publicités. Un point qui n’existe pas chez la Wikimedia Foundation, puisqu’elle ne dépend d’aucune publicité.

Symbole du copyright

Le copyright, point de conflit permanent entre le web et les acteurs de la culture (Masur, d’après Zscout370, Boris23, Abu badali, Kyle the hacker, Cumulus, Auralux, Waldir ; DP)

On peut penser ce que l’on veut de Google, mais il faut bien admettre qu’il s’agit d’un temple de l’innovation en matière d’outils web. Un problème souligné par un certain nombre de spécialistes est que la plupart des innovations de Google peuvent se heurter à des législations ou peuvent voir leur usage primitif détourner à des fins plus ou moins malhonnêtes, et que l’entreprise semble ne pas prendre en compte ces problématiques lorsqu’elle diffuse un nouvel outil. La politique de Google semble plus de régler les problèmes au fur et à mesure qu’ils apparaissent, ce qui peut parfois conduire à de grandes et longues batailles juridiques comme c’est le cas depuis quelques années avec Google Books qui oppose le géant du web aux plus puissantes organisations d’auteurs et d’éditeurs des États-Unis. Du côté de la Wikimedia Foundation, le respect des lois, et notamment des législations autour du droit d’auteur, est une notion importante. Mais de ce côté aussi, certains contenus peuvent se heurter à certaines législations nationales, ce qui peut mettre la Foundation en conflit relatif avec certaines organisations d’état ; conflits qui sont rapidement classés sans suite, du fait que les contenus de la Wikimedia Foundation ne dépendent strictement que du droit américain.

Influence sur le web

Les sites de la Wikimedia Foundation, et plus spécifiquement Wikipédia, ont une influence non-négligeable sur le web. Une influence qui est en grande partie due à l’excellent référencement des pages de l’encyclopédie en ligne sur les moteurs de recherche, et notamment le plus répandu en la personne de Google. Il ne s’agit pas d’une alliance ou d’un contrat contracté entre les deux structures, comme je l’ai précédemment expliqué, mais des caractéristiques techniques du site Wikipédia qui lui donnent un excellent SEO. L’influence de Wikipédia est également due à la facilité d’accès au contenu et à la richesse des informations que l’on peut y trouver, une caractéristique que l’on retrouve également chez Google. Les deux structures sont aussi connues qu’elles peuvent être controversées, mais elles partagent des objectifs à la fois semblables et différents, avec une influence sur l’accès à l’information sur le web qui est à présent très importante.

Comme Wikipédia, le succès de Google repose sur la gratuité, la richesse des informations disponibles et sur la facilité d’accès à cette information, ainsi que sur la pertinence des résultats proposés. Par ailleurs, le géant américain s’est construit un environnement d’outils qui lui est propre et qui permet à ses utilisateurs de faire différentes actions avec des outils différents dépendant d’une seule et même structure. C’est cette diversité des types d’outils qui permet à Google d’avoir le succès et l’influence qu’elle connaît aujourd’hui, bien que cela ne soit guère rassurant de savoir qu’une seule et même entreprise puisse emmagasiner toute l’information mondiale, à cause des dérives qui peuvent apparaître liée à une situation de monopole. Par ailleurs, le scandale du programme PRISM a montré que les utilisateurs de Google (et d’autres sites web influents) étaient la cible d’espionnages par les agences de renseignement américaines, violant de fait leur vie privée.

Malgré les nombreux points de divergence, Wikipédia, et même les projets de la Wikimedia Foundation en général, est-il vraiment adversaire de Google ? Répondre par l’affirmative serait très hasardeux. Certes, Google avait tenté de se mettre en concurrence avec Wikipédia par le biais de son projet d’encyclopédie collaborative Knol (fermé en 2012), mais les deux structures sont en réalité complémentaires, tout en étant en concurrence. Wikipédia et Google sont toutes deux des entrées vers la recherche d’informations sur des sujets précis, mais alors que Wikipédia présente ces informations de manière organisée sous forme d’articles encyclopédiques, Google les présente sous forme de liste de sites web organisée selon la pertinence liée à divers algorithmes.
Wikipédia et Google sont-il alliés ? Pas plus qu’ils sont adversaires. Google a certes été une rampe de lancement à Wikipédia et c’est également en partie lui qui, indirectement, lui permet de conserver sa notoriété et influence, mais la cause primitive du succès de l’encyclopédie en ligne provient de Wikipédia lui-même. On note cependant un grand point commun entre ces deux structures : elles ne créent pas d’information, elles ne font que rapporter ce qui se sait déjà. Aussi bien dans le cas de Wikipédia que de Google, c’est au lecteur de faire preuve d’esprit critique dans ses lectures et recherches pour prendre ce qui est de qualité et se méfier de ce qui est douteux.

