Élections municipales : news, pédia ou data ?

Les élections municipales françaises viennent de s’achever et bien entendu, le contenu de Wikipédia relatif aux communes françaises subit de nombreuses modifications suite aux résultats (souvent de manière irraisonnée). Une tendance qui apparaît depuis quelques années est le besoin de détailler au maximum les faits et les données relatives aux élections, notamment lorsqu’elles sont françaises.

Les pages créées sont très souvent des accumulations de données et de tableaux de résultats et de sondages, sans analyse, ni étude, en théorie Wikidata serait plus à même à accueillir ce type de contenu. Les élections sont aussi un phénomène d’actualité, donc Wikinews doit aussi accueillir ce genre de contenu. Malgré la finalité des projets Wikimedia, les pratiques font que Wikipédia aspire toutes sortes de contenu à la manière d’un trou noir.

Vue d'artiste d'un trou noir

Wikipédia serait-elle destinée à devenir un trou noir de l’information ? (420Ainsley, CC-BY-SA 3.0)

Élections actuelles et encyclopédisme

Savoir ce qui relève de l’encyclopédisme ou non lors d’une élection en cours est un marronnier qui enfle de plus en plus ; le cas de l’élection présidentielle française de 2012 avait été un bon exemple avec des tentatives de créations d’articles sur les programmes des différents candidats ou même l’existence d’un article très lourd (plus de 300 000 octets !) comportant une suite de tableaux et d’images, dont la lisibilité est limitée, retraçant le détail des résultats de l’élection. La conclusion de cet ensemble (des procédures de pages à supprimer avaient été lancées) est que du fait que ces informations sont fiables et reprises par des médias nationaux, il n’y a aucune raison de les retirer.

Que ce soit dans le domaine de l’actualité ou de la base de données (les élections font partie des quelques événements qui arrivent à concilier les deux), on note une certaine forme de rigidité face aux critères, aux sources et aux types de sources pour justifier aussi bien la création que la suppression d’un article. L’esprit d’analyse et l’esprit critique sont remplacés pour faire place à la seule question de savoir si l’information est diffusée à grande échelle par des médias de référence. Là où les critères de Wikipédia sont inadaptés, c’est que Internet est la globalisation et le partage de toute information à l’échelle du monde, ce qui fait que le moindre fait un peu sordide peut être repris par tous les médias du monde entier.

Cet aveuglement mène à une domination des médias de masse par rapport à la nature encyclopédique. Il importe peu de savoir si l’information relayée par les médias sont exactes ou non (dans certains domaines, on note même plus des erreurs grossières que des exactitudes), l’important est justement que la diffusion ait été faîte par un média rentrant dans les critères et surtout qu’elle ait été relayée par d’autres. L’encyclopédisme n’est alors plus de retranscrire ce qui a été retenu et analysé à un temps t+n, mais de retranscrire ce qui est retenu à un temps t.

Troupeau de moutons en Argentine

La prédominance des médias de masse amènerait-elle vers une forme de panurgisme irraisonné vis-à-vis des sources ? (writtecarlosantonio, CC-BY 3.0)

Données et actualité : il existe des projets Wikimedia pour ça

Revenons aux élections. À l’occasion des élections municipales, des pages détaillées ont été créées pour afficher les résultats dans chaque département et grande ville française de plus de 100 000 habitants. L’essentiel du contenu de ces pages est une suite plus ou moins longue de tableaux détaillant les résultats dans les communes les plus importantes des départements, avec parfois une petite contextualisation en introduction. Mais peu importe, à l’instar de leurs comparses de 2012, ces pages n’ont pas vraiment vocation à être labellisées un jour, il s’agit plus d’une base de données, or il existe un projet Wikimedia qui est une base de données : Wikidata.

Il y a près d’un an, j’avais estimé à tort que Wikidata était une erreur monumentale (qualificatif que je réserve à présent plutôt à Wikivoyage). La réalité est surtout qu’il s’agit d’un formidable outil qui permet de palier un manque nécessaire au traitement des informations communes à tous les wikis : la base de données. Or, nos tableaux des élections ne sont-ils pas autre chose que des éléments de base de données ? Il n’y a aucune analyse et rajouter du contenu en ferait des pages extrêmement lourdes à charger et qui provoqueraient des plantages du fait de la taille des tableaux et des éventuelles images, ce qui violerait les principes d’accessibilité et de synthèse. À partir de ces considérations, qu’est-ce qui empêche de transférer ces données sur Wikidata ?

