Première citation

« C’est lorsque des fanatiques s’attaquent à nous que nous sommes certains d’avoir raison et d’être sur la bonne voie. » – Juraastro

Absence de 9 jours

Études obligent, je serai absent à partir de demain pendant 9 jours. Cependant, vous ne serez pas sans nouvelles, car je vous ai concocté quelques petits billets qui paraîtront tout les 2 jours. Ils ne seront pas forcement très long, mais le but du jeu sera plus que de vous faire un peu réfléchir sur leur contenu et de me donner les conclusions de vos réflexions dans les commentaires. Autrement dit, j’inverse les rôles et donne la parole aux lecteurs ;). Je prendrai le temps de vous lire et de vous répondre à mon retour.

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Wikidata ou le pire projet jamais créé par Wikimedia

Avant-dernier né des projets de Wikimedia Foundation, Wikidata est aux données sur Wikipédia ce que Wikimedia Commons est aux images pour les projets de la Wikimedia Foundation. L’objectif initial du projet est louable, mais l’opacité et la complexité du wiki font qu’il est en réalité une fausse-bonne idée qui se révèle être le pire de tous les projets jamais lancés par la Foundation.

Représentation de la centralisation des données sur Wikidata

Représentation de la centralisation des données sur Wikidata (HenkvD, CC-BY-SA 3.0, Wikimedia Commons)

Un lancement contestable

Wikidata a été développé par l’association Wikimedia Deutschland au début de l’année 2012. Il est ouvert à la contribution fin octobre 2012 et est alors mis entre les mains de la Wikimedia Foundation qui se charge à la fois du déploiement et de la maintenance du site. Bien que l’arrivée de ce projet ait été annoncée régulièrement durant toute l’année 2012, l’énorme problème qui se pose est que la communauté wikimedienne n’a pas été consultée pour le lancement ou non de ce site. Les différentes versions de Wikipédia se sont alors retrouvées avec un nouveau projet qui allait changer leur manière de contribuer, sans pour autant avoir leur mot à dire. La conséquence est que l’on se retrouve avec un projet qui rentre assez péniblement dans les pratiques wikipédiennes et qui est une véritable usine à gaz que la plupart des contributeurs, même expérimentés, n’arrivent pas à maîtriser. La conséquence est que ces contributeurs renoncent alors tout simplement à relier leurs nouveaux articles avec des liens interwikis, étant donné que la nouvelle doctrine est « Wikidata ou rien ». Cependant, je ne parle là que des liens interwikis, donc la modification sur Wikidata n’est pas intuitive, mais n’est pas encore trop compliquée lorsque le système a été compris ; ce qui est beaucoup plus inquiétant est ce qui se passera quand les phases 2 et 3 seront achevées (centralisation des données des infobox et des listes) où les données sont plus complexes.

Une définition contradictoire

Le principe de base de Wikidata qui est de centraliser en un seul wiki les données de base des articles de Wikipédia comme les liens interwikis, les populations dans les infobox… semble de prime abord être une bonne chose. Cependant, il est assez problématique de voir un tel projet ne pas avoir de définition claire pour sa propre communauté (bien que ce problème existe également chez la plupart des contributeurs de Wikipédia). Si on lit sur la page d’accueil de Wikidata « Base de connaissance libre », on lit dans la définition et dans l’introduction du site qu’il s’agit d’une base de données. Or, ce sont deux types de bases qui sont très différents ; dans sa définition même, Wikidata se rapproche plus d’une base de données.

Par ailleurs, un énorme problème va très très vite se poser au niveau de la gestion des données des infobox. En effet, Wikidata est un projet international sans version linguistique spécifique (comme Commons) ; les données devront être reliées à des sources fiables et vérifiables sur Wikipédia, mais comment ces données pourront être gérées si les différentes sources utilisées par les différents utilisateurs sont différentes ? Par exemple, la population de la France, on peut supposer que les américains utiliseront les données du World Factbook de la CIA qui donne une estimation de 65,95 millions d’habitants en juillet 2013, mais les contributeurs français pourront leur opposer les données de l’INSEE qui affichent 64,61 millions d’habitants, mais datent de 2010. Quelle source devra être utilisée pour quelle donnée ? Un véritable casse-tête dans un projet où des sources fiables et officielles peuvent être variées et donner des versions différentes. Si l’objectif de Wikidata est d’uniformiser les données sur toutes les Wikipédia, il est difficile de concevoir comment cet objectif pourrait être atteint à partir de sources variables, mais tout aussi légitimes les unes que les autres.

