La vie privée est un droit fondamental, pas une anomalie

À l’occasion de l’événement The Day We Fight Back (journée de lutte contre la surveillance de masse), organisé par plusieurs ONG de défense de la vie privée et acteurs de l’Internet, je me permet de rebondir sur un propos tenu il y a maintenant plusieurs mois par Vint Cerf, l’un des acteurs les plus importants de l’entreprise Google, et aussi considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Internet. Selon lui, « la vie privée pourrait en réalité être une anomalie » et « il sera de plus en plus difficile pour nous de [la] garantir. »

Logo de The Day We Fight Back

Journée d’actions contre la surveillance de masse (The Day We Fight Back, CC-BY-SA 4.0)

Droit fondamental contre intérêts

Le principe d’un droit fondamental humain est que rien ni personne ne peut le contourner ou le piétiner, pour n’importe quelle raison. Voilà pour la théorie, mais la pratique montre que ces droits sont souvent mis à mal par des pratiques qui fleurtent très souvent avec l’illégalité. Un droit fondamental comme celui d’avoir une vie privée, c’est-à-dire pouvoir faire des choses sans que personne ne soit au courant, est extrêmement gênant pour de nombreux acteurs (états, entreprises privées…). De nombreux états comme entreprises contournent le respect de ce droit par des moyens très divers : certains états proclament des lois dans ce sens, invoquant des motifs sécuritaires ou assimilés, les entreprises détenant des sites web agissent avec une relative opacité quand un internaute est connecté… Dans tous les cas, une pratique est systématique : l’absence de transparence, et donc de démocratie.

Des citoyens passifs

Dans une démocratie, ce sont le peuple est souverain et les citoyens doivent recevoir des comptes de la part de ceux qu’ils ont choisi pour leur rendre service ou agir en leur nom. Ce principe de base nécessite donc une transparence sur les activités des institutions, quelle que soit leur nature. Cependant, dans de nombreux pays démocratiques, de nombreux citoyens sont passifs vis-à-vis des affaires liées à l’Internet et à la vie privée. Le paradoxe de notre société actuelle est qu’elle est hyper-connectée au réseau mondial, mais que ses membres en sont complètement déconnectés et ne ce soucient pas de leur liberté et de leurs droits sur le réseau. À partir du moment où il n’y a pas d’exigence suffisamment forte de la part des citoyens pour exiger le respect des droits, les états et les intérêts privés ont un véritable boulevard devant eux où ils peuvent s’autoriser à agir comme bon leur semble. Comme souvent, une société qui ne se soucie plus de la sauvegarde de ses libertés et de ses droits fini par les perdre ; le passé regorge de (trop) nombreux exemples, et le présent également.

Le monde sera t-il celui décrit par Google ?

Comme le montre ce billet très intéressant sur Rue89, Google est habituée à jouer les évangélistes noirs à propos du devenir de la vie privée et de l’Internet en général. Par ailleurs, le géant américain du web n’est pas le seul à tenir un tel discours, d’autres géants du web font de même, et même des politiciens ou des responsables de services de renseignements. Quel est le but d’un tel discours ? Nous effrayer ? Justifier des pratiques immorales ? La réalité est quelque part de dire que les états et les entreprises agissent ainsi, parce que elles ne font rien de mal, si ce n’est suivre un mouvement qui serait inéluctable et qui écraserait ce qu’ils considèrent être une anomalie. Discours supplémentaire pour que ce futur s’insère sans problème dans la tête des citoyens : s’ils n’ont rien à cacher, ils n’ont alors rien à craindre de Big Brother.

On peut aussi voir ce discours comme un avertissement ou une incitation à agir pour nous défendre. L’un des sens sous-jacent de ce discours est bien de nous dire : « vous vous plaigniez que nous violons vos droits, mais vous ne les défendez pas, donc agissez si vous ne voulez pas les perdre dans un futur proche ». En effet, un tel discours apocalyptique à propos de la vie privée ne doit pas nous faire dire qu’il s’agit d’une fatalité, mais nous devons nous dire que nous avons le pouvoir de changer la situation et que c’est à nous d’agir. De nombreuses organisations sont engagées dans la défense des droits fondamentaux humains, et elles ont besoin du soutien d’un maximum de citoyens pour réussir.

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Une réflexion sur “La vie privée est un droit fondamental, pas une anomalie

  1. Pingback: Privacy is a fundamental right, not an anomaly | Jur@astro

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