Modèle de donnée de Wikidata

S’il existe un projet Wikimedia de base de données, pourquoi ne pas l’utiliser pour intégrer les bases de données de Wikipédia ? (HenkvD, CC-BY-SA 3.0)

Encyclopédisme, où es-tu ?

Victime de son succès, Wikipédia a de plus en plus de mal à exister et à s’imposer en tant qu’encyclopédie au sein du public. Aujourd’hui Wikipédia est plus connue comme le site où on peut tout trouver (quand ce n’est pas Google) que comme encyclopédie au sens strict ; d’ailleurs, le mot encyclopédie accolé à Wikipédia est complètement vidé de son sens et c’est la définition même du terme qui est aujourd’hui menacée. Car non seulement le public ne saisit plus la nature originelle de Wikipédia, mais cela touche également une certaine frange de la communauté avec des gens qui rédigent des articles de n’importe quelle nature sur n’importe quel sujet, pourvu que des sources fiables avec un minimum de qualité existent.

Cela amène à l’arrivée de pages complètement surréalistes pour une encyclopédie et souvent en manque total de synthèse. À force d’exiger une excellente exactitude et une excellente couverture des informations et des connaissances, on en oublie que l’un des piliers de la rédaction d’un article encyclopédique est la synthèse du contenu ; l’encyclopédie ne devient plus l’ensemble d’articles faisant état d’une synthèse de l’ensemble des connaissances humaines, mais un simple agglomérat d’informations plus ou moins organisées cherchant à être détaillées autant que possible.

Besoin de reconnaissance ?

La théorie voudrait que les projets Wikimedia soient un ensemble de projets dont la vocation est de transmettre le savoir. Chaque projet a pour cela un qualificatif qui lui est associé, renseignant sur ses objectifs et les types de contenu qu’il peut accueillir ou non. Ainsi, chaque projet est dissocié des autres de part sa nature et ses objectifs, mais y est également relié de part son contenu, car les différents projets sont inter-dépendants. En fonction de ce que veut faire un contributeur, il peut donc participer aux différents projets, surtout avec le SUL qui créé un compte automatiquement avec le même mot de passe.

Ensemble des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets en symbiose (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Pourtant, certains contributeurs refusent de contribuer à autre chose que Wikipédia (la grande opposition se fait notamment au niveau de Wikinews). Certes, on peut concevoir que l’on refuse de contribuer sur d’autres projets (chacun est libre de contribuer sur les projets qu’il souhaite), mais le problème arrive quand la personne veut absolument ajouter du contenu non-encyclopédique sur Wikipédia qui aurait sa place dans d’autres projets. Certains arguments avancés par ces personnes pour justifier leurs actions semblent montrer qu’elles recherchent une certaine reconnaissance par le biais de leurs contributions, et Wikipédia de par son trafic et la durabilité de son contenu est le projet le plus adapté à cet objectif.

Le succès de Wikipédia amène à un gros problème le concernant : on le transforme en trou noir absorbant tout type d’information. Le cercle initié est alors extrêmement vicieux ; le site ayant un fort trafic, on cherche à tout concentrer sur ce site pour que toutes les informations puissent être consultées, ce qui augmente le trafic et oblige à concentrer davantage… Il assez peu probable que le site Wikipédia disparaîtra dans quelques années, mais il semble à peu près certain que la nature encyclopédique est sacrifiée sur l’autel de la notoriété et de l’opportunisme.

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Développons le système Wikimedia

L’un des grands défauts de notre société, c’est de se focaliser sur un point précis d’un système bien plus vaste qui devrait être considéré dans son intégralité. Le système wikimédien n’échappe pas à cette règle avec une fixation des médias et des gens sur le projet Wikipédia, en oubliant les projets-frères de l’encyclopédie libre hébergés par la Wikimedia Foundation. Si certains projets montrent une activité honorable et disposent d’une relative visibilité, d’autres sont totalement dans l’ombre.