Un frein à la contribution sur Wikipédia

D’après les créateurs de Wikidata, la centralisation de ces données permettrait d’améliorer la qualité des contributions sur Wikipédia, car les contributeurs ne perdront plus leur temps à effectuer la maintenance des données des infobox. C’est une vision des choses qui se défend, mais à laquelle s’oppose la complexité du code et du fonctionnement du projet. Il est même très probable que Wikidata ait l’effet inverse et bride la participation à Wikipédia dans certains domaines où la manipulation de données prend une part non-négligeable dans les contributions. D’expérience, les nouveaux contributeurs ne savent pas souvent que les images de Wikipédia sont situées sur Commons et demandent régulièrement comment placer les images sur Wikipédia. Le même problème va arriver avec Wikidata, car le contributeur devra préalablement savoir que les données se trouvent sur un autre wiki, sinon il sera très vite dérouté de voir des données dans l’article qui n’apparaissent pas dans son code. Par ailleurs, les nouveaux contributeurs ne tentent pas toujours de partir dans des projets très ambitieux et la mise à jour de données est généralement un point de départ intéressant pour voir de manière simple comment modifier un article. Si jamais le nouveau sait qu’il doit aller sur Wikidata pour effectuer cette mise à jour, il risque fort de ne rien faire du tout, au vu de la grande complexité du fonctionnement du site et abandonnera son projet, ce qui pourrait même engendrer une perte de motivation de participer à Wikipédia, si la prise en main à la contribution lui paraît beaucoup trop complexe.

Par ailleurs, si jamais Wikidata venait à être vandalisée, ce seront toutes les versions linguistiques de Wikipédia qui seront affectées. Wikidata ne peut être comparée à Commons, car il est impossible de vandaliser une image directement ; le vandalisme de l’illustration ne pourra se faire que sur Wikipédia avec le changement de l’image dans le code de la page, donc une seule version linguistique sera affectée. Sur Wikidata, le vandale va détériorer 285 fois Wikipédia pour le prix d’un seul clic !

En résumé, Wikidata est :

  • Un projet non-légitime, car imposé sans consultation communautaire
  • Un projet flou et opaque dans sa définition même, ce qui permet d’émettre un énorme doute quand à son efficacité
  • Un projet dont la gestion du contenu sera très hasardeuse, donc d’une fiabilité très relative
  • Un projet qui risque plus de décourager et de faire fuir les nouveaux contributeurs sur Wikipédia que de les encourager et les aider à participer
  • Un projet extrêmement plus vulnérable au vandalisme que Wikipédia

De mon point de vue, Wikidata aurait une utilité et une efficacité réelle si son application restait confinée aux liens interwikis, car la gestion centralisée de ce type de liens est un progrès incontestable. Mais je peux avertir la communauté d’une chose, si j’utiliserai Wikidata pour les liens interwikis, qu’elle ne compte pas sur moi pour faire de même avec les autres données.

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Le libre accès au savoir : un droit fondamental de l’Humanité

Le savoir. Chose à la fois immatérielle et réelle que l’Humanité détient. Il est ce qui la caractérise et ce qui fait son unicité et sa diversité. Le savoir est créé par l’Homme, détenu par l’Homme et partagé par l’Homme ; le savoir n’a nulle autre valeur que celle d’être partagé sans contre-partie. C’est bien là le problème du monde actuel, où les lois marchandes et des organismes illégitimes et criminels décrètent que tout s’achète, tout se vend et que celui qui ne comprend pas ou combat ce système doit être brisé sans remords. Un système où l’Humanité ne compte pas, où le savoir se vend et est détenu par une élite qui veut bien le partager moyennant finance de la part de celui qui le réclame : un véritable crime contre l’Humanité.

Le savoir n’est pas destiné et détenu par les seules élites

Lorsqu’on lit que le directeur de la BNF justifie devant l’Assemblée Nationale le refus de numériser pendant 10 ans plusieurs centaines d’ouvrages au seul prétexte qu’ils n’intéresseraient que les chercheurs, nous avons le témoignage d’une élite rétrograde qui sait qu’elle détient le savoir et qui décide ce que le public a le droit de savoir ou d’ignorer. « Le savoir c’est le pouvoir » ; c’est sur ce principe qu’ont tenus les gouvernements successifs du monde de l’Antiquité jusqu’au XIXe siècle, ceux qui savent ont la légitimité pour commander, la légitimité pour parler et la légitimité pour transmettre ce qu’elle veut transmettre. Le monde actuel est aujourd’hui bouleversé par la chute de ce principe qui a réussi à se maintenir jusqu’à la démocratisation d’Internet.

