États et Internet : la guerre est déclarée

Les révélations d’Edward Snowden ont permis une chose très importante : dévoiler au monde entier que les états démocratiques comme dictatoriaux n’acceptent pas la présence de cette dimension parallèle humaine qu’est Internet ; ou plus exactement, ils n’acceptent pas que leurs citoyens puissent échapper à leur contrôle et naviguer librement dans une autre dimension où leurs lois n’ont aucune valeur. Entre les états et Internet, la guerre est déclarée et par extension, les États ont déclaré la guerre aux citoyens du monde entier.

Complexe de supériorité

Les états, quelle que soit leur légitimité, disposent d’un pouvoir sur leurs citoyens ; toute personne disposant d’un pouvoir cherche toujours à le conserver aussi longtemps que possible. Si dans de nombreux pays, les religions ont été persécutées pendant des décennies, c’est parce qu’elles exerçaient sur le peuple un pouvoir (pas forcement légitime, certes) parallèle qui faisait concurrence avec celui de l’État.

Internet est une nouvelle dimension humaine avec de nouveaux espaces, de nouvelles règles et de nouveaux référentiels ; cette dimension est parallèle à la dimension que l’on nomme « réalité » où sont situés nos institutions, nos sens habituels et les états. Plus qu’un réseau, Internet est une nouvelle dimension où l’esprit humain peut s’évader, en dehors du contrôle de l’État ou de toute autre organisation. Or, c’est bien là qu’est le problème aujourd’hui pour les états, leurs citoyens sont capables d’aller dans un lieu qui échappe à leur contrôle et où les gens peuvent découvrir d’autres points de vue, de nouvelles idées qui ne sont pas toujours dans les conventions prêchées par les organisations traditionnelles.
Dans le complexe de supériorité qui les anime, il est inconcevable ne serait-ce qu’une seule fraction de seconde que les états puissent perdre le contrôle qu’ils exercent sur leurs citoyens, non c’est impossible ! Que faut-il faire ? Contrôler la dimension où ils vont pour contrôler ce que font les citoyens, et si ce n’est pas possible, rendre la vie des citoyens impossible dans cette dimension pour qu’ils s’en détournent.

Paranoïa aiguë

L’inconnu fait peur, surtout lorsqu’on ignore de quoi il s’agit. Dans la démarche des états vis-à-vis d’Internet, il y a une paranoïa aiguë : celle que les citoyens soient détournés de la sacro-sainte voie idéologique qui a été tracée. L’État doit savoir ce que ses citoyens consultent et pensent sur Internet, c’est l’ordre naturel des choses de contrôler que tous suivent bien ce qui a été décidé. Aussi Internet est un danger public pour les états qui doivent soit en prendre le contrôle, soit le détruire, soit faire en sorte que les citoyens s’en détournent pour aller vers un artefact du réseau créé par les états eux-mêmes.

Pour que les citoyens puissent avaler la pilule, on agite les épouvantails du crime organisé et du terrorisme. Certes, ces deux fléaux se servent abondamment d’Internet et ils doivent être combattus ; mais cela ne doit pas être un motif pour créer un monde digne de 1984 où l’État utilise la technologie pour contrôler les citoyens et faire en sorte qu’ils pensent comme il le souhaite. Pour assouvir et rassurer leur paranoïa aiguë, les états rendent leurs citoyens paranoïaques et crééent une ambiance de peur et d’angoisse qui leur permet de justifier et de faire accepter les mesures répressives et intrusives utilisées sur Internet. Par ailleurs, ils tentent d’endormir leur conscience en leur faisant croire que cela ne sert qu’à lutter contre le terrorisme et le crime organisé, alors que les citoyens n’ont aucun droit de regard sur ces opérations et rien ne prouve qu’une gigantesque collecte de données permanente n’est pas encore cours pour ficher chacun d’entre nous.

Résistance civile

Les états ont déclaré la guerre à Internet et par extension à l’Humanité. Il est bien sûr possible de leur résister et c’est même un impératif. Plusieurs voies s’offrent aux citoyens : soutenir les organisations qui veillent au respect des libertés fondamentales sur Internet, faire pression sur ses représentants politiques pour faire cesser les pratiques illégales de surveillance… Mais surtout nous devons tous changer nos pratiques de navigation sur Internet ; cela passe par passer impérativement par le HTTPS sur autant de sites que possibles et utiliser autant de pratiques de navigation sécurisée que possible. Quand les états se retrouveront face à des pratiques toujours plus chiffrées et sécurisées, ils devront choisir entre investir des milliards dans la recherche pour forcer les navigations cryptées ou bien abandonner et admettre que leur pouvoir de contrôle des citoyens est révolu et qu’Internet est une dimension parallèle humaine où les états n’ont aucun droit de cité.

Par ailleurs, le passage aux logiciels libres est impératif afin de pouvoir utiliser des outils qui ne nous espionnent pas et qui peuvent être adaptés à nos besoins personnels. Quand l’espionnage sur Internet deviendra une catastrophe économique et que les états subiront les pressions des lobbys d’Internet pour assouplir une législation qui va à l’encontre de leurs intérêts économiques, ils devront choisir entre la catastrophe économique et morale et la catastrophe politique.

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