Quand l’affaire Snowden dévoile de graves carences démocratiques

L’une des grandes bases de la démocratie, c’est la transparence. Or, les révélations d’Edward Snowden à propos des différents programmes de surveillance de la NSA démontrent que même dans les pays réputés les plus démocratiques, la transparence n’est pas vraiment de mise au sein des institutions gouvernementales. Au-delà de cette problématique, de nombreux gouvernements veulent maintenant faire taire ceux qui révèlent l’ampleur de l’espionnage de la NSA et passer aussi vite que possible sur cette affaire.

Carte de l'ampleur de l'espionnage de la NSA à travers le monde

Un espionnage mondial qui dévoile le manque de démocratie dans de nombreux pays (Rezonansowy, d’après National Security Agency, CC0)

Le secret défense : cette notion invoquée à tort et à travers

Le secret-défense est une disposition bien pratique pour camoufler toutes sortes de choses qui pourraient faire ombrage à des intérêts politiques ou économiques. Certes, son existence est nécessaire pour permettre la défense des états, mais, comme tout système dont le but initial est légitime, il est confronté à de graves abus qui permettent souvent de camoufler des activités illicites de politiciens, d’institutions gouvernementales ou même d’hommes d’influence plus ou moins proches des politiques. Quelle est la doctrine prônée derrière ces pratiques ? Officiellement, qu’il est parfois nécessaire de faire quelques entorses à loi pour protéger les intérêts de la Nation, sachant que si la loi est bien faîte logiquement, il n’y a pas de réel besoin de l’enfreindre pour protéger un état. La réalité est surtout de camoufler des pratiques illicites, qui pourraient faire tomber de nombreuses têtes importantes situées au sommet des institutions étatiques, si elles étaient découvertes.

Pour le cas de la NSA et de son espionnage massif à travers le monde, le secret défense est bien sûr invoqué pour protéger ces pratiques, légales comme illégales, et l’opacité du système est telle que même les membres du Congrès américain n’y ont pas réellement accès. Or, la défense des intérêts américains est-elle vraiment l’unique but sous-jacent à ces pratiques d’espionnage ? On peut en douter, car la NSA n’a pas fait qu’espionner des pays considérés comme ennemis ou alliés des États-Unis, mais elle a également mis en place un programme d’espionnage visant aussi bien les citoyens américains que les citoyens non-américains, présents ou non sur leur territoire. Le secret défense n’était d’ailleurs pas justifié, puisque l’Electronic Frontier Foundation a réussi cet été à obtenir la déclassification de nombreux documents relatifs aux programmes d’espionnage de la NSA de ces 15 dernières années.

Le rôle des médias

Le pouvoir des médias est très important dans une démocratie (il est même considéré comme étant le quatrième pouvoir aux États-Unis, après l’exécutif, le législatif et le judiciaire). Leur rôle premier est certes d’informer les gens, mais il est aussi de permettre une réelle transparence et un débat démocratique autour de nombreux sujets touchant la société. Dans l’affaire Snowden, comme dans de nombreuses affaires conduisant à des scandales, les médias sont des vecteurs primordiaux et il est préférables que ces médias soient à peu près neutres politiquement parlant et à grand tirage. Ce n’est donc pas anodin que ce soient des journaux comme The Gardian, Der Spiegel ou Le Monde qui relayent ce type d’information.

Siège du Guardian, à Londres

The Guardian, le principal média a dévoiler les révélations d’Edward Snowden à propos de l’espionnage de la NSA (Bryantbob, CC-BY-SA 3.0)

Quand les gouvernements tentent d’étouffer l’affaire

Les justifications de tels programmes d’espionnage sont difficilement tenables et les gouvernements occidentaux qui en dépendent le savent très bien. Pour se débarrasser d’une affaire très encombrante, notamment en période électorale (les élections européennes seront en juin 2014), les différentes gouvernements concernés par cette affaire ont choisis trois axes : la peur, l’oubli et la censure (des axes que l’on retrouve bizarrement dans les états totalitaires pour se débarrasser des choses ou de personnes encombrantes).

Premier axe : la peur, il s’agit de justifier aux citoyens l’existence de systèmes d’espionnage violant leur vie privée et leur intimité en jouant sur la peur du crime et du terrorisme ; on peut résumer ce discours sous la forme suivante : « pour que vous soyez en sécurité, nous devons savoir ce que vous faîtes ». Il serait donc dans l’intérêt de la société qu’elle soit espionnée sous toutes ses coutures ; un point qui fait écho de manière très inquiétante avec 1984 de Georges Orwell.

Deuxième axe : l’oubli. Pour les gouvernements occidentaux, cette affaire est très gênante, car ils dépendent eux-mêmes beaucoup de la NSA et de ses informations, et s’indigner contre ce programme serait une totale hypocrisie pour ceux qui utilisent à leur échelle des programmes d’espionnage similaires. Pour ne pas apparaître complice auprès de l’opinion publique, ils commencent d’abord par s’indigner et à lancer des avertissements diplomatiques classiques (convocation de l’ambassadeur, discours indigné…). Ensuite, une fois que l’opinion a l’impression que leur gouvernement est de leur côté, elle doit oublier cette affaire. Pour cela, il suffit de cesser d’en parler et de faire tomber son traitement dans le mécanisme technocratique européen.

Représentation de Big Brother issu de 1984 de George Orwell

Les gouvernements nous espionnent et ce fait doit être accepté par les citoyens qui doivent rester dans l’ignorance (Frederic Guimont, licence Art libre)

Troisième et dernier axe : la censure. Il ne concerne pas tous les pays, mais essentiellement ceux dont les médias sont à l’origine de la diffusion des révélations d’Edward Snowden. Ainsi, le premier ministre britannique a menacé hier d’intervenir à l’encontre de la presse britannique (notamment The Guardian) si elle ne cessait pas de publier les documents dévoilés par Snowden. Quelles seraient ces interventions ? Des injonctions, des interdictions de publications, ou encore des « mesures plus radicales ». Il ne s’agit là ni plus, ni moins que des menaces explicites de censure, au nom de la sécurité nationale et du secret défense.

Pour conclure, l’affaire Snowden ne dévoile pas des graves carences démocratiques à cause de l’opacité et de l’illégalité des programmes d’espionnage, mais aussi parce que au nom d’un principe utilisé abusivement dans les milieux politiques, on tente de censurer les médias qui font leur travail et on tente de détourner l’opinion publique de ces préoccupations. L’un des rares points positifs que l’on peut constater, c’est que certaines œuvres d’Orwell ont connu un regain d’intérêt ; mais dans ses romans comme dans notre monde actuel, les gouvernements ont un même discours : « Big Brother is watching you ».

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