L’internaute : cet être immatériel si réel

Quand on parle d’Internet et de législation à appliquer sur le réseau, on invite et on parle des grandes sociétés qui feraient le web comme Facebook, Google et consors. Mais il y a toujours les grands oubliés de l’Internet, ceux qui vivent sur le réseau et qui le font tourner : les internautes.

Qu’est-ce qu’un internaute ?

Question importante. Pour les médias, ils forment une communauté à part qui fonctionne indépendamment de la société, ils sont vus au mieux comme des personnes étranges et au pire comme des gens faisant partie d’une secte. Dans tous les cas, les internautes sont vus comme des gens bizarres, à marginaliser et bons pour l’asile psychiatrique. Si les médias tiennent un tel discours, c’est tout simplement parce qu’ils perçoivent Internet comme un concurrent dangereux et donc ses acteurs (les internautes), doivent être traités avec mépris et traînés dans la boue.

La réalité est bien plus complexe et différente que la vision du discours simpliste et haineux des médias. Par simple définition, l’internaute est l’utilisateur d’Internet ; ainsi, toi qui est en train de lire le billet de ce blog, peu importe le moyen (courriel, flux RSS, site web…), tu es de fait un internaute. Il est très hypocrite de la part des médias de mépriser les internautes qui sont les lecteurs exclusifs de leurs sites web.

L’incarnation de l’Homme dans la dimension Internet

L’internaute navigue au sein du réseau dimensionnel qu’est Internet, il est celui qui vit et qui fait vivre ce réseau. Considérant qu’Internet est une dimension parallèle et interagissant avec ce qui est communément et faussement nommé la vie réelle, l’internaute est en réalité un être propre qui est sur le réseau l’image de l’humain auquel il correspond dans la vie réelle. Pourquoi une telle distinction ? Parce que l’internaute se déplace dans une dimension nommée le cyber-espace différente de la dimension dans laquelle l’être humain se trouve. Le cyber-espace est souvent considéré comme immatériel, ce qui est à la fois vrai et faux. Cette dimension a ses lois propres, ses référentiels et ses caractéristiques qui ne peuvent être mises en comparaison avec ceux de notre dimension ; cependant, le cyber-espace existe par le biais de signaux électro-magnétiques circulant à travers des câbles, des satellites, des serveurs ou encore des ordinateurs. Toute l’architecture du numérique et d’Internet détermine le cyber-espace.

Comme je l’ai indiqué la semaine dernière, Internet est un réseau qui ne peut être contrôlé par aucune personne, organisation ou état, car il a été conçu pour cela. Il est totalement indépendant et fonctionne de manière anarchique avec seulement des principes qui basent les relations entre les internautes. Ces derniers sont les acteurs et les habitants d’Internet, une dimension fascinante dans le sens où elle est la toute première dimension parallèle à la nôtre avec laquelle nous pouvons interagir. Nous y avons nos avatars qui agissent selon une certaine pensée qui peut être différente et aussi semblable à celle que nous avons dans la vie réelle. Internet n’est pas peuplée d’êtres humains, mais d’internautes qui sont l’incarnation directe des humains dans une dimension différente de la leur.

Internaute et cybernaute

Au sein des internautes, on peut distinguer deux grandes catégories : les internautes passifs et les cybernautes. Les premiers sont les utilisateurs lambda qui sont pour la plupart plus des consommateurs d’Internet et qui utilise le réseau pour faire des achats, communiquer via les réseaux sociaux, partager leurs photos… sans vraiment être conscients de la portée de leurs actes. Les cybernautes sont les membres qui participent activement à la vie d’Internet par le biais de la participation au sein de communautés autour de projets ou d’actions de défense du réseau. Les cybernautes forment les communautés que l’on peut croiser sur des projets comme Wikipédia ou OpenStreetMap, mais sont aussi au sein d’organisations comme la Quadrature du Net, le Parti Pirate ou l’Electronic Frontier Foundation.

L’importance des cybernautes est essentielle, car ce sont eux qui ont permis à Internet d’être ce qu’il est et qui le défendent contre les tentatives de contrôle par les états et les lobbys. Ce sont eux qui défendent la vie privée sur Internet et qui ont mis en place les procédés de cryptage de données. L’Internet libre est entièrement le fait des cybernautes et s’il arrive encore à subsister, c’est grâce à eux. Les internautes passifs sont peu au fait de la réalité d’Internet et de sa structure et il est nécessaire pour eux de les comprendre afin qu’ils puissent utiliser Internet et non le consommer simplement, car Internet existe grâce à eux, mais ils existent aussi grâce à Internet ; à la même manière qu’une nation n’existe que si elle a un peuple, tout comme un peuple ne peut réellement exister qu’avec une nation.