Le système Wikimedia

Le système Wikimedia est composé de 15 sites hébergés par la Wikimedia Foundation à fonctionnement ouvert et collaboratif utilisant la technologie du wiki. On y trouve 11 sites collaboratifs totalement ouverts à vocation culturelle et éducative :

À ces sites, s’ajoutent 4 autres sites qui sont des supports techniques et communautaires des 11 précédents. Il s’agit de :

  • Incubateur Wikimedia (création de nouvelles versions linguistiques de projets Wikimedia)
  • MediaWiki (logiciel utilisé par les projets Wikimedia)
  • Méta-Wiki (coordination communautaire des projets)
  • Wikimania (rencontre internationale de la communauté wikimedienne)
Famille des logos des projets Wikimedia

Le système Wikimedia : un ensemble de projets web participatifs et citoyens à vocation éducative et culturelle (Auteurs montage : Guillaume Paumier, Otourly, PiRSquared17 et Rillke ; © Wikimedia Foundation, voir conditions d’utilisations)

Malgré sa diversité, ce système souffre de l’hyper-exposition de Wikipédia par rapport aux autres projets (seuls Wikimedia Commons, Wikisource et Wiktionnaire disposent d’un droit de citation dans quelques médias). Ainsi, il n’est pas courant de voir des images reprises dans d’autres sites avec la mention Copyright : Wikipédia, doublement fausse, car les images sont généralement sur Commons et Wikipédia n’est auteur d’aucune image. Actuellement, le potentiel culturel et éducatif des projets de la Wikimedia Foundation est largement sous-exploité, car on reporte beaucoup de choses en relation avec la sphère wikimedienne à Wikipédia ; un rapport de force qui doit être modifié.

Reconsidérer Wikipédia comme une encyclopédie…

Au regard de la plupart des gens, Wikipédia n’est pas considérée comme une encyclopédie, mais plutôt comme un site fourre-tout où l’on peut trouver n’importe quelle information sur n’importe quel sujet (une espèce de Google avec plus de texte). L’important pour les gens (et aussi pour certains contributeurs) n’est pas de trouver sur Wikipédia du savoir et de la connaissance, mais de l’information de n’importe quelle nature ou presque (à rappeler que le but initial de Google est de permettre la diffusion globale de l’information, bien différent de celui de Wikipédia). De fait, l’encyclopédie libre en ligne est surexposée et est sollicitée pour des sujets sur lesquels elle n’a pas théoriquement à intervenir. Ce que les gens savent moins, c’est qu’il existe d’autres projets appartenant au système Wikimedia qui pourraient répondre à leurs besoins.

…et rediriger les sujets non-encyclopédiques vers les projets adaptés

Un chapeau d'étudiant

Wikipédia n’est pas un site d’éducation et a des limites dans la définition de son contenu (CC0, Open Clip Art Library)

Je tombe régulièrement sur des articles dont le style ressemble plus à celui d’un cours universitaire qu’à celui d’un article encyclopédique. Il y a en effet certains contributeurs qui veulent faire partager leur savoir, mais c’est un savoir qu’ils tiennent de leurs cours. En dehors du problème de sources, certains de ces contributeurs se veulent plus pédagogiques dans leurs écrits… sauf que Wikipédia n’est pas là pour héberger des contenus pédagogiques. En revanche, le projet Wikiversité est bien plus adapté à ce type de contenu.

Certains articles extrêmement courts ont pour seule vocation d’être des définitions d’une ou deux lignes. Quelques contributeurs s’en font une spécialité et créent à la chaîne des dizaines d’articles d’une ligne peu améliorables, car il s’agit de terme et non de sujet encyclopédique. Dans un tel cas, ces contenus sont à rediriger vers le Wiktionnaire. Dans la même idée, certains articles sur des œuvres contiennent des très grands passages à titre d’exemple ou encore des paroles de chansons, des types de contenus à rediriger vers Wikisource.

Sujet plus difficile à aborder : l’actualité. Sans reparler des différences entre encyclopédisme et actualité, chose que je pense avoir suffisamment abordé, il existe tout de même de nombreux articles créés sur des sujets d’actualités en somme assez mineurs au regard de l’Histoire. Il est certes plus difficile d’évaluer la portée réelle d’un sujet d’actualité à l’époque des médias de masses perroquets, mais il n’empêche que certains sujets ne méritent pas d’être traités sur Wikipédia, mais sur Wikinews.