Fer de lance de cette révolution, Wikipédia a beau avoir ses défauts et être perfectible, il n’en reste pas moins que les principes qu’elle a lancés ont permis au savoir d’échapper au contrôle de ces élites qui détenaient le savoir et le distribuait selon leur bon plaisir. Il ne faut guère s’étonner que les grands combattants de la première encyclopédie en ligne mondiale appartiennent à cette élite qui voit son contrôle sur le savoir s’envoler comme des grains de sable dans le vent ; qui n’a jamais eu peur de perdre ses privilèges et de crier au scandale lorsqu’il les perd ?

L’accès au savoir doit être libre

Qu’est-ce que le libre accès au savoir ? Tout simplement pouvoir accéder au savoir de la manière dont on le désir, quand nous le désirons et dans la quantité que nous le désirons. Le savoir n’a aucune valeur marchande et nul humain ne doit payer pour y avoir accès, tout comme celui qui transmet son savoir à une personne ne doit pas lui demander une rétribution en retour, commettant dans le cas contraire un acte purement immoral. Les licences libres permettent cette diffusion du savoir à l’Humanité sans restrictions et sans contreparties financières.

Cependant, le choix de la licence CC-BY-SA par Wikipédia est très discutable du fait qu’il autorise la réutilisation à des fins marchandes, autorisant des personnes malveillantes à réutiliser le contenu de l’encyclopédie à des seules fins financières. On argumente souvent que cela permet la diffusion par la vente de livres, de disques ou de supports autres qu’Internet, ce qu’une licence comme la CC-BY-SA-NC n’autoriserai pas. Le terme d' »utilisation commerciale » dépend assez souvent du point de vue ; mais on peut considérer que si une personne achète un CD, y grave le contenu de l’encyclopédie et donne le CD à une autre personne en ne lui faisant payer que le prix du CD, cette personne n’a pas fait d’acte commercial, car elle n’a pas gagné d’argent ; l’acheteur a acheté le support (le CD), mais pas le contenu (l’encyclopédie). Cet exemple rentre dans les conditions de la CC-BY-SA-NC, car l’acheteur n’a pas payé pour le contenu. Nous sommes dans le même cas qu’un internaute qui consulte Wikipédia par le web, il paye le support (l’ordinateur + l’abonnement à Internet), mais ne paye pas l’accès au site et à son contenu.

Par conséquence, un savoir où l’échange se fait par simple achat du support est parfaitement moral et libre, car l’acquéreur n’a pas payé pour obtenir le savoir. On pourrait répliquer à cet exemple que ce n’est pas entièrement libre, car cette personne a tout de même payée pour le support, mais la transmission libre du savoir à 100 % ne peut exister que sous une seule forme : la transmission orale qui présente l’inconvénient de voir le savoir déformé au fil du temps. Un savoir fiable sur le long terme nécessitera toujours des frais, mais l’objectif est de réduire autant que possible les frais pour l’acquéreur de faire en sorte qu’il ne verse jamais le moindre centime pour le savoir en lui-même.

Le savoir ne doit pas être contrôlé

Un savoir libre est également un savoir qui n’est contrôlé d’aucune manière, que ce soit pendant sa rédaction ou sa diffusion. Les encyclopédies sont d’excellents vecteurs de diffusion du savoir, car l’être humain peut avoir accès à l’intégralité du savoir de manière organisée et complète. Là où Wikipédia prouve l’indépendance du savoir est le principe de neutralité de point de vue qui permet la diffusion de plusieurs points de vue sur un même sujet, permettant au lecteur d’avoir accès à un savoir complet sur lequel il peut se faire son propre avis. C’est aussi pour cela que les élites critiquent de manière virulente Wikipédia, c’est parce qu’elle offre à ses lecteurs l’intégralité du savoir, même celui qui ne doit pas être transmis, car hérétique pour la pensée très orthodoxe de ces élites. Par leurs critiques, elles expriment aussi leur frustration ne n’avoir pu contrôlé le savoir sur cette encyclopédie et d’avoir arrangé le contenu selon leur volonté, dans leur seul intérêt idéologique et/ou personnel.