Nous sommes tous des internautes potentiels ou existants et il faut prendre conscience d’exister au sein de la dimension Internet, sans cela, nous ne faisons que subir et consommer une chose qui peut offrir un bien meilleur potentiel. Les médias parlent d’Internet et des internautes avec mépris, car ils sont ceux qui leur ont fait perdre leur monopole sur l’information, ainsi qu’une partie de leur crédibilité.

Wikipédia : stop aux extrêmistes !

Message personnel à ceux,

  • qui agissent en groupe pour imposer leurs vues dans l’encyclopédie
  • qui décident en agissent en fonction de leur idéologie et de leurs sentiments au mépris de l’intérêt encyclopédique et communautaire
  • qui ont décidé que seul leur point de vue prévalait
  • qui partent en croisade contre tout ce qui est contraire à leur façon de penser
  • qui n’hésitent pas à pendre publiquement un contributeur sur la place publique
  • qui abusent des procédures et des garde-fous à des fins militantes personnelles
  • qui dénaturent les principes fondateurs et leurs applications pour manipuler le contenu et imposer leur point de vue
  • qui outrepassent les décisions communautaires et les consensus pour imposer leurs visions

Je vous dis :

  • Non, vous ne détenez pas la vérité
  • Non, vous n’êtes pas les gardiens du Temple
  • Non, vous n’êtes pas les maîtres de Wikipédia
  • Non, vous n’avez pas à imposer vos points de vue
  • Non, vos conflits personnels et vos intérêts ne doivent pas passer avant l’intérêt encyclopédique
  • Non, vous n’avez pas la légitimité ou une supériorité naturelle vous conférant le droit de décider tout seul au mépris des principes et des décisions de la communauté
  • Non, les systèmes mis en place pour assurer la cohésion de la communauté et du contenu ne doivent pas servir vos intérêts personnels
  • Non, ce n’est pas à vous de décider ce qui est bon ou néfaste pour l’encyclopédie

Une encyclopédie se construit à partir de la RAISON et non pas avec des sentiments et des pseudo-vérités que vous chérissez comme un dieu tout puissant. Vos actions nuisent au projet et font de vous la HONTE DE WIKIPÉDIA.

Internet : zone de non-droit

On entend et on lit souvent de nombreux politiciens et intellectuels s’offusquer du fait qu’Internet échappe à tout contrôle qu’il n’y ait pas de loi réellement efficace pour l’encadrer. En parallèle, les états tentent de contrôler le réseau en utilisant des programmes d’espionnage et de surveillance qui feraient passer l’univers de 1984 pour un monde d’amateurs en la matière. Mais si Internet échappe à tout contrôle et qu’il reste en dehors de contrôle des états, c’est tout simplement parce qu’il a été conçu pour n’obéir à personne d’autre que lui-même, et que son fonctionnement est basé sur deux grands principes qui manquent cruellement au sein même des états démocratiques : la liberté et l’égalité.

Internet : un réseau sans hiérarchie, mais ordonné

Le fonctionnement d’Internet n’obéit à aucune hiérarchie, il n’existe pas de maître ou de président d’une société qui gérerai Internet. La gouvernance mondiale de l’Internet voulue par un certain G8 il y a maintenant plus de 2 ans ne peut exister, car personne ne contrôle Internet et personne ne peut vraiment le contrôler. Son architecture est faîte d’une telle manière qu’il peut résister à de grands cataclysmes, comme les holocaustes nucléaires, car il est décentralisé. On peut contrôler ou détruire une partie d’Internet, mais jamais sa globalité, ou cela nécessiterai de verser des sommes qui dépasseraient largement la dette mondiale. Certes, certaines caractéristiques techniques d’Internet, comme l’attribution des adresses IP ou les archives du réseau, sont aux mains d’organisations, mais indépendantes des états et qui fonctionnent de manière totalement neutre et n’imposent aucune condition, leur rôle étant purement technique.

Si Internet arrive à fonctionner indépendamment de toute structure étatique, c’est parce qu’il a un mécanisme similaire à celui d’un système biologique, car au même titre qu’il existe des écosystèmes sur Terre, il existe des cybersystèmes. Ainsi, il existe au sein du réseau différentes communautés d’utilisateurs, elles-mêmes réparties dans plusieurs grands ensembles communs que je nommerai cybertopes (en référence aux biotopes). Pour exemple, on peut définir le cybertope Wikimedia qui inclus tous les projets de la Wikimedia Foundation et ses utilisateurs, dont l’ensemble que l’on nomme les Wikimediens forment une cybercénose (en référence aux biocénoses) composée des différentes communautés des projets Wikimedia. Ainsi, malgré l’absence de hiérarchie et de gouvernance d’Internet, ce dernier présente une organisation naturelle, ce qui est normal, car l’Homme le produit de la nature, en dehors de quelques exceptions, il en réduit à la copier éternellement et le fonctionnement des créations humaines n’échappent pas à cette règle.

