Données publiques payantes ou comment arnaquer le citoyen

Cet article est une chose que j’aurai dû produire en janvier dernier, mais par manque de temps, je n’ai pas pu m’y atteler. Les médias ont parfois l’avantage de nous rappeler certains événements et c’est à la lecture d’un article du Monde à propos de l’hommage rendu à Aaron Swartz à Austin (Texas) qui m’a rappelé l’absurdité et la malhonnêteté d’une situation malheureusement très courante : les données publiques et gouvernementales qui sont financées par les impôts du citoyen ne sont pas en libre accès.

Hommage à Aaron Swartz

Il me faut d’abord commencer par rendre hommage à Aaron Swartz, jeune américain de 26 ans qui s’est suicidé le 11 janvier dernier, alors qu’il était poursuivi par la justice américaine pour avoir diffusé en libre accès la quasi-totalité (soit 4,7 millions) des données provenant de la plate-forme payante gouvernementale JSTOR qui rassemble des centaines de publications scientifiques universitaires. Le jeune homme encourait jusqu’à 50 ans de prison et 4 millions de dollars d’amende, soit « une peine de prison plus sévère que des tueurs, des trafiquants d’esclaves et des braqueurs de banque« , selon Ian Millhiser (Center for American Progress Action Fund). La situation fut d’autant plus absurde que ce n’est pas la principale victime de cette affaire (le JSTOR) qui a engagée une procédure judiciaire, mais directement le procureur du Massachusetts, avec le soutien du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Le grand décalage a surtout été de reléguer au rang de grand crime ce qui relevait au pire d’un simple délit.

Mais Aaron Swartz était bien plus qu’un simple hacktiviste, il était aussi un grand développeur ; avec sa mort, le réseau Internet perd l’un de ses plus grands contributeurs qui aurait pu encore faire de grandes choses. À son palmarès, on compte la fondation de nombreux sites web de partage et de lutte contre la censure sur Internet ; il fut, à l’âge de 14 ans, l’un des co-fondateurs du format RSS que nous utilisons tous pour suivre par exemple les publications de nouveaux billets de blog. Ses activités étaient peut-être parfois illégales, mais je n’interprète pas cela comme du crime ou même un délit ; pour moi, il s’agit de désobéissance civile qui se caractérise par protester contre des lois injustes et/ou absurdes en les violant. Bien entendu, ce n’est pas la première fois que des actes de désobéissance civile sont réprimés avec autant de violence, les années de décolonisation ou de l’apartheid en Afrique du Sud où la police et l’armée n’hésitaient à tirer sur les foules en sont des exemples flagrant. La seule différence aujourd’hui est que la police et l’armée ont été remplacées par les tribunaux et que les fusils ont été remplacés par des lois. Gageons cependant que la mort d’Aaron Swartz n’aura pas été sans conséquences et que les politiciens se décideront bientôt à réformer des lois qui ont été créées pour le simple plaisir de lobbys ultra-libéraux qui n’agissent que par avidité et dont toute résistance leur est insupportable.

Un impôt qui ne dit pas son nom

Même si la plupart des données publiques commencent à être en libre accès, un nombre encore trop important ne l’est pas, et derrière c’est au citoyen de payer pour un « produit » dont il a financé l’élaboration par le biais de ses impôts, tandis que les organismes gouvernementaux font coup double en récupérant l’argent par le biais des impôts conventionnels et par le biais d’un impôt qui ne dit pas son nom. Peut-on accepter de voir des gens et des organisations payés par notre argent nous demander de payer pour obtenir une chose à laquelle nous avons directement contribué financièrement ? Depuis quand les artistes et scientifiques demandent-ils à leur mécènes de payer pour obtenir ce qu’ils ont pu créer grâce à l’argent de ces derniers ? Le droit du citoyen lorsqu’il place de l’argent dans une organisation est d’avoir un retour sur ce qui a été produit et la consultation de ces retours doit se faire sans investissement supplémentaire. Un auteur qui demande de l’argent à ceux qui lui ont permis de créer son œuvre ne fait que manifester rien d’autre qu’un pur mépris à leur encontre.

Des états criminels

Nous avons le droit de savoir ce que font ceux qui travaillent grâce à notre argent. Nous avons le droit d’avoir des retours. Nous avons le droit de savoir. Ils ont le devoir de nous rendre des comptes et ce gratuitement. Un état qui prive ses citoyens de tels droits est à mes yeux ni plus ni moins qu’un état criminel qui commet à la fois un crime économique en extorquant autant d’argent que possible aux citoyens et un crime à l’encontre de l’Humanité en privant les citoyens d’avoir un accès libre au savoir qui est une chose universelle sans valeur marchande. Aussi je vous appelle tous, quelque soit votre nationalité, à faire pression sur vos représentants pour leur demander de changer ces lois oppressives et exiger la publication gratuite et en libre accès de toutes les données publiques et gouvernementales.

En opprimant ceux qui osent se dresser contre eux, les états et des lobbys sont des criminels, des dictatoriaux qui refusent toute contestation. La soif de l’argent les conduira à leur perte, car comme le disait Gandhi, jamais ceux qui oppriment un peuple ne gagnent et tôt ou tard, les tyrans tomberont de leur piédestal. Mais nous devons tous avoir conscience que plus nous serons nombreux, plus nous serons fort et plus les tyrans de l’argent seront rapidement balayés. Au nom de nos droits fondamentaux et de notre liberté, nous devons agir et ne jamais désespérer ; une lutte contre un ennemi puissant est toujours longue et plusieurs batailles doivent être menées pour gagner la guerre. Cessons de croire qu’une seule action suffit et cessons de penser qu’ils sont trop fort pour nous ; ils jouent sur notre facilité à être désespérés pour mieux nous opprimer et nous soumettre. Tous les citoyens se doivent d’être persévérants et d’attirer de plus en plus de monde dans leur sillage ; c’est à force de batailles et de victoires qu’ils gagneront leur guerre et que les tyrans seront balayés.

Sources

Licence Creative Commons
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