Bien entendu, toutes les élites ne sont pas anti-Wikipédia et certaines personnes acceptent aujourd’hui de travailler et de voir leur travail dans une même publication que les gens qui ne sont pas de leur rang. Ces personnes auxquelles on peut rendre hommage souffrent cependant du mépris qu’émettent certains non-experts, expliquant en grande partie la fuite de ces experts dont la participation reste nécessaire à l’encyclopédie. Il serait utopique de penser que le fanatisme n’existe pas des deux côtés et que seul l’une des deux parties est en tort. La véritable encyclopédie est celle qui transmettra un savoir émis par l’Humanité toute entière, ce qui inclut ces élites et ceux qui n’en font pas partie.

Une chose que l’on ne peut pas reprocher à ces élites est leur franchise, car ils admettent eux-mêmes que le savoir n’est plus contrôlé, alors qu’il l’était avant. Elles émettent directement leur panique face à leur perte de pouvoir sur les masses, à la fin de leur monopole et à la fin de leur business. Le peuple, cet amas de bouseux ignorants qui devraient penser comme ils le veulent, se révolte et décide par lui-même de construire lui-même et de transmettre lui-même le savoir, dont celui dont il a été privé durant des siècles.

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Notre pseudonyme est notre identité sur Internet

Derrière un pseudonyme sur Internet, il y a toujours une personne physique et morale. Cependant, nos actions sur le web sont reliées à notre pseudonyme qui devient notre identité numérique aux yeux des autres internautes. Nos actes sur Internet ne sont virtuels, il ne s’agit que de signaux électriques transmis à travers des câbles vers le monde entier, mais leurs conséquences peuvent être réelles.

Une identité anonyme

Le pseudonyme garanti à l’internaute un anonymat relatif qui lui permet d’agir sur Internet sans que cela n’ait des conséquences sur sa vie réelle. Contrairement à ce que pensent les opposants à l’anonymat, l’usage d’un pseudonyme n’est pas une négation de la responsabilité de ses actes, mais une sécurité face aux organisations et aux personnes qui tentent de pomper autant de données que possible sur les citoyens pour se faire de l’argent et pour éviter des représailles dans la vie réelle contre eux-même ou leurs proches. Être anonyme n’est pas incompatible avec être responsable, mais permet d’éviter de subir des actes illégaux ou injustes dans la vie réelle.

Double personnalité

Notre personnalité réelle et notre personnalité virtuelle peuvent être mises en parallèle, mais elles ne sont pas confondues. Lorsque nous arrivons sur Internet, nous créons un pseudonyme et nous nous forgeons une nouvelle identité, une nouvelle pensée qui ne s’applique que sur Internet. Nous sommes différents de ce que nous sommes réellement ; une partie de notre réflexion et de nos actes sur Internet sont inspirés du « nous » réel, mais il n’en fait pas partie. Lorsque nous sommes sur Internet, nous sommes une autre personne tout en étant nous-mêmes ; nous réussissons à nous forger une double identité et à créer une autre vie parallèle à la vie réelle. La création de cette identité numérique, indépendante de notre identité réelle tout en étant étroitement associée, est ce qui nous permet d’être à l’aise et d’être ce que nous voulons être sur le réseau. Le cloisonnement de ces deux identités permet de séparer la vie réelle de la vie virtuelle, chose essentielle si une personne anonyme veut le rester longtemps sur Internet.

Séparation de la vie réelle et de la vie numérique

Garantir notre anonymat sur Internet nécessite également de séparer la vie numérique de la vie réelle. Ce que nous faisons sur Internet doit être indépendant autant que possible de la vie réelle. Lorsque la vie réelle et la vie numérique sont étroitement liées, il vaut alors mieux utiliser sur Internet son identité réelle, car l’usage d’un pseudonyme anonyme est inutile ou du-moins, son efficacité est très limitée dans le temps. Cela ne veut pas dire qu’un internaute anonyme ne doit pas être public et doit rester cloîtré derrière son écran, une personne anonyme publique peut exister. Cependant, cela nécessite d’avoir une totale identité cohérente coupée de toute information personnelle qui pourrait permettre l’identification réelle de l’internaute. Le bon internaute anonyme est celui qui maîtrise et qui contrôle parfaitement la diffusion de ses informations personnelles.

Cependant, une de ces deux vies ne doit pas prendre le pas sur l’autre. Il doit exister un équilibre entre elles et une connexion suffisamment solide pour forger l’individu moral que nous sommes, mais aussi suffisamment fragile pour qu’il soit facilement brisé sans que cela n’ait de grandes conséquences sur l’individu.

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