Revaloriser la nature des projets

Pourquoi Wikipédia devient-il une sorte d’aimant qui attire toute contribution d’ordre culturel ou éducatif ? À cause de sa notoriété et de sa forte visibilité sur les moteurs de recherche. Le problème est que certaines personnes contribuent à Wikipédia pour être sûrs que ce qu’ils ont écrit sera lu par quelqu’un, vu le bon référencement du site. Le vrai problème est que la plupart des projets de la Wikimedia Foundation sont dévalués par rapport à Wikipédia. Pour développer le système Wikimedia, il faut revaloriser la nature de ces projets et montrer aux gens que Wikipédia n’est pas le grand projet auquel sont subordonnés toute une panoplie de projets. Dans le système Wikimedia, Wikipédia est une planète comme une autre qui orbite autour d’un noyau, comme tous les autres projets Wikimedia.

Revaloriser ces projets, c’est montrer leur existence, montrer que Wikipédia est une encyclopédie et qu’elle n’a pas vocation à absorber à l’infini toute sorte d’information de n’importe quel ordre et qu’il existe un ensemble de projets précis qui peuvent répondre aux besoins et aux désirs de chacun. Les chapters organisent des partenariats avec des institutions pour améliorer Wikipédia, ainsi que pour améliorer les autres projets Wikimedia et il faut continuer dans ce sens. C’est en médiatisant ce genre de partenariats que le public verra que Wikipédia n’est qu’une partie d’un ensemble bien plus vaste qui mérite toute notre attention : le système Wikimedia.

Outil de retours des lecteurs : un échec ?

L’outil de retours des lecteurs arrive à la fin de sa période de test de 6 mois sur la Wikipédia francophone. Un sondage préliminaire à la prise de décision qui décidera de son avenir est en cours et montre que la majorité des contributeurs ne semblent pas favorables à son maintien. Avec ses 21,2 % d’avis jugés utiles (une proportion qui est restée plus ou moins constante depuis le déploiement de l’outil), on pourrait dire que le but initial de l’outil n’a pas été atteint et que cet essai est un échec ; en revanche, il est très révélateur des pratiques de consultation des articles et de la vision que les lecteurs lambda ont de Wikipédia.

Des résultats mitigés

Le but initial de l’outil de retours des lecteurs est de permettre une amélioration des articles en demandant directement l’avis des lecteurs. Une démarche qui est à la base sensée, surtout lorsque l’on sait que le lecteur est parfois mieux placé pour dire où sont les points qui ne vont pas (notamment sur une utilisation trop massive du jargon ou de concepts peu clairs pour un non-initié). Permettre aux lecteurs de donner leur avis est à la fois légitime et leur permet aussi de participer à l’élaboration de l’encyclopédie et d’avoir un premier contact informel avec la communauté qui rédige le contenu par la prise en compte des avis pertinents. Les œuvres collaboratives devant être réalisées avec toutes les parties concernées, la participation du lecteur est plus que naturelle dans le cas de Wikipédia.

J’avais, il y a un peu moins d’un an, indiqué pourquoi cet outil devait être adopté, avec un optimisme et un utopisme assez larges, même si je ne m’attendais pas non plus à avoir une énorme proportion d’un usage raisonné de cet outil par les divers lecteurs de Wikipédia. Quelles sont les statistiques globales ? 21 % d’avis jugés pertinents, 56 % d’avis pas vraiment utiles, 11 % d’avis inacceptables (insultes, diffamation…) et 12 % d’avis encore non examinés. Une chose assez ironique est que l’essai francophone se retrouve avec un taux d’avis pertinents deux fois inférieur à celui obtenu par les anglophones (40 %), alors que Wikipédia-fr dispose de la dernière version de l’outil, sensée corriger la plupart des défauts qui auraient amenés au taux anglophone.

