Un article ne nous appartient pas, mais il est notre reflet

Un aspect important de la rédaction d’articles dans un wiki sous licence libre est que nous ne sommes pas propriétaire des articles. Si on compare cette situation au code de la propriété intellectuelle, c’est plutôt logique étant donné que les « propriétaires » des articles en sont ses auteurs, donc dans le cas de wikis collaboratifs, l’article ne nous appartient qu’en tant que co-auteur.

L’article n’appartient pas à une personne, mais à l’Humanité

Le principe des wikis ouverts comme Wikipédia est de permettre à n’importe qui de modifier un article, ce qui fait qu’en réalité, l’article appartient à ceux qui ont déjà contribué dessus, mais aussi à tous ceux qui peuvent potentiellement le modifier, donc l’intégralité des personnes de ce monde. On reproche souvent à Wikipédia de faire disparaître la notion d’auteur, mais ces critiques oublient qu’une encyclopédie est destinée à permettre à l’Humanité d’avoir l’intégralité de son savoir à disposition et il est intolérable de penser ou de considérer que le savoir ne doit être qu’entre les mains d’élites qui savent, tandis que les moutons du peuple qui ne savent pas doivent croire l’élite sur parole sans broncher. La véritable encyclopédie est celle que l’Humanité construit pour elle-même ; l’auteur en est l’Humanité, l’éditeur est l’Humanité et le lecteur est l’Humanité, tel est le principe de base de Wikipédia, et ce principe n’est pas négociable.

Il est toujours amusant de voir des personnalités publiques ayant un article leur étant consacré sur Wikipédia demander (quand ce n’est pas leur service de communication) à ce qu’il soit le rédacteur exclusif de l’article, sachant que généralement il cherche à connaître les auteurs antérieurs de l’article et demande ce que personne d’autre qu’elle-même ne modifie l’article, les personnes tierces devant demander une autorisation. Ceci montre une ignorance à la fois de ce qu’est un wiki et du principe et de l’objectif de l’encyclopédie ; mais à ce niveau Wikipédia paye son excellent référencement dans les recherches Google, référencement qui parfois devrait être revu à la baisse pour certains articles. Mais qui pourrait reprocher à quelqu’un de vouloir contrôler sa réputation sur Internet, surtout sur un site comme Wikipédia qui fait autorité (parfois à tort) dans le domaine de la recherche sur le web ? Moi. Car vouloir contrôler ce qui ce dit pour supprimer la diffamation et les informations fausses pouvant porter préjudice est un acte que je soutiens entièrement, mais manipuler le contenu d’un site public pour cacher certains actes (montrant que ces gens n’ont pas la maturité suffisante pour assumer leurs actes) ou pour embellir leur CV est un acte que je condamne fermement et que la patrouille RC combat chaque jour.

Un article est le reflet de ses auteurs

Bien que Wikipédia soit ouverte, il existe certains us dans la modification d’un article, afin de permettre un respect vis-à-vis du travail d’autrui. Nous avons chacun notre manière de mettre en forme un article (un exemple fréquent est la mise en forme des pieds de page), mais tant qu’elle respecte les règles et recommandations, il est coutumier de laisser la mise en forme mise par l’auteur original de l’article. L’auteur principal d’un article est celui qui a le plus participé en terme d’ajouts et d’améliorations du contenu ; l’article possède généralement les caractéristiques de rédaction de cet auteur principal. Si la rédaction de l’article est le fruit d’une collaboration active de plusieurs personnes, le contenu sera plus hétérogène qu’un article rédigé par une unique personne, mais il sera le reflet de la collaboration de plusieurs personnes qui auront créé un style particulier qui ne sera ni plus ni moins qu’un mélange des leurs différents styles, donnant à l’article un aspect cohérent et homogène.

S’approprier les articles

Bien que dans les faits, nous ne pouvons nous déclarer propriétaire des articles, nous nous approprions notre propre travail (ce qui est normal). Ainsi, nous nous approprions les articles que nous avons créés et modifiés en profondeur, appropriation qui se caractérise notamment par l’inclusion des articles dans nos listes de suivi. Ce fait est une forme de légitimer nos contributions dans nos domaines de prédilection, mais aussi une manière pour nous d’avoir l’impression d’être en contact avec un contenu familier et non étranger, point qui nous permet d’être rassurés face à ce contenu. Est-ce que l’appropriation des articles est une mauvaise chose ? Non, car d’abord c’est une caractéristique humaine que nous ne pouvons pas supprimer comme par enchantement et elle permet à un contributeur de naviguer et de surveiller un champ délimité d’articles dont il connaît bien le sujet, ce qui limite le risque de vandalismes et d’insertions de canulars.

L’appropriation ne devient un vice que lorsque le contributeur exprime de l’intolérance face à ceux qui modifient les articles qu’il considère comme étant les siens, ce qui est contraire au principe de collaboration et au quatrième principe fondateur. Ce type de contributeur se caractérise par une tendance à être vite agressif lorsque son travail est critiqué et tente de se légitimer en prouvant qu’il a autorité sur « ses » articles, car il en est le seul contributeur qui y contribue de manière régulière et sérieuse. Il a par ailleurs une fâcheuse tendance à parfois mettre en avant le caractère personnel de ses créations dans l’encyclopédie, refuse souvent que son travail soit modifié par une personne tierce sans son autorisation et montre un refus catégorique à écouter les autres, considérant qu’il a raison et que les autres ont formés une cabale contre lui. Il en découle que la plupart de ces contributeurs sont bloqués, voire bannis pour non-respect des règles de savoir-vivre et du principe de collaboration, chose qui est dommageable, car il s’agit souvent de personnes qui ont un fort potentiel à améliorer les articles, mais qui peut accepter de travailler avec des gens qui font ce qu’ils veulent et se comportent comme des pitbulls quand ils s’adressent à vous ?

Licence Creative Commons
Cette œuvre de Juraastro est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution – Pas de Modification 3.0 non transposé.

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3 réflexions sur “Un article ne nous appartient pas, mais il est notre reflet

  1. Le dernier paragraphe me rappelle ce qu’a dit Andrew Carnegie, un des barons de l’industrie sidérurgique américaine au début du XXe siècle. Il refusait d’employer quelqu’un qui était très compétent s’il ne parveniat pas à s’entendre avec les autres. Carnegie jugeait que c’était nocif à la réussite de ses entreprises.

    • La base d’un projet collaboratif étant la collaboration, il est difficilement possible qu’une personne individualiste puisse s’y épanouir et puisse agir sans heurts avec la communauté de collaborateurs. Il est malheureusement dommage que certaines personnes compétentes aient une telle mentalité, car c’est un manque qui ne peut être comblé ; cependant, je note que la plupart de ces individualistes sont imbus de leur personne parce qu’ils n’ont que trop conscience de leur compétence, ce qui a tendance à les rendre assez arrogants. De mon point de vue, entre éjecter un membre compétent, mais individualiste et conserver un individu capable de détruire la force de travail de plusieurs personnes collaborant, je préfère encore la première solution. Sur ce type de projet, c’est aux gens de s’adapter à la communauté, pas à la communauté de s’adapter aux gens.

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