Carte partielle d'Internet en 2005

Un réseau anarchique et décentralisé composé de plusieurs cybersystèmes (The Opte Project, CC-BY 2.5)

Un réseau anarchique basé sur des principes humanistes

Inutile de couper la poire en quatre, le fonctionnement de base d’Internet est anarchique et il doit le rester. Il n’y a pas de chef, pas de lois encadrant réellement les agissements des internautes et définissant ce qu’ils ont le droit de faire ou de ne pas faire et les sanctions qui pourraient être encourues. Il existe certes des lois au niveau national et parfois transnational pour définir certaines règles, mais elles ne s’appliquent pas au réseau lui-même, juste aux utilisateurs concernés par les juridictions entrant dans le cadre de ces lois. Une absence de lois ne veut pas dire que les internautes cautionnent les agissements illégaux et immoraux qui se font au sein du réseau tels que la pédopornographie, le trafic de produits illicites ou toute autre action dont le but est contraire aux valeurs humanistes. Si les états optaient pour une manière de procéder moins répressive et plus transparente à l’encontre du réseau, ils pourraient très probablement obtenir le soutien et l’assistance des internautes qui se montreraient beaucoup moins méfiants vis-à-vis d’eux.

En revanche, il existe certains principes qui régissent Internet et qui ne doivent pas être transgressés sous peine d’en être exclu par les internautes eux-mêmes, dont le tribunal peut être bien plus sévère et cruel que toute autre institution étatique. Le premier grand principe d’Internet est la liberté dans sa globalité, que ce soit la liberté de penser, d’entreprendre, d’innover ou même d’agir. Cette liberté est bien entendue possible tant qu’elle n’entrave pas celle des autres internautes et tant qu’elle ne viole pas le principe de respect mutuel, lui-même basé sur le principe de l’égalité. Ce dernier est aussi celui qui régit l’un des piliers d’Internet : l’anonymat des internautes qui permet d’agir sans avoir de comptes à rendre (tant que cela rentre dans le cadre des valeurs d’Internet). Mais il permet également à ce que la valeur d’un internaute ne soit pas appréciée en fonction de ses caractéristiques personnelles (âge, métier…), mais en fonction de sa manière d’être sur le réseau.

Un droit pour Internet ?

Cette idée même est utopique pour la simple raison que les applications et les possibilités d’Internet sont quasi-infinies. À ce titre, le réseau est en perpétuelle mutation et il peut avoir la capacité d’évoluer suffisamment rapidement pour rendre caduque des lois venant à peine d’être votées à son encontre. Vouloir « moraliser » ou contrôler Internet est un serpent de mer où les internautes sortiront toujours gagnants. Le réseau n’a pas besoin d’organe de régulation, car il s’auto-régule lui même. Par ailleurs, sa nature mondiale et décentralisée fait qu’aucune loi nationale ne peut réellement s’appliquer au réseau entier et que même au sein d’un état, le réseau est à la fois ici et ailleurs, ce qui le rend hors de contrôle de toute loi.

Dans ce cas, puisque le réseau est global, il faut créer une loi globale. Quel est le seul organisme qui pourrait être habilité à faire une telle chose ? Probablement l’ONU (bien que les États-Unis ont démontré il y a encore 2 ans que cela ne les gênait pas plus que ça de s’attaquer à des structures ne dépendant pas de leur juridiction). Quant bien même, un tel projet pourrait difficilement être mis en place tant l’harmonisation des juridictions serait complexe et sujet à de très nombreuses et houleuses négociations entre les parties. Sans parler que la condition primordiale serait que les internautes participent à l’élaboration d’une telle loi, sans quoi ils ne pourront en aucun cas la reconnaître. Mais même avec cela se posent encore de gros problèmes : qui se chargerait de faire respecter cette loi ? Avec quels moyens ? Dans quel périmètre ? Et avec quelle légitimité ?

Carte montrant la densité d'internautes par pays dans le monde

Internet : un réseau mondial (Olivier Hammam, DP)

Un droit pour Internet est une chose qui ne pourra jamais fonctionner dans les faits, car sa nature mondiale compromet toute application d’une loi nationale ou transnationale et une loi globale serait très difficile à mettre en place et devrait suivre les évolutions du réseau. Par son essence même, Internet est anarchique et échappe à tout contrôle, tout étant structuré et en parvenant à s’auto-réguler. Cette situation peut probablement choquer les nationalistes en herbe et les souverainistes de tous poils, mais il faudra se faire à cette réalité : Internet est plus qu’un réseau, il est une dimension qui fonctionne parallèlement et indépendamment de la nôtre tout en interagissant avec elle. Il est la mémoire de l’Humanité et l’application de ses véritables principes, échappant au contrôle de ceux qui ont échoués à implanter ces mêmes valeurs de part le monde et c’est mieux ainsi.