Des lecteurs qui ne lisent pas

Si le but initial n’a pas vraiment été atteint et le test non-concluant, il a cependant été assez révélateur de la manière dont la plupart des gens consultent les articles de Wikipédia. On reproche aux gens de faire confiance aveuglément aux contenus présents sur Internet et on insiste bien de vérifier et de croiser les sources des informations (ce que les sites comme Wikipédia permettent aisément). Force est de constater que la plupart des gens ne font pas non seulement confiance de manière aveugle au contenu des articles, mais qu’ils ne les lisent carrément pas ! Ou du-moins, ils s’imaginent que toutes les informations qu’ils jugent importantes sur un sujet seront dans l’introduction et que si elle n’y est pas présente, c’est qu’ils ne la trouveront pas sur Wikipédia. Ce constat part du signalement de commentaires récurrents demandant l’ajout d’informations déjà présentes dans l’article.

Une autre grande tendance est la demande systématique d’images dans la plupart des commentaires jugés pertinents ou moyennement pertinents. On peut distinguer ceux qui demandent des images sur des articles qui n’en disposent pas et ceux qui veulent plus d’images sur des articles qui en ont déjà. Dans les deux cas, ces requêtes sont révélatrices d’une méconnaissance de la plupart des lecteurs des problématiques liées à l’illustration sous licence libre et au bénévolat qui est le moteur des projets de la Wikimedia Foundation. La plupart des gens s’imaginent qu’il suffit de demander pour que l’on dépêche un photographe sur place pour illustrer un article ou bien encore qu’on peut pomper la première photo venue sur Internet. Double méconnaissance des problématiques liées au droit d’auteur et de la pratique bénévole, qui permet à Wikipédia et à Commons de tourner, et de ses contraintes.

Un manque d’éducation encyclopédique

C’est une thèse qui revient régulièrement dans mes billets sur l’encyclopédisme et son rapport avec la société, mais elle explique en assez bonne partie pourquoi l’outil de retours enregistre aussi peu d’avis pertinents (en faisant abstraction des vandalismes et autres imbécilités) avec des demandes d’illustration intensive, des demandes d’ajouts d’informations déjà présentes dans les articles et des demandes d’informations de nature non-encyclopédique.

La première chose est que les gens n’ont pas de réelle éducation encyclopédique et ne font pas la différence entre savoir et information et entre savoir et vérité ; dans leur esprit, ces notions sont similaires, sinon identiques. Face à un site comme Wikipédia qui prétend vouloir recenser l’ensemble du savoir humain, les gens s’imaginent qu’ils pourront y trouver toutes les informations en détail de A à Z, en passant par ce qui relèverai vraiment du savoir à l’information de guide touristique jusqu’au dernier buzz people. Ils font par ailleurs preuve d’un certain égocentrisme en s’imaginant que l’information qu’ils recherchent et qu’ils estiment primordiale se trouvera en tête des articles et non pas dans le blabla qu’ils ne veulent pas lire par paresse intellectuelle. Ils exigent au site de faire une chose qui n’est pas encore réalisable : lire dans leurs pensées. En réalité, ils utilisent plus Wikipédia comme un moteur de recherche amélioré que comme une encyclopédie et cela s’explique de manière simple.

Dans l’inconscient collectif, l’encyclopédie reste toujours la collection de gros bouquins chers qui prennent la poussière en haut de la bibliothèque. Pour les gens un peu plus numérisés, l’encyclopédie se trouve aussi sur des CD-ROM, voire sur les sites web des grandes entreprises historiques de l’encyclopédisme. En revanche, Wikipédia n’est pas perçu comme une encyclopédie par un public qui n’arrive pas à se détacher de cette image de l’encyclopédisme qui appartient de plus en plus au passé. Plusieurs facteurs en sont la cause : l’interface de lecture, la nature communautaire et diversifiée de ses rédacteurs, mais surtout le caractère ouvert qui permet la libre modification à n’importe quel internaute. Tout cela fait que pour les gens, Wikipédia est un site qui peut avoir n’importe quelle information possible et imaginable et que l’on peut y trouver tout et n’importe quoi ; et dans le cas où ce que l’on cherche n’existe pas, on le signale, peut importe que ce soit du savoir, vu que Wikipédia peut tout avoir !

Voici les principaux facteurs qui expliquent la plupart des avis récoltés et l’échec de la phase de test de l’outil de retours.

Doit-on abroger définitivement l’outil de retours ?

Cet échec doit-il cependant nous obliger à nous détourner définitivement de ce type d’outil ? Pas nécessairement, car la participation directe et indirecte des lecteurs à l’élaboration de l’encyclopédie est une constante obligatoire pour permettre au contenu d’être ce qu’il doit être : complet et accessible. Par ailleurs, plus le nombre de points de vue sur un article est élevé et plus le ou les rédacteurs sauront quels sont les points à corriger pour que l’article soit accessible (dans tous les sens du terme) au plus grand nombre de personnes tout en étant assez complet. De nouveaux moyens d’interactions avec les lecteurs devront être pensés et envisagés, sans pour autant tomber dans un côté trop réseau social qui sortirai Wikipédia de son rôle d’encyclopédie avec des systèmes piqués à Facebook ou Twitter.

Le concept de l’outil en lui-même n’était pas mal pensé, mais il n’est pas adapté à la situation relationnelle qu’entretient Wikipédia avec son lectorat. La majorité des gens qui pourraient émettre des avis pertinents n’utilisent pas l’outil, car ils modifient et complètent eux-mêmes les articles. La faible proportion d’avis valables s’explique également par le fait que ceux qui utilisent l’outil sont majoritairement des gens qui n’ont pas compris la nature et le fonctionnement de Wikipédia (sans parler des vandales et autres noobs) et qui font par ailleurs preuve d’une grande paresse intellectuelle en s’imaginant qu’on va pouvoir tout leur servir sur un plateau sans qu’ils fassent le moindre effort.

Au final, s’agit-il vraiment d’un échec ? Plutôt d’un semi-échec, car si le but initial n’a pas du tout été atteint, il a permis de montrer que de grands progrès sont encore à faire pour expliquer au public ce qu’est réellement Wikipédia, tout en montrant que les avis des lecteurs peuvent parfois être pertinents. Et même quand ils ne le sont pas, ça peut toujours être agréable d’être remercié ou récompensé par un bravo.

Comment augmenter la notoriété des sagas audio ?

Mon passage aux Joutes du Téméraire le week-end dernier m’a permis de découvrir IRL beaucoup de gens sympathiques au pôle des sagas audio, mais aussi d’alimenter ma réflexion sur comment pouvoir augmenter la notoriété du mouvement. Les comportements que j’ai pu observer et les échanges que j’ai pu avoir aux Joutes et sur IRC avec diverses personnes m’ont permis de voir plus ou moins où sont les endroits qui coincent, mais aussi pourquoi il est plus difficile de rendre aujourd’hui une saga audio célèbre qu’il y a 10 ans.

Une communauté alimentée par l’intérieur

Une caractéristique malheureuse qui a été observée dans le pôle des sagas audio est sa faible fréquentation par des personnes extérieures à la sagasphère (apparemment pas plus d’une cinquantaine sur les deux jours, sachant qu’une assez bonne partie semblait déjà connaître les sagas audio). Bien qu’il y ait d’autres facteurs qui ont eu un rôle non-négligeable (notamment la dispersion des différents pôles aux quatre coins de l’établissement), une chose qui a bien dissuadé la plupart des visiteurs potentiels est le côté IRL qui a pris le pas sur le côté festival à bien des moments. Je ne reprendrai pas les problèmes et comportements observés au festival même, car cela est déjà suffisamment débattu sur le forum, mais je vais plus me pencher sur l’aspect global de la communauté que j’ai pu y observer.

La communauté netophonixienne est ce qu’on pourrait nommer une communauté multipolaire fermée, c’est-à-dire qu’elle est organisée autour de plusieurs pôles de personnes, tout en ayant peu d’interactions directes avec l’extérieur. De fait, elle est alimentée par la sagasphère elle-même qui constitue une très grande majorité de ses membres et est son propre moteur. Le but initial de la communauté qui est de rassembler les acteurs de la sagasphère pour faire progresser le mouvement n’a certes jamais été détourné, mais une chose à noter est que la communauté a peu de liens globaux avec l’extérieur. Ces liens existent, mais sont indirects par le biais des différents acteurs participant au forum qui disposent autour d’eux d’une communauté propre extérieure à Netophonix. C’est pour cela qu’elle est multipolaire fermée : elle a différents pôles de personnes gravitant autour d’elle tout en ayant peu ou pas d’interaction avec eux.

Le temps des sites web de masse

Si les festivals sont un moyen de faire connaître le mouvement sagasphérique, il ne faut pas oublier que son principal moyen de diffusion historique et actuel est Internet. Les sagas de la première heure (Le Donjon de Naheulbeuk, Les Aventuriers du Survivaure, Adoprixtoxis, Reflets d’Acide…) sont également d’une manière globale les sagas les plus connues. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte pour l’expliquer : le caractère innovant de la saga audio à l’époque, le public touché par ces œuvres, l’humour bien trouvé, mais surtout l’absence à l’époque des sites web de masse tels que Youtube ou Dailymotion.

Or, où trouve t-on de nos jours les notoriétés ? Ou plutôt, grâce à quel genre de médias arrivent-elles à obtenir de la notoriété en peu de temps ? Grâce à des sites comme Youtube qui sont le pur reflet de la société de consommation où le public consomme et où les requins du marketing créent une icône sur la base du succès de quelques vidéos sur un site web. Mais d’un autre côté, il y a ceux qui arrivent à créer un buzz qui leur assure derrière une notoriété non-négligeable sur le web qui parvient à durer. La sagasphère peut-elle rivaliser avec cela grâce aux moyens de diffusion classique ?

Quelles ouvertures ?

Bien entendu, je ne prône pas la création de comptes Youtube pour diffuser les sagas MP3, car ce serait contre-productif pour les auteurs et la communauté ; les auditeurs auraient tout qui leur serait servi sur un plateau et ne feraient plus que consommer une saga comme ils consommeraient un Coca, avec en plus une qualité sonore moindre à cause de la compression de Youtube. Peut-on améliorer la communication sans se prostituer sur les sites web de consommation de masse ? Oui.

En interne du Netophonix, améliorer l’organisation de la liste des sagas audio, une chose qui est déjà en cours. Sur le plan des festivals, il n’y a pas de secrets : il faut essayer de séparer la partie IRL brute de la partie festival pour éviter le couac des 9 et 10 novembre dernier. Une assez bonne partie des membres de la sagasphère sont des étudiants et ont donc à leur disposition (je pense notamment aux radios campus) une palette assez large de moyens pour faire découvrir les sagas audio dans les milieux universitaires. Bien entendu, il faudra aussi trouver des innovations en matière de com’ sur Internet pour augmenter la visibilité du Netophonix (actuellement au rang 68 602 des sites web les plus consultés en France) qui doit être à mon sens un carrefour d’échanges et de découvertes à propos de la sagasphère.

Bien entendu, tout le monde dans le mouvement n’a pas pour but de voir ses œuvres connues comme celles de PoC ou de JBX, mais veulent juste se faire plaisir et faire plaisir à ceux qui veulent les écouter. Aussi, il ne faudra jamais perdre de vue qu’on ne peut pas imposer l’augmentation de la notoriété aux gens, mais juste l’offrir à ceux qui la désire. La diffusion par Internet est l’un des grands aspects des sagas audio qui ne doit pas être remplacé par un autre, mais le système actuel doit être amélioré.

L’internaute : cet être immatériel si réel

Quand on parle d’Internet et de législation à appliquer sur le réseau, on invite et on parle des grandes sociétés qui feraient le web comme Facebook, Google et consors. Mais il y a toujours les grands oubliés de l’Internet, ceux qui vivent sur le réseau et qui le font tourner : les internautes.

Qu’est-ce qu’un internaute ?

Question importante. Pour les médias, ils forment une communauté à part qui fonctionne indépendamment de la société, ils sont vus au mieux comme des personnes étranges et au pire comme des gens faisant partie d’une secte. Dans tous les cas, les internautes sont vus comme des gens bizarres, à marginaliser et bons pour l’asile psychiatrique. Si les médias tiennent un tel discours, c’est tout simplement parce qu’ils perçoivent Internet comme un concurrent dangereux et donc ses acteurs (les internautes), doivent être traités avec mépris et traînés dans la boue.

La réalité est bien plus complexe et différente que la vision du discours simpliste et haineux des médias. Par simple définition, l’internaute est l’utilisateur d’Internet ; ainsi, toi qui est en train de lire le billet de ce blog, peu importe le moyen (courriel, flux RSS, site web…), tu es de fait un internaute. Il est très hypocrite de la part des médias de mépriser les internautes qui sont les lecteurs exclusifs de leurs sites web.

L’incarnation de l’Homme dans la dimension Internet

L’internaute navigue au sein du réseau dimensionnel qu’est Internet, il est celui qui vit et qui fait vivre ce réseau. Considérant qu’Internet est une dimension parallèle et interagissant avec ce qui est communément et faussement nommé la vie réelle, l’internaute est en réalité un être propre qui est sur le réseau l’image de l’humain auquel il correspond dans la vie réelle. Pourquoi une telle distinction ? Parce que l’internaute se déplace dans une dimension nommée le cyber-espace différente de la dimension dans laquelle l’être humain se trouve. Le cyber-espace est souvent considéré comme immatériel, ce qui est à la fois vrai et faux. Cette dimension a ses lois propres, ses référentiels et ses caractéristiques qui ne peuvent être mises en comparaison avec ceux de notre dimension ; cependant, le cyber-espace existe par le biais de signaux électro-magnétiques circulant à travers des câbles, des satellites, des serveurs ou encore des ordinateurs. Toute l’architecture du numérique et d’Internet détermine le cyber-espace.

Comme je l’ai indiqué la semaine dernière, Internet est un réseau qui ne peut être contrôlé par aucune personne, organisation ou état, car il a été conçu pour cela. Il est totalement indépendant et fonctionne de manière anarchique avec seulement des principes qui basent les relations entre les internautes. Ces derniers sont les acteurs et les habitants d’Internet, une dimension fascinante dans le sens où elle est la toute première dimension parallèle à la nôtre avec laquelle nous pouvons interagir. Nous y avons nos avatars qui agissent selon une certaine pensée qui peut être différente et aussi semblable à celle que nous avons dans la vie réelle. Internet n’est pas peuplée d’êtres humains, mais d’internautes qui sont l’incarnation directe des humains dans une dimension différente de la leur.

Internaute et cybernaute

Au sein des internautes, on peut distinguer deux grandes catégories : les internautes passifs et les cybernautes. Les premiers sont les utilisateurs lambda qui sont pour la plupart plus des consommateurs d’Internet et qui utilise le réseau pour faire des achats, communiquer via les réseaux sociaux, partager leurs photos… sans vraiment être conscients de la portée de leurs actes. Les cybernautes sont les membres qui participent activement à la vie d’Internet par le biais de la participation au sein de communautés autour de projets ou d’actions de défense du réseau. Les cybernautes forment les communautés que l’on peut croiser sur des projets comme Wikipédia ou OpenStreetMap, mais sont aussi au sein d’organisations comme la Quadrature du Net, le Parti Pirate ou l’Electronic Frontier Foundation.

L’importance des cybernautes est essentielle, car ce sont eux qui ont permis à Internet d’être ce qu’il est et qui le défendent contre les tentatives de contrôle par les états et les lobbys. Ce sont eux qui défendent la vie privée sur Internet et qui ont mis en place les procédés de cryptage de données. L’Internet libre est entièrement le fait des cybernautes et s’il arrive encore à subsister, c’est grâce à eux. Les internautes passifs sont peu au fait de la réalité d’Internet et de sa structure et il est nécessaire pour eux de les comprendre afin qu’ils puissent utiliser Internet et non le consommer simplement, car Internet existe grâce à eux, mais ils existent aussi grâce à Internet ; à la même manière qu’une nation n’existe que si elle a un peuple, tout comme un peuple ne peut réellement exister qu’avec une nation.

Nous sommes tous des internautes potentiels ou existants et il faut prendre conscience d’exister au sein de la dimension Internet, sans cela, nous ne faisons que subir et consommer une chose qui peut offrir un bien meilleur potentiel. Les médias parlent d’Internet et des internautes avec mépris, car ils sont ceux qui leur ont fait perdre leur monopole sur l’information, ainsi qu’une partie de leur